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Opposé à l'outrage sexiste, Dupond-Moretti évoque des femmes qui "regrettent de ne plus être sifflées"

Interrogé sur la libération de la parole des femmes au sujet des violences sexistes et sexuelles, l'avocat pénaliste a regretté une "hyper-réglementation" de la société et critiqué certains mouvements féministes qui "manipuleraient les femmes".

"Il y a une très vieille dame qui m'a dit 'Moi, je regrette de ne pas être sifflée'". L'avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti, interrogé ce mardi sur notre antenne, a vivement critiqué la nouvelle infraction d'outrage sexiste, issue d'une récente loi venant renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

"Ca tient à l'éducation de chacun, et au fond, est-ce que l'Etat doit réglementer ça? C'est ça l'hyper-réglementation. Est-ce que l'Etat a vocation à réglementer tous les comportements? Moi je ne le crois pas", a-t-il estimé.

"C'est ahurissant. C'est une question d'éducation, mais que l'Etat inflige une infraction de 90 euros, là aussi on déconne complètement", a jugé l'avocat.

Interrogé sur la difficulté, "encore aujourd'hui", de prouver le harcèlement sexuel, le pénaliste a rappelé qu'il "(fallait) des preuves en matière pénale quand même".

Dans une enquête publiée par le gouvernement en mars 2018, un quart des femmes interrogées, âgées de 20 à 69 ans, déclaraient avoir subi "au moins une forme de violence dans l'espace public" au cours de l'année écoulée. Une proportion qui grimpait à 58% pour les 20-24 ans en Île-de-France. L'étude estimait à 15.500 le nombre de femmes victimes de violences sexuelles par an, 200.000 de violences physiques, 800.000 d'insultes et trois millions de "drague importune". En 2016, une femme a été tuée tous les trois jours par son partenaire ou ex-partenaire. 

"Il ne suffit pas d'accuser pour que ça fonctionne"

"Il ne suffit pas d'accuser pour que ça fonctionne", a poursuivi Eric Dupond-Moretti. Avant d'ajouter: "Il ne suffit pas que la plaignante livre sa parole pour que sa parole soit sacralisée par la justice. La justice a quand même un examen à mener, de crédibilité, celui qui est accusé a aussi son mot à dire, sinon c'est trop simple". 

Pour Eric Dupond-Moretti, la manipulation des femmes par certains mouvements féministes est évidente. "Je vais vous parler d'une association dont le statut est, je cite, de continuer 'le combat'. Moi j'ai pas besoin de soldats, j'ai besoin de juges, impartiaux, pas de militants", a-t-il déclaré.

Pour le pénaliste, certaines associations féministes ne vivent que dans le combat, bon ou mauvais, quitte à flirter avec la démagogie.

"Si on veut militer, on va sur la place publique, pas dans l'enceinte judiciaire", a-t-il martelé.

"Qu'on libère la parole de la femme, qu'on se préoccupe des femmes qui sont victimes, c'est un véritable progrès", a assuré le pénaliste. "Qu'en revanche le filtre de ces plaintes, ce soit les réseaux sociaux, je suis pas d'accord avec ça. Le filtre, c'est la justice avec ses règles. (...) Aujourd'hui on se fait justice sur les réseaux sociaux et parfois sur les chaînes d'information en continu", a-t-il fustigé.

L.A.