BFMTV

Rémi Fraisse: manifestations à Paris, au moins 77 interpellations

Sur la place Stalingrad à Paris, le 2 novembre 2014.

Sur la place Stalingrad à Paris, le 2 novembre 2014. - Joël Saget - AFP

A Paris, au moins 77 personnes ont été interpellées lors d'une manifestation interdite place Stalingrad. Un sit-in pacifique s'est déroulé en parallèle sur le Champs-de-Mars. Les opposants au barrage contesté de Sivens ont par ailleurs organisé une marche silencieuse à Lisle-sur-Tarn, sur le site, en mémoire de Rémi Fraisse.

Nouvelle journée de mobilisation en mémoire de Rémi Fraisse. A Paris, selon nos informations, au moins 77 personnes ont été interpellées lors d'une manifestation interdite place Stalingrad. Un "sit-in pacifique" s'est par ailleurs déroulé sur le Champs-de-Mars à Paris, à l'appel notamment de l'ONG France Nature Environnement. A Lisle-sur-Tarn, près de Gaillac, sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn) où le jeune manifestant est mort il y a une semaine, quelque 300 personnes ont pris part dimanche à 14h30 à une "marche de recueillement" en mémoire de Rémi Fraisse. 

Manifestation sauvage à Paris 

Dimanche à Paris, près de 300 personnes se sont rassemblées place Stalingrad en mémoire de Rémi Fraisse et, selon les informations de BFMTV, 77 personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre. 

Ces dernières étaient nombreuses pour encadrer cette manifestation illégale, comme le montrent ces photos diffusées sur Twitter.

Les gendarmes mobiles ont fait usage de bombes de gaz lacrymogène lorsque vers 16h30 les manifestants, qui tentaient de quitter la place, ont essayé de forcer le barrage.

De source policière, les interpellations ont au lieu aux abords de la place et dans l'Est parisien. Certains des manifestants avaient "des marteaux, des pinces, des casques, des poings américains, des pétards et des engins incendiaires", a-t-on expliqué.

"Tout est fait pour dissuader les groupes à risque de venir" à cette manifestation sauvage, a précisé la préfecture de police. Une centaine de cars de CRS avaient été stationnés au coin de chacune des avenues menant à la place Stalingrad, dans un quartier populaire du nord-est de Paris.

Sur la place de la Rotonde, face au canal de l'Ourcq, où une manifestation était prévue avant que ses organisateurs ne renoncent à déposer une demande à la préfecture de Paris, les manifestants ont scandé "police partout, justice nulle part", "on n'oublie pas, on ne pardonne pas", "police assassins", selon les journalistes sur place.

"Sit-in pacifique" sur le Champs-de-Mars

D'autre part, un "sit-in pacifique" à l'appel notamment de l'ONG France Nature Environnement s'est déroulé sur le Champs-de-Mars à Paris. Plusieurs centaines de personnes y ont participé, selon le reporter de BFMTV sur place.

Au milieu du sit-in, un manifestant affublé d'un masque blanc arborait un panneau: "Rémi, notre frère d'arbre", comme en témoigne cette photo mise en ligne sur Twitter.

Un peu plus loin, on apercevait l'eurodéputé EELV Pascal Durand, le journaliste Edwy Plenel ou encore Jean-Luc Mélenchon, dont le Parti de gauche (PG) a réclamé mardi la démission du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

"Nous sommes ici pour rendre hommage à Rémi, militant écologiste mort pour ses idées", a dit le vice-président de l'Assemblée nationale Denis Baupin (Europe-Ecologie Les Verts). "Il a fallu un mort pour qu'on s'aperçoive que ce barrage n'a aucun sens", a-t-il déploré, ajoutant: "Nous sommes ici pacifiquement".

Les participants au rassemblement étaient conviés à signer un livre d'or en hommage à Rémi Fraisse près du Mur de la Paix et non loin de l'Ecole militaire. Ils arboraient presque tous un autocollant à la fleur jaune, une renoncule protégée dont Rémi Fraisse était un spécialiste en tant que botaniste bénévole au sein de l'association Nature Midi-Pyrénées.

Marche silencieuse dans le Tarn

Dans le Tarn, sur le site du barrage controversé de Sivens, après avoir participé à un pique-nique sur l'herbe, au côté du campement autogéré des opposants qui occupent le site depuis près d'un an, les participants se sont mis en marche dans le silence. Nombre d'entre eux arboraient un logo représentant une renoncule.

Les participants, de tous âges, marchaient sur une large bande de terrain déboisée et décapée courant septembre. Ils se dirigeaient vers l'endroit, un kilomètre plus loin où le jeune manifestant est mort il y a une semaine, des suites de l''explosion d'une grenade offensive lancée par les gendarmes, selon les premiers éléments de l'enquête. Ils retraçaient ainsi le parcours de Rémi dans la nuit du 25 au 26: après avoir participé à un rassemblement de plus de 2.000 personnes contre le projet, il avait rejoint un groupe d'environ 150 opposants virulents qui affrontaient les quelque 70 gendarmes mobiles postés pour garder l'aire de stockage réservée au chantier. Au milieu de la nuit, son corps inanimé avait été récupéré par les gendarmes.

Au fur et à mesure de leur progression, les participants plantaient dans le sol des glands de chêne, pour recréer la zone humide détruite. Des jeunes plants d'arbres récemment plantés formaient une allée dans laquelle le cortège défilait.

Encore 5 personnes en garde à vue

Ce dimanche en début d'après-midi, cinq des 21 personnes interpellées samedi à Nantes lors d'une manifestation contre les "violences policières" étaient toujours en garde à vue, a-t-on appris de source policière. Dans la nuit et la matinée de dimanche, 16 ont été remises en liberté. Sur le total, quatre seront convoquées devant le tribunal correctionnel pour "outrages", "ports d'armes" ou "violences sur policiers", sept ont fait l'objet de rappel à la loi, un a accepté de comparaître en "plaider coupable", un mineur a été remis en liberté et trois autres seront convoqués devant le juge pour enfants.

Au cours de cette manifestation samedi à Nantes, qui a rassemblé 800 personnes au plus fort mais 600 en moyenne sur toute l'après-midi, au moins cinq manifestants ont été blessés dont trois ont été transportés au CHU pour des blessures qualifiées de "légères" par la préfecture mais l'un deux avait le nez gravement fracturé. Deux autres avait reçu des éclats de grenades désencerclantes dans les jambes. Un avait reçu un coup de matraque à la tempe et un autre un coup de lanceur de balles de défense dans le dos. Trois membres des forces de l'ordre ont également été légèrement blessés, dont un à la main par un jet d'acide, dénoncé par le préfet de Loire-Atlantique Henri-Michel Comet.

Affaire nationale

Le décès du jeune manifestant a transformé la contestation au barrage, qui sème localement la discorde depuis 2011, en une affaire nationale. A l'opposition initiale contre un projet "surdimensionné" et "coûteux" est venue se greffer une colère contre "les violences policières". En témoigne le slogan "Flics, porcs, assassins" entendu samedi dans des rassemblements à Nantes et à Toulouse qui ont dégénéré en violents affrontements avec les forces de l'ordre.

Dans les deux villes, des groupes radicaux -minoritaires- prônant la violence comme mode d'action se sont mêlés aux cortèges avec visiblement la ferme intention d'en découdre avec les forces de l'ordre.

A Nantes, de nombreux opposants au projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes ont pris part au rassemblement lancé à l'appel des mouvances radicales anti-capitalistes. Ces débordements ont donné lieu à 21 interpellations à Nantes et 13 à Toulouse au terme de plusieurs heures d'échauffourées et de heurts, les forces de l'ordre répondant par des grenades lacrymogènes et assourdissantes aux jets de pavés, de fusées de détresse et même de bouteilles remplies d'acide à Nantes. Le tout sous le regard médusé de badauds vaquant à leurs occupations d'un samedi de vacances scolaires, parfois pris au piège comme à Toulouse d'échauffourées qui se sont déplacées rapidement en plusieurs points de la ville.

"Insulte à la mémoire de Rémi Fraisse"

Dimanche, l'eurodéputée écologiste Eva Joly a appelé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à démissionner après la mort de Rémi Fraisse sur le site du barrage de Sivens, dénonçant une "bavure". La décision de construire le barrage contesté de Sivens dans le Tarn a relevé d'une "erreur d'appréciation", a par ailleurs lancé dimanche la ministre de l'Écologie Ségolène Royal.

Samedi, le Premier ministre Manuel Valls a condamné "avec fermeté" les violences qui ont éclaté lors des manifestations à Nantes et Toulouse, les qualifiant d'"insulte à la mémoire de Rémi Fraisse" tandis que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a réprouvé des "exactions" et des "débordements inacceptables". Le coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée, François de Rugy, député de Loire-Atlantique, a aussi condamné samedi "avec la plus grande fermeté" des violences qui "salissent la mémoire de Rémi Fraisse". 

Le sort du barrage sera discuté cette semaine au ministère de l'Écologie où Ségolène Royal a convoqué une réunion avec les élus locaux mardi, avant de recevoir jeudi et vendredi les associations agricoles et de protection de l'environnement pour tenter "de faire converger des points de vue fort différents".

V.R. avec AFP