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Par région, par âge, par personnes testées: quels sont les scénarios pour le déconfinement?

Il ne fait plus de doute que la sortie du confinement sera progressive. C'est le message que commence à faire passer le gouvernement qui réfléchit à différents scénarios pour ce déconfinement qui pourrait se faire par région, par personnes immunisées ou par âge.

Edouard Philippe veut désormais donner des "perspectives" aux Français pour envisager une sortie de crise. Interrogé mercredi par la mission d'information de l'Assemblée nationale, le chef du gouvernement a surtout préparé la population: la sortie de confinement ne sera pas générale "à une date donnée", ce qui serait synonyme d'"un risque sanitaire", a insisté le Premier ministre. Le déconfinement se fera donc de manière progressive, alors que la date du 15 avril n'est "quasiment" plus d'actualité. 

"Je ne connais pas encore le calendrier du confinement", a fait savoir le Premier ministre devant la mission d'information, qui a promis de présenter la "stratégie" de déconfinement dans "les semaine, les semaines qui viennent".

Actuellement, "plusieurs équipes" travaillent sur des scénarios possibles de déconfinement, dont le Conseil scientifique, qui, dans un avis du 23 mars, estimait que le confinement "durera vraisemblablement au moins six semaines à compter de sa mise en place", ce qui correspond à trois cycles de contamination. Mais cette stratégie de déconfinement reste une grande inconnue, alors qu'elle n'a aucun précédent. Edouard Philippe rappelant qu'il "n'y a pas de process écrit, de méthode éprouvée".

> Pas de déconfinement avant un pic de l'épidémie

Selon les spécialistes, le pic des transmissions a eu lieu il y a quelques jours, le pic des hospitalisations est en train d'être atteint, avant de se stabiliser. Le pic de mortalité lui pourrait être atteint "d'ici une semaine, 10 jours", détaille sur BFMTV Pascal Crépey, épidémiologiste et professeur à l'Ecole des hautes études en santé publique. 

"On voit que le confinement commence seulement à faire son effet, le nombre de nouvelles hospitalisations se stabilise, poursuit Pascal Crépey. Il faut continuer ce confinement pour que le nombre de nouvelles hospitalisations commencent à baisser. Et tout simplement tant que la population n'est pas immunisée, la levée pure et simple du confinement ne fera que remettre les conditions initiales qui ont amené à cette épidémie et donc amener à un rebond de l'épidémie."

Par ailleurs, avant d'envisager un déconfinement, le Conseil scientifique sur le coronavirus rappelle que cette décision ne pourra être prise qu'après que le gouvernement se soit assurée que certains "indicateurs épidémiologiques indiquant notamment que la saturation des services hospitaliers, et des services de réanimation" soit "jugulée".

Un ministre, de manière anonyme, indiquait d'ailleurs que "l'épidémie suit un axe Nord-Est/Sud-Ouest". "Ce qui est certain, c'est que l'indicateur qu'il faudra suivre ce sont les capacitités hospitalières et notamment les capacités de réanimation, abonde Pascal Crépey. Il faut faire en sorte que goulot d'étranglement ne soit pas bouché."

> Une campagne massive de tests

C'est une autre certitude pour le gouvernement: il faudra passer par un dépistage massif avant d'envisager un déconfinement. Olivier Véran, le ministre de la Santé, a promis une montée en puissance de ces tests rapides qui permettent d'obtenir un résultat pour certain en 10 minutes - alors que 5 millions d'entre eux ont été commandés par la France. La Direction générale de la Santé indique que les capacités de dépistage seront augmentées avec "30.000 tests supplémentaires par jour au mois d'avril, 60.000 tests supplémentaires par jour au mois de mai et plus de 100.000 tests par jour au mois de juin".

L'objectif de cette campagne de dépistage massif par tests sérologiques, c'est-à-dire à partir de l'analyse du sang: détecter les personnes qui ont fabriqué des anticorps en réaction à la présence du coronavirus et donc déterminer qui est immunisé dans la population. La fiabilité de ces tests est actuellement testée, la question de l'immunité est elle-aussi toujours à l'étude. "Cette stratégie de tests massifs, utilisée notamment par les Coréens, est celle que nous préconisons de mettre en œuvre pour la sortie du confinement", a fait savoir dans une interview à La Croix Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique sur le coronavirus.

"Il faut encore déterminer les personnes à tester prioritairement", rappelle de son côté François Bricaire, infectiologue et membre de l'Académie nationale de médecine.

> Un déconfinement par région? Par âge? Par profil médical?

Edouard Philippe a indiqué qu'il n'y avait pas de précédent à la situation que vivent les Français. Alors comment déconfiner la population quand la situation sanitaire sera stabilisée. Les hypothèses avancées par le Premier ministre portent sur un déconfinement "qui serait régionalisé ou sujet à une politique de test, ou en fonction, qui sait, de classe d'âge". La possibilité que les personnes de plus de 60, 70 ans soient les dernières à pouvoir sortir du confinement est notamment évoquée.

"Je suis sûr que si on assortit pas le déconfinement de dépistage dans les lieux clos, les Ehpad, les hôpitaux, les prisons...., on ne s'en sortira pas", prévient le professeur Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière. 

Le médecin rappelle que "des chaînes de transmission" continuent de se constituer dans ces lieux clos. Si la sortie du confinement est "le véritable enjeu aujourd'hui", le professeur Caumes insiste sur l'importance du "testing, tracing" et recommande de suivre l'exemple de certains pays d'Asie du Sud-Est.

> Comment les autres pays se préparent la sortie du confinement?

Afin d'anticiper toute nouvelle chaîne de transmission, la question des déplacements restent crucial. Le "tracing", mis en avant par le professeur Caumes, a notamment été mis en place en Corée-du-Sud pour suivre les déplacements des malades. Les données de géolocalisation sont transmises directement par les opérateurs téléphoniques aux autorités. Toute personne passée près d'une personne infectée est donc alertée et peut se faire tester.

Cette méthode semble difficilement applicable en France, car en contradiction avec la protection des libertés individuelles. Emmanuel Macron a mis en place un comité d'experts en charge notamment d'étudier les "pratiques de 'backtracking' qui permettent d'identifier les personnes en contact avec celles infectées par le virus du Covid-19" ou encore d'accompagner "la réflexion des autorités sur la doctrine et la capacité à réaliser des tests ainsi que sur l'opportunité de la mise en place d'une stratégie numérique d'identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées".

Le Premier ministre a évoqué mercredi la possibilité d'un traçage "volontaire", via les téléphones portables.

L'Allemagne étudie elle la mise en place de "passeports d'immunité", pour les personnes immunisées qui pourraient ainsi sortir du confinement. "Les personnes immunisées pourraient se voir délivrer une sorte de carnet de vaccination qui pourrait, par exemple, les exempter de restrictions", explique au quotidien britannique The Guardian l'épidémiologiste allemand Gerard Krause. 

> Du maintien des mesures de prévention... au risque d'un reconfinement

Même avec la levée du confinement, de nombreuses précautions devront être prises. Le directeur général de la Santé Jérôme Salomon a indiqué sur France Info mercredi que les gestes barrières devront être respectés encore pendant "quelques mois". L'hypothèse d'un port du masque généralisé est également évoquée."Cela peut avoir un effet", reconnait Pascal Crépey.

Mais le gros risque est de voir un rebond de l'épidémie après la sortie du confinement. Les scientifiques doivent se mettre d'accord sur la partie nécessaire de population immunisée pour prétendre à une immunité collective. "Le pourcentage de Français immunisés sera un indicateur extrêmement précieux pour savoir comment piloter les politiques sanitaires contre le virus, une fois le confinement levé.

Le reconfinement n'est désormais pas à exclure. "Cela fait partie d'un ensemble de stratégie possible, indique l'épidémiologiste. On pourrait imaginer un confinement intermittent, cela permettrait de le rendre plus supportable pour la population."

Justine Chevalier