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Rouen: deux jours après l'incendie, l'inquiétude est toujours de mise chez les riverains 

Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019

Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre 2019 - Philippe Lopez - AFP

De nombreux habitants de l'agglomération rouennaise ne croient pas les discours qui se veulent rassurants de la part des autorités.

Deux jours après l'incendie qui a ravagé l'usine Lubrizol, classée Seveso, l'inquiétude est de mise à Rouen et ses communes limitrophes. Si depuis le départ du sinistre le discours des autorités s'est voulu rassurant, le préfet du département avait assuré la non-toxicité du nuage de fumée noire qui en émanait, ce vendredi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a reconnu que la ville était "clairement polluée" par les suies.

Un discours qui, conjugué aux odeurs entêtantes entraînant parfois des vomissements, aux galettes d'hydrocarbures sur la Seine, et aux agriculteurs en plein désarroi, sème le doute parmi les riverains. Ce vendredi, nombre d'entre eux portait des masques dans les rues de la ville normande.

"On doit donner des infos"

Ce samedi matin, alors que des travaux de nettoyages étaient encore en cours afin de permettre, entre autres, la réouverture des établissements scolaires ce lundi comme l'a annoncé Jean-Michel Blanquer, la population se pose encore des questions.

A notre micro, Marie Atinault, représentante de France nature environnement, souligne que "la population a besoin d'une information claire et rapide." 

"En chimie, il faut dissocier l’aspect et la toxicité, parfois cela peut être impressionnante et pas toxique, et inversement. On doit donner les infos, qu’est ce qui a été mesuré, avec quels appareils et expliquer si c’est toxique ou non", poursuit-elle encore. 

"Nous ne sommes pas rassurés" 

Du côté des riverains, le doute grandit peu à peu. Dans les rues Rouen, peu croient aux messages rassurants du gouvernement et s'inquiètent des petites boulettes noires qui sont tombées sur l'agglomération ce vendredi. 

Pour Elisabeth Lechevallier, présidente de la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves), il conviendrait "d'aller un peu plus loin qu’un simple nettoyage avec des karchers" comme c'est le cas actuellement. 

"Nous ne sommes pas rassurés pour le moment. On souhaite une transparence totale des différentes actions qui vont être mises en place.. Il y a des collectes et on veut les résultats et qu’ils soient communiqués", précise-t-elle.

Cette demande de transparence, elle est également demandée par Frederic Doutot, éleveur dont les bêtes sont à proximité directe du lieu de l'incendie. "On était aux premières loges, visuellement ça ne nous donnait pas envie de sortir les vaches", précise-t-il à BFMTV. 

"Inquiétude légitime"

Contrairement aux propos d'Agnès Buzyn de ce vendredi, où la ministre estimait qu'il n'y avait "pas de polluants anormaux dans les prélèvements effectués", Annie Thébaud Mony, directrice de recherche honoraire à l'Inserm, craint, elle, la toxicité à long terme du panache de fumée qui a mesuré jusqu'à 22 km de long. 

"L'inquiétude est absolument légitime. Ce nuage qui est passé au-dessus de Rouen est chargé en poussière hautement toxique au minimum cancérogène", a déclaré cette scientifique spécialisée dans les cancers professionnels.

"Le préfet ne ment pas quand il dit qu'il n'y a pas de toxicité aiguë du nuage, mais il ne peut écarter la toxicité à long terme", conclut-elle

Hugo Septier