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"On abandonne nos alliés": un Français qui a combattu en Syrie avec les Kurdes déplore l'inaction de la France

Avec une dizaine d'autres combattants français qui se sont rendu en Syrie, William a adressé une lettre au gouvernement, lui demandant d'agir pour aider les Kurdes.

Comme William, ils sont plusieurs dizaines de Français à avoir abandonné leur travail ou leurs études dans l'Hexagone et à avoir pris les armes pour aller se battre en Syrie contre Daesh, aux côtés des Kurdes. Cet ancien travailleur dans la communication est resté trois ans en Syrie, participant à la libération de villes comme Raqqa, Kobané ou Deir Ezzor. Pour lui, il était de son devoir de rejoindre les forces kurdes.

"On ne peut pas tous rester à la maison et penser que la démocratie, c'est un truc qui tombe du ciel et qu'il ne faut jamais se battre pour. Il faut défendre nos valeurs", a-t-il assuré au micro de BFMTV.

Comme William, beaucoup de combattants français sont rentrés en France lorsqu'ils ont cru que la menace jihadiste était écartée en Syrie.

"Je pensais que ça allait être fini. En deux mois, je suis parti", raconte-t-il.

Mais l'opération Peace Spring a changé la donne. Lancée le 9 octobre dernier par la Turquie contre les Kurdes syriens des Unités de protection du peuple (YPG), elle vise à créer une "zone de sécurité" dans le nord de la Syrie. Une opération qui laisse craindre le retour de Daesh, les forces kurdes étant contraintes de mobiliser leurs forces dans les combats, délaissant la surveillance des prisons où sont enfermés des milliers de jihadistes de Daesh.

"On se comporte comme des traîtres"

Sans nouvelle de bon nombre de ses amis rencontrés en Syrie, William est désormais inquiet que les jihadistes ne regagnent du terrain en Syrie. Il déplore l'inaction de la France, qui selon lui ne fait rien pour aider les forces kurdes qui ont joué un rôle majeur dans la lutte contre Daesh.

"Ce qui fait vraiment de la peine c'est que tous les endroits qu'on a pris, où des amis à moi sont morts, on est en train de les redonner aux jihadistes. C'est plus bas que tout, quoi. On se comporte comme des traîtres, on abandonne nos alliés. C'est inadmissible. Franchement je ne comprends pas l'attitude de nos gouvernants", s'insurge-t-il.

Avec une dizaine d'autres Français ayant combattu aux côtés des Kurdes en Syrie, William vient d'adresser une lettre au gouvernement, lui demandant d'agir. Plusieurs d'entre eux se disent même prêts à repartir s'il le faut. La Turquie a récemment menacé de reprendre l'offensive contre les Kurdes si ces derniers pénétraient dans la "zone de sécurité" établie.

Juliette Mitoyen