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Saint-Etienne-du-Rouvray: où et comment enterrer les terroristes?

Photo du clocher de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016.

Photo du clocher de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016. - Charly Triballeau - AFP

Les deux jihadistes ont été abattus par la police lors de l'attaque terroriste de Saint-Etienne-du-Rouvray, au cours de laquelle ils ont assassiné le père Jacques Hamel. La question de leur inhumation est épineuse.

L'épineuse question revient: que faire des corps des terroristes? Après les obsèques emplies d'émotion du père Jacques Hamel mardi après-midi à la cathédrale de Rouen, se pose désormais la question de l'inhumation d'Adel Kermiche et d'Abdel Malik Petitjean. 

Les deux jeunes jihadistes, tous deux âgés de 19 ans, ont été abattus par la police le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, lors de l'attaque au cours de laquelle ils ont égorgé le prêtre de 86 ans.

En la matière, l'article L2223-3 du Code général des collectivités territoriales prévoit plusieurs possibilités pour pouvoir être enterré dans une commune, à la demande de la famille du défunt. Il peut s'agir: 

soit de la commune où la personne est décédée, quel que soit le lieu où elle était domiciliée

soit de la commune où le défunt était domicilié

soit de la commune où sa famille possède déjà une sépulture

L'inhumation de Kermiche en discussion

  • Adel Kermiche habitait Saint-Etienne-du-Rouvray. Abdel Malik Petitjean, le deuxième auteur de l'attentat, habitait lui Aix-les-Bains, en Savoie. Rapidement après l'attaque, l'imam de la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray a dit ne pas vouloir prendre en charge l'enterrement d'Adel Kermiche dans un des deux carrés musulmans de la ville. 

"On ne va pas salir l'islam avec cette personne" a affirmé à l'AFP le responsable de la mosquée située sur les hauteurs de la ville, Mohammed Karabila, président de l'association culturelle musulmane stéphanaise. "Nous ne participerons ni à la toilette mortuaire, ni à l'inhumation" dans l'hypothèse où elle serait réclamée par la famille, a-t-il poursuivi. "En revanche, sa dépouille doit reposer quelque part. Il n’y aura pas de représentant officiel à la cérémonie, s’il y en a une, ni de prière à la mosquée, mais au cimetière. Si le maire donne l’autorisation, on souhaiterait une tombe sans inscription dessus", explique-t-il cependant, à Europe 1.

  • D'après la radio, la famille n'aurait pas encore exprimé ses intentions. À la mairie de Saint-Etienne-du-Rouvray, à qui il revient la décision de délivrer ou non le permis d'inhumer, on indique que la décision n’a pas encore été prise et que les discussions avec la préfecture reprendront dans les prochains jours, rapporte La Croix.

Les mairies contraintes d'ouvrir leur cimetière

  • En pratique, par le passé, l'enterrement des terroristes a souvent fait l'objet de tractations tendues, plusieurs communes craignant que leur tombe ne deviennent un lieu de pèlerinage. 

En mars 2012, après les attentats de Toulouse et de Montauban perpétrés par Mohamed Merah, l'Algérie avait au dernier moment refusé que la dépouille du tueur au scooter, de père et de mère algériens, soit transférée sur son sol. Pierre Cohen, le maire de Toulouse, avait ensuite annoncé reporter l'enterrement de 24 heures et s'était tourné vers l'Etat pour qu'il trouve une autre solution. Un accord avait finalement été trouvé entre toutes les parties prenantes, et Mohamed Merah avait fini par être discrètement enterré dans le carré musulman du cimetière de Cornebarrieu, dans la banlieue de Toulouse, quelques jours après les tueries. 

Après l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, les maires des communes où résidaient Saïd et Chérif Kouachi - respectivement Reims et Gennevilliers dans les Hauts-de-Seine - ont dû accepter de leur ouvrir leurs cimetières. La préfecture avait rappelé ses obligations au maire UMP de Reims, Arnaud Robinet, qui s’était opposé à l’inhumation de Said Kouachi et le maire PCF de Gennevilliers, Patrice Leclerc, avait expliqué n'avoir "pas le choix". Les obsèques ont eu lieu quelques jours seulement après la tuerie et les deux tombes sont anonymes.

Des enterrements plusieurs mois après la mort

Amedy Coulibaly, l'auteur de l'attentat au sein du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, a lui été enterré en secret le 23 janvier dans le carré musulman du cimetière de Thiais, dans le Val-de-Marne. Sa tombe aussi est anonyme. Le service des cimetières de la Ville de Paris, dont dépend le cimetière de Thiais, avait reçu une demande de concession et d'inhumation émanant de la famille du défunt, tué à Paris dans l'assaut du Raid. Le Mali, dont est originaire sa famille, avait refusé au dernier moment d'accueillir sa dépouille.

Lors des attaques du 13 novembre 2015, sept jihadistes sont morts. Plusieurs communes se montrant réticentes à accueillir les dépouilles, les enterrements se sont déroulés parfois plusieurs mois après leur mort. Brahim Abdeslam, qui s'était fait exploser devant un bar parisien, et l’un des terroristes du Stade de France, Bilal Hadfi, ont tous deux été enterrés à Bruxelles, en Belgique, en mars 2016. L’identité de deux terroristes du Stade de France présentés comme irakiens par Daesh et qui portaient de faux passeports syriens restait à confirmer. Quant aux trois terroristes du Bataclan, Samy Amimour a été enterré en décembre 2015 à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, Omar Ismaïl Mostefaï a été enterré au cimetière de Thiais (Val-de-Marne) en février et Foued Mohamed-Aggad a été inhumé en mai à Wissembourg, dans le Bas-Rhin.

V.R.