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Les évêques de France conseillent d'employer "parents" plutôt que "père et mère" sur les actes de baptême

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Il y a un an, la Conférence des évêques de France a suggéré à tous les diocèses de remplacer l'expression "fils ou fille de" par une simple référence aux "parents". Révélée récemment par la presse, cette reformulation soulève de nombreuses réserves au sein de l'Eglise de France.

Un peu plus, et on osait dire que la Conférence des évêques de France avait rebaptisé les actes de baptême. On n'en est pas là certes, mais il n'empêche que l'instance ecclésiale, qui a la charge de diriger l'Eglise de France et d'émettre l'avis des catholiques sur les questions agitant la société, a formulé une étonnante proposition. Il y a déjà un an - mais cette discrète réécriture n'a été soulignée par le bimensuel catholique L'Homme nouveau que récemment et relayée par Le Figaro mardi - la Conférence des évêques de France a en effet recommandé, via une lettre envoyée à tous les diocèses, de modifier les formulaires d'actes de baptême afin de remplacer la mention "fils ou fille de" par l'expression suivante: "Noms et prénoms des parents ou des autres titulaires de l’autorité parentale." 

Face à des "situations nouvelles"

Il s'agit là de l'aboutissement des réflexions conjointes de la commission de réforme des actes administratifs de l'Eglise de France et de la commission de pastorale liturgique et sacramentelle, un consensus final ensuite validé par le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France. C'est monseigneur Joseph Metz-Noblat, prélat de Langres, en Haute-Marne, qui a rédigé la lettre adressée aux diocèses. "Cela fait une demi-douzaine d'années que la question se pose, au regard des nouvelles situations familiales", explique-t-il à BFMTV.com.

"Nouvelles situations familiales." On pense immanquablement aux enfants élevés par des couples de même sexe. Un schéma qui demeure plutôt rare et dont il n'est pas certain qu'il s'accompagne si souvent d'un baptême. Monseigneur Metz-Noblat ne prétend pas qu'il s'agit d'un phénomène de masse mais l'équation n'en mérite pas moins une résolution:

"Evidemment, le cas ne se présente pas en foule! Mais il suffit de quelques cas par an pour que la question puisse être posée sérieusement. D'autant plus qu'il n'est pas possible d'ouvrir un registre spécial… Le problème est bien: comment intégrer une situation minoritaire de façon pertinente?"

Une mesure qui ne fait pas école 

Dans l'épître destinée à ses collègues, l'évêque de Langres a assuré vouloir s'en tenir au "constat de la situation familiale" et se garder de tout "jugement moral". "Les enfants ne sauraient être tenus pour responsables de la situation de leurs parents", faisait-il encore valoir. Toutefois cette mouture neutre de l'état civil sur les actes de baptême, semblant effacer pudiquement les termes de "père et mère", émanant d'une institution représentant le catholicisme romain et sa vision de la famille, interroge d'autant plus que cette perspective est dénoncée par l'Eglise et que le mariage homosexuel n'a pas ses faveurs.

Les opposants à cette innovation introduite par la Conférence des évêques de France pourraient donc voir dans la nouvelle tournure adoptée un remake de l'ouverture de la boîte de Pandore. L'écclésiastique de Langres invite à plus de pondération:

"L'expression 'boîte de Pandore' est à mon avis trop forte. La dernière mouture datait de 1994, soit vingt-cinq ans; la société française évolue très vite." Il prolonge en revenant sur cette dernière révision de l'acte de baptême, remontant maintenant à un quart de siècle: 

"Certains nous ont reproché de 'suivre le monde' ou de nous laisser influencer par ces évolutions au détriment de la conception catholique de la famille. Si nous avions gardé la formulation antérieure à 1994, il faudrait encore préciser si l'enfant était légitime ou non. Hors nous avons fait, à l'époque, le constat que nombreux étaient les enfants nés hors mariage. Cela ne nous a pas fait renoncer à la conviction que la famille basée sur le mariage d'un homme et d'une famille est celle qui est la plus pertinente pour le bien de tous ses membres."

Monseigneur Joseph Metz-Noblat n'ignore pas les tiédeurs et les difficultés soulevées ou rencontrées par la modification du formulaire. "Je réponds qu'il ne s'agit pas de renoncer à la filiation, mais bien de tenir compte de la réalité", insiste-t-il. Toutefois, un an après les premières recommandations, cette retouche ne fait d'ailleurs pas école. 

Monseigneur Dominique Lebrun, évêque de Rouen, a prêté sa voix à ces réserves auprès du Figaro:

"Nous conservons pour l’instant les formulaires actuels. La notaire du diocèse a consulté les notaires paroissiaux ainsi que les curés des paroisses. La majorité pense qu’il n’est pas judicieux de supprimer les mentions de père et de mère. Je souhaite que la réflexion continue pour que soit respectée la filiation naturelle et, aussi, le désir de l’Église catholique d’accueillir tous les enfants."
Robin Verner