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"On aurait pu la sauver": la famille de Julie, victime de féminicide, espère des mesures fortes lors du Grenelle des violences conjugales

Le Grenelle des violences conjugales s'ouvre aujourd'hui à Matignon. Comme le père de Julie, tuée par son ex-compagnon il y a six mois, les familles des victimes de féminicides espèrent que cette concertation débouchera sur des mesures concrètes de la part du gouvernement.

Julie Douib, 35 ans et mère de deux enfants, est morte il y a six mois. Elle a été tuée de deux balles à bout portant par son ex-compagnon qui la battait depuis deux ans. Selon le décompte de plusieurs associations féministes, comme elle, 100 autres femmes auraient été tuées depuis le début de l'année 2019 par leur conjoint ou ex-conjoint en France. 

A l'occasion de l'ouverture ce mardi du Grenelle des violences conjugales pour mettre en place des mesures contre ce fléau, Lucien Douib, le père de Julie, témoigne de ce que sa fille, qui avait porté plainte à plusieurs reprises, vivait au quotidien.

"Au début, c'est comme toute rencontre, c'était tout beau. Et puis, quelques temps après, la personnalité de ce monsieur est ressortie et il a commencé à éloigner Julie de tout contact familial."

C'est alors que son conjoint est devenu violent, humiliant et dégradant vis-à vis-de la mère de ses deux enfants, raconte son père, à qui elle avait réussi à se confier.

"Elle nous a avoué que depuis deux mois il la battait, qu'un soir ça avait dégénéré, qu'il l'avait mise dehors en lui jetant un plat de riz sur la tête (...) Il l'a mis dehors violemment et elle s'est retrouvée à la rue."

"Je pense qu'on aurait pu la sauver"

La jeune femme a finalement réussi à quitter son compagnon, et est allée à de nombreuses reprises porter plainte contre lui. Mais son père déplore une très mauvaise écoute de la part des forces de l'ordre. Lucien Douib confie que sa fille a eu l'impression de ne pas être entendue.

"Une fois, Julie a été à la gendarmerie pour leur dire: 'Il a une arme'. Et on lui a répondu: 'Tant qu'il ne s'en est pas servi, on ne peut rien faire'. Donc là, je pense qu'il y a eu manquement grave. Je pense qu'on aurait pu la sauver", déplore son père.

Un sentiment partagé par Céline, amie d'enfance de Julie, qui pointe elle aussi du doigt une prise en charge largement insuffisante de la part des forces de l'ordre. Avec le père de Julie Douib, elle sera reçue à Matignon ce mardi, et espère que des mesures émergeront du Grenelle des violences conjugales.

"On demande à ce que déjà, il y ait un accueil dans les commissariats, que les femmes soient entendues, que les plaintes soient prises en charge, qu'il y ait des mesures d'éloignement tout de suite, demande-t-elle. Pourquoi quant une femme vient porter plainte, on éloigne pas son conjoint qui est violent? Il y a des choses çà faire."

La nécessité d'une meilleure prise en charge

Une meilleure formation des gendarmes et policiers chargés de recevoir les plaintes des femmes fait d'ailleurs partie des revendications des associations féministes pour ce Grenelle. Elles réclament également la création, avant la fin de l'année 2019, d'au moins 2000 places d'hébergement pour les femmes ayant fui le domicile conjugal, un renforcement de la prévention contre les violences sexistes dès l'école ou encore la création d'instances judiciaires spécialisées.

Le Grenelle prendra fin le 25 novembre prochain. Les association souhaitent qu'il débouche sur un "plan Marshall" doté de 500 millions d'euros "au moins", voire un milliard. Aujourd'hui, une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon tous les deux jours et demi.

Juliette Mitoyen avec AFP