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Pourquoi le scoutisme revient à la mode

Un rassemblement de Scouts et guides de France au château de Jambville, dans les Yvelines, en juillet 2012

Un rassemblement de Scouts et guides de France au château de Jambville, dans les Yvelines, en juillet 2012 - Kenzo Tribouillard-AFP

Le scoutisme a de nouveau la cote. Tarifs attractifs, retour à la nature et vie en communauté: de plus en plus de parents et d'enfants sont séduits.

Scout toujours? Si les colonies de vacances semblent en perte de vitesse, la veillée autour du feu de camp continue de séduire. Malgré un quotidien spartiate, avec un couchage sous la tente, des activités simples, et bien que souvent éloigné des zones touristiques, le scoutisme a de beaux jours devant lui.

"Le scoutisme se porte bien et se présente même comme un secteur d'avenir", analyse pour BFMTV.com Yves Raibaud, maître de conférence à l'Université Bordeaux-Montaigne et chercheur au CNRS, spécialiste de la géographie du genre. "Le but, c'est la vie en communauté et la cohésion du groupe. Une partie des activités consiste à monter la tente, préparer les repas, faire la vaisselle, marcher en pleine nature. Des activités liées au quotidien qui ne sont pas discriminantes."

Déconnexion et vie en communauté

En France, il existe une dizaine d'associations de scoutisme agréées par l'État. Parmi celles-ci, la fédération du Scoutisme Français, qui rassemble six associations et représente 125.000 jeunes laïques, protestants, bouddhistes, juifs et musulmans. Parmi ses différents mouvements: les catholiques Scouts et guides de France, le mouvement laïque appelé Éclaireuses et éclaireurs de France, les Éclaireuses et éclaireurs Israélites de France, les protestants Éclaireuses et éclaireurs Unionistes de France, les Scouts musulmans de France et les bouddhistes Éclaireuses et éclaireurs de la nature.

Le scoutisme compte aussi deux autres associations catholiques reconnues par l'État mais non par les organisations scoutes mondiales: les Guides et scouts d'Europe et les Scouts unitaires de France, deux mouvements conservateurs. Et enfin, plus anecdotiques: les Éclaireurs neutres de France (qui se présente comme laïque mais à laquelle sont affiliés les Europa scouts qui font la messe en latin et les traditionalistes Scouts et guides de Riaumont mis en cause pour maltraitance) ainsi que la Fédération des éclaireuses et éclaireurs (qui se présente elle aussi comme une association laïque).

Les scouts séduisent de plus en plus, confirme pour BFMTV.com Philippe Pereira, coordinateur à la fédération du Scoutisme français.

"Depuis cinq ans, il y a une réelle croissance du scoutisme. Nous avons une majorité de familles qui viennent de grandes villes, des citadins qui ont besoin de déconnecter, de vie en communauté et de retrouver un lien avec la nature."

4 à 8 fois moins cher qu'une colonie

Les Scouts et guides de France, la branche catholique de la Fédération française de scoutisme, représentent une large majorité du scoutisme français: 85.000 jeunes, un nombre qui a connu une croissance de 20% en cinq ans. Première explication à ce succès grandissant: un prix défiant toute concurrence. La semaine de vacances coûte en moyenne aux parents entre 100 et 200 euros par enfant, avec une cotisation annuelle selon le quotient familial variant de 24 à 140 euros. Soit quatre à huit fois moins cher qu'une semaine en colonie. Autre argument qui séduit les familles: elles connaissent déjà les personnes accompagnant leurs enfants.

"Une des grandes spécialités du scoutisme c'est qu'il se déroule tout au long de l'année", indique à BFMTV.com François Mandil, délégué national des Scouts et guides de France. "Ce n'est pas qu'un loisir d'été. Quand les enfants partent en camp, ils se connaissent déjà et ils sont impliqués. Pour les parents, ils ne confient pas leur enfant à des inconnus mais à des bénévoles qui sont là par plaisir."

Autre explication à l'enthousiasme que le scoutisme suscite: l'idée que l'on s'en fait aurait changé. "On a longtemps souffert de l'image véhiculée par le film Scout toujours", avec Gérard Jugnot. "Mais c'est un film qui date de 1985 et qui se moquait des scouts de 1965. Le scoutisme a bien évolué depuis."

Débrouillardise et vie au milieu de la nature

Luc de Coligny, commissaire général scout et vice-président des Guides et scouts d'Europe où les camps ne sont pas mixtes, est du même avis. "Le scoutisme répond à un besoin de la société concernant le vivre ensemble", assure-t-il à BFMTV.com. "Les enfants réapprennent à vivre au calme, à se poser. Ils mettent en pause la vitesse et la précipitation du quotidien, cela correspond à un vrai besoin. Quand ils rentrent, ils ne sont plus essoufflés."

Lui aussi a remarqué une tendance à la hausse du nombre de ses adhérents, plus de 33.000 aujourd'hui, en hausse de 20% en dix ans. "Cela touche toutes les tranches d'âge", poursuit Luc de Coligny. Cet été, Guides et scouts d'Europe emmènent un peu moins de 10.000 enfants en vacances dans quelque 750 camps.

"Les temps scouts ne se résument pas à des chants qu'accompagne une guitare, à des marshmallows grillés à la flamme d'un feu de camp et à des parties de colin maillard dans les sous-bois", dénonce avec humour Scouts et guides de France. Si le scoutisme associe simplicité, débrouillardise et vie au milieu de la nature, il aborde également les enjeux contemporains, notamment sur les questions environnementales et climatiques.

Fabriquer un radeau et faire un feu

Construire la table, faire les courses et préparer les repas, fabriquer un radeau, apprendre à reconnaître du bois sec et se retrouver le soir autour d'un feu que l'on a soi-même allumé: le scoutisme donne de l'autonomie aux enfants, assure François Mandil.

"Lors de la 'promesse', un rituel lors duquel les jeunes s'engagent solennellement à faire de leur mieux et à progresser, chaque enfant se fixe ses propres objectifs. Et lorsqu'il estime qu'ils ont été atteints, il peut coudre son badge sur sa chemise." Cuisinier, trappeur, secouriste, guide, ami des animaux, botaniste, géologue: chaque badge valide une nouvelle compétence.

Et lors de cette "promesse", l'enfant s'engage à vivre selon la "loi des scouts" telle que la confiance, la fraternité, la justice et la paix. L'apprentissage de l'autonomie, le lien avec la nature et la solidarité: c'est justement ce qui plaît aux familles. Selon un sondage Opinionway réalisé en 2018, près de neuf personnes interrogées sur dix estiment que le scoutisme apprend aux enfants à respecter la nature et qu'il les rend débrouillards.

Sans compter que, selon François Mandil, le fait que son association soit catholique ne rebute aucunement les parents d'autres confessions ou même athées. "Nous ne sommes pas un mouvement dogmatique et nous ne sommes pas là dans un esprit religieux pour former de bons petits catholiques. On ne demande pas aux enfants quelle est leur croyance", ajoute-t-il. "Et paradoxalement, ça les attire. Car nous proposons aux enfants un espace de réflexion spirituelle sur le sens de la vie qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs."

Cet été, les bénévoles des Scouts et guides de France emmènent des enfants âgés de 6 à 20 ans dans 50.000 campements. "Certains rêvent de vacances dans des hôtels cinq étoiles", badine François Mandil, "nous, nos nuits ont cinq millions d'étoiles."

Céline Hussonnois-Alaya