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Sécheresse: doit-on craindre une pénurie d'eau potable?

Les grandes chaleurs de l'été ont asséché les nappes phréatiques du pays. A l'heure actuelle, 86 départements sont en restriction d'eau, et parmi eux, 42 sont en crise.

Après un été extrêmement chaud sur l'ensemble du pays et les deux vagues de canicules intenses qui ont touché la France ces dernières semaines, l'inquiétude est de mise. A l'heure actuelle, 86 départements sont en effet en restriction d'eau, la faute à des nappes phréatiques à sec, et parmi eux, 42 sont en crise. Dans ces derniers, seuls les prélèvements de première nécessité sont autorisés.

Sécheresse Eau
Sécheresse Eau © Propluvia

La Corrèze en alerte

Et dans cette longue liste des départements concernés, la Corrèze occupe une place préoccupante. Là-bas, sept communes sont frappées par une pénurie d'eau potable et doivent être ravitaillées, à longueur de journée, par des citernes mises à disposition par Véolia. Au total, ce sont 4000 personnes qui sont touchées par ce manque, directement lié à l'assèchement d'un affluent de la Dordogne. 

"Aujourd’hui, on est en train de prendre de l’eau sur la ville de Bort en Corrèze, et on la véhicule. On a fait du 24h/24 jusqu’à aujourd’hui et là on passe à des rotations à la journée avec deux camions. Un camion représente une heure de consommation pour les sept communes concernées, c'est peu et il faut faire beaucoup de rotations", détaille à BFMTV Thibaut Forestier, responsable du service Limousin de Véolia.

Cette crise peut-elle aller jusqu'à l'absence totale d'eau potable dans les robinets des riverains?

"Aujourd’hui on fait en sorte d’éviter toute coupure d’eau, on met les moyens en mettant en place les rotations, mais on appelle au civisme pour économiser la consommation. On ne peut pas contrôler chez les gens. On est dépendant de la pluviométrie, mais pour les deux semaines à venir, pas de pluies annoncées", s'alarme encore ce dernier.

Et cette situation risque de se multiplier dans les semaines à venir. Interrogé par RMC, Michel Vergnier, maire de Guéret dans la Creuse, explique de son côté que "les 60 points de captage d'eau de la ville sont vides et la rivière baisse", laissant poindre la menace d'une pénurie. 

"Denrée qu'il faut protéger" 

Pour Éric Gomez, Hydrologue au BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) invité ce jour sur notre plateau, la situation n'est pas inhabituelle. 50 départements étaient ainsi soumis à des restrictions d'eau en 2018 et même 80 en 2017.

"On est dans situation préoccupante et il faut espérer que la pluie redémarre. Si ce n’est pas le cas, il y aura des restrictions plus graduelles", souligne-t-il. 

Toujours selon ce dernier, la multiplication des restrictions est l'illustration que "l'eau devient une denrée qu'il faut protéger."

"Pendant l’hiver, il y a une recharge des nappes d’octobre à mars puis vient la période de vidange d’avril à octobre, on y est aujourd’hui, et il faut anticiper ces situations pour gérer ces pénuries. On a installé 5000 capteurs sur toute la France, on a une surveillance fine du territoire et on a des secteurs en tension. Ce sont des niveaux vus une seule fois tous les 70 ans", s'inquiète-t-il encore.

Pour Éric Gomez, un changement de mentalité est nécessaire en France, comme c'est déjà le cas chez nos voisins méditerranéens.

"En Espagne, Italie et Grèce ils ont déjà cette culture. Ce serait de bien gérer les prélèvements d’un point de vue spatial et dans le temps et ce serait aussi bien de recharger les nappes souterraines de manière artificielle. Cette méthode permet d’éviter les inondations en hiver et les sécheresses comme actuellement."
Hugo Septier