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Sciences Po Grenoble: le second professeur accusé d'islamophobie déplore sur BFMTV une "situation malsaine"

Accusé anonymement d'islamophobie par le biais de collages sur les murs de l'Institut d'études politiques, Vincent Tournier dénonce auprès de BFMTV une situation "dangereuse" et malsaine".

Depuis l'affichage de son nom sur le mur de Sciences Po Grenoble, Vincent Tournier accuse le coup. Début mars, des collages anonymes ont imputé à ce professeur, et à l'un de ses collègues, des propos islamophobes.

"C'est une situation qui est particulièrement malsaine et qui vient perturber beaucoup de choses. Du point de vue professionnel et humain, c'est une situation que ne souhaite à personne", déplore sur BFMTV Vincent Tournier pour sa première prise de parole dans cette affaire.

"Une sorte de persécution"

Une enquête pour "injure publique" et "dégradation" a été ouverte par le parquet de Grenoble sur signalement de l'établissement.

"C'est très dangereux, et je ne peux pas m'empêcher de penser au procès de Kafka où quelqu'un se retrouve mis en accusation, il ne sait pas pourquoi et il ne le saura jamais. Il va avoir, tout au long de son histoire tragique, une sorte de persécution sans jamais vraiment connaître les motifs de son accusation", développe le professeur.

Ces accusations publiques et anonymes interviennent dans un climat déjà houleux dans cette école renommée. Le 27 février, l'Union syndicale Sciences Po Grenoble (US) - le premier syndicat étudiant de l'IEP - a porté plainte pour "discrimination syndicale" (classée sans suite depuis, ndlr) contre Vincent Tournier. Ce dernier, dans un mail envoyé à ses élèves et dont l'AFP a obtenu copie, demandait aux étudiants appartenant au syndicat "de quitter immédiatement (ses) cours et de ne jamais y remettre les pieds".

Son cours de "Méthodes des sciences sociales" avait été visé quelques jours auparavant par un appel sur le compte Facebook de l'Union Syndicale demandant aux étudiants de témoigner sur d'éventuels "propos problématiques" qui y auraient été tenus. Le syndicat expliquait notamment qu'il souhaitait "retirer" cet enseignement "des maquettes pédagogiques pour l'année prochaine si, lors de ce cours, des propos islamophobes y étaient dispensés comme scientifiques".

Tensions depuis le mois de novembre

L'autre professeur visé par le collage, Klaus Kinzler, s'est lui aussi retrouvé au coeur d'une polémique, fin novembre, après un échange de mails véhément avec une historienne sur la notion d'islamophobie. Il y écrivait notamment, dans des extraits qu'il a lui-même publié un temps sur son site internet, qu'il "n'aimait pas beaucoup cette religion" qui lui faisait parfois "franchement peur" "comme elle fait peur à beaucoup de Français".

Il y contestait également la présence du mot islamophobie dans un groupe de travail intitulé "racisme, islamophobie, antisémitisme", voyant dans cette notion la "persécution (imaginaire) des extrémistes musulmans (et autres musulmans égarés)", avant de reconnaître dans un mail d'excuses s'être "par moments laissé emporter" dans ces échanges.

"Je m'étais inscrit pour préparer une journée thématique au titre: racisme, islamophobie, antisémitisme (...) Je comptais contester dans la discussion avec ma collègue et mes étudiants cet alignement de ces trois termes dans une seule thématique", a-t-il raconté sur l'antenne de BFMTV.

Il a finalement été "exclu du groupe de travail parce que les étudiants se disaient blessés" et a estimé faire l'objet, depuis janvier, d'une campagne menée par les "plus extrémistes" d'entre eux.

"Des sensibilités idéologiques à fleur de peau"

A la lumière de cette succession de tensions, Vincent Tournier explique avoir observé une évolution ces dernières années, avec des débats de plus en plus tendus au sein de l'école, notamment avec les étudiants.

"On voit qu'il y a des sensibilités idéologiques qui sont à fleur de peau. L'enseignement devient un champ de mine qui change un peu tous les jours. Quand on a réussi un jour à passer entre les lignes, on n'est pas assuré que le lendemain ça marchera."

A ce jour, le professeur continue d'enseigner, tandis que son collègue, en "congé maladie", prépare la suite judiciaire éventuelle à donner. Vincent Tournier exprime quant à lui son souhaite de voir les autorités se positionner pour que ce genre d'affaire ne se reproduise plus.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV