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Plusieurs régions connaissent une "très belle saison" pour les champignons en raison de la sécheresse

Les champignons abondent dans de nombreuses forêts françaises. Une situation qui peut paraître contre-intuitive, car due aux sécheresses, mais qui ravit beaucoup de cueilleurs. La répétition du phénomène pourrait toutefois poser problème.

De nombreux amateurs de champignons sont ravis en ce début d'automne. Ils font part d'une saison particulièrement bonne cette année après un été pourtant très sec, même si les situations varient en fonction des régions.

"Cette année a été un vrai bonheur, et c'est pas fini", s'enthousiasme Nathalie Jourdan, "passionnée de champignons" résidant dans le Vaucluse.

"Cette année s’annonce très généreuse", prévoit Nathalie Guinard, de Nevers, qui vient de commencer la cueillette. Constat partagé jusqu'en Belgique par Vincent Nullens, proche de la frontière allemande, sur une saison "particulièrement fructueuse": "2019 à été une très bonne année, (...) les années 2020 et 2021 ont été beaucoup moins prolifiques".

Et ce n'est pas qu'une impression: "C'est assez incroyable, c'est une très belle saison, on a eu une météo très favorable", se réjouit Daniel Sugny, président du Comité de la Société mycologique du pays de Montbéliard, qui a également eu des échos de plusieurs territoires: "Nos collègues alsaciens battent des records".

"Des espèces qu'on n'avait pas vu depuis 20-30 ans"

Ces conditions permettent aux amateurs de trouver des champignons rares: "On a trouvé une russule des trembles, un champignon qui est associé au peuplier tremble. Elle n'avait jamais été trouvée dans le département du Doubs", explique Daniel Sugny, "On a également des espèces plutôt méditerranéennes qui ont pu volontiers pousser, comme le bolet de Quélet par exemple, on le trouve fréquemment cet automne", ajoute-t-il.

"On trouve des espèces qu'on n'savait pas vu depuis 20-30 ans", partage également le mycologue, elles ont stimulées.

La raison étonnante de ces belles cueillettes: les sécheresses. Particulièrement intenses cet été, elles ont stimulé le mycélium, le réseau végétatif sous-terrain qui donne naissance à ce qu'on appelle communément les champignons, qui sont les fruits visibles de ce réseau.

Comme l'expliquait à France Bleu Frédéric Placin, scientifique spécialisé dans les Cèpes, les arbres et le mycélium sont interconnectés. "Cette sécheresse a été très bénéfique au champignon, car il a pu se nourrir aux dépens de l'arbre", résume-t-il. En effet, les arbres qui ont soif récupèrent une partie de l'eau du mycélium et lui transmet en retour des quantités importantes de sucre et d'autres nutriments, essentiels à la pousse des champignons.

Il ne manque alors plus qu'un peu d'eau pour déclencher les pousses de ces champignons jusqu'alors en sommeil: les nombreuses pluies tombées en septembre ont fait l'affaire de plusieurs régions et les champignons sont venus recouvrir les sols de leurs forêts.

Les zones les plus tempérées sont particulièrement concernées: en Alsace comme mentionné plus haut et plus généralement du Nord à la Savoie en bordure de frontières. Le sud et l'est de la Belgique en bénéficient également, de même que le Luxembourg, rapporte des amateurs.

Dans les zones ayant souffert de la sécheresse, c'est en altitude que l'on a le plus de chance de remplir son panier car les températures sont moins élevées. C'est notamment le cas en Lozère ainsi qu'en Ardèche, confirment Franceinfo et France Bleu.

Les sécheresses, un problème sur le long terme

En revanche, certaines régions trop affectées par la sécheresse n'ont pas connu de recrudescence des tapis de champignons cette saison. "Par rapport aux autres années, je n'ai pas trouvé que la mienne était vraiment exceptionnelle", déplore Xavier Grandpierre, qui explique qu'il n'y a "pas eu assez d'eau cette année sur le secteur sur lequel je vais d'habitude", au sein de la région du Vallespir, dans le département des Pyrénées-Orientales.

Le cueilleur parle même d'un rendement "légèrement en deçà" des années précédentes, et espère que l'annonce de pluies à venir pourront permettre d'inverser la tendance.

"Ici c'est très sec. Il y a ceux qui sont tombés sur un coin à cèpes parce qu'il y a eu des orages bien ciblés sur quelques endroits et qui le partagent sur les réseaux sociaux mais globalement, il y a moins de champignons que d'habitude", précise Dominique Mondon, de la Société mycologique André Marchand, basée à Perpignan.

"Ce qu'il faudrait pour qu'il y ait beaucoup de champignons, c'est une petite pluie beaucoup plus fine qui pénètre dans le sol pendant une semaine ou dix jours. Avec les orages, ça ne pénètre pas, le sol est trop dur et ça ne dure que 30 minutes", explique-t-il.

Attention au gel

Le retour de la fraîcheur en France ne doit toutefois pas se transformer en pic de froid, voire de gel, dans les semaines à venir, car les champignons, qui se développent principalement entre 5 et 25°C, pourraient en pâtir.

"On espère que ça va durer tout le mois d'octobre, à priori il n'y a pas de gelées de prévues, donc ça devrait aller", partage Daniel Sugny.

Attention toutefois aux contraventions: les cueillettes peuvent être limitées à un volume entre deux et dix litres par cueilleur et par jour selon les départements. Cette réglementation ne s'applique que dans les forêts publiques. Les cueillettes dans les forêts privées sont soumises à l'autorisation des propriétaires.

Une catastrophe à long terme?

Le renouvellement de ces épisodes de sécheresse pourrait toutefois entraîner un effet sur la production de champignons par le mycélium dans toute la France. Un stress trop brutal lié à une sécheresse intense et durable peut toutefois affaiblir le mycélium sur le long terme. Conséquences: une forte limitation des quantités de champignons produites, voire la disparition complète du réseau.

De même, l'état des forêts influe: là où les arbres sont déracinés (du fait de tempêtes ou par l'action humaine s'ils sont malades), le mycélium ne bénéficient plus des apports nécessaires et les champignons ne peuvent donc plus pousser jusqu'au renouvellement du réseau souterrain.

Les bilans complets seront connus à la fin de la haute saison, soit vers la fin du mois de novembre.

Gillet Glenn