BFMTV

Film anti-islam : une centaine d'interpellations en marge d'une manifestation à Paris

BFMTV
Une manifestation non autorisée, tenue samedi près de l'ambassade américaine à Paris pour protester contre un film qui a embrasé le monde musulman, a donné lieu à quelques violences et conduit à 150 interpellations.

Parmi les manifestants, de nombreux hommes, dont certains habillés à la mode salafiste, mais aussi des jeunes vêtus de manière plus classique, venus car, explique l'un d'eux, Suleimane, 24 ans, ils n'acceptent pas que le "Prophète soit tourné en dérision".

Selon une source policière, des appels à manifester avaient été repérés dans la journée sur les réseaux sociaux, certains avec une "tonalité salafiste".

Selon la préfecture de police, un total de 150 personnes ont été interpellées puis conduites dans des commissariats pour vérification d'identité. Un ou deux manifestants ont été placés en garde à vue pour outrage et violences sur des fonctionnaires, a ajouté une source judiciaire.

Quatre policiers ont été légèrement blessés, a indiqué la PP.

La manifestation non déclarée, qui a réuni plus de 200 personnes selon la Préfecture de police, a débuté vers 16H30, "aux alentours de l'ambassade des Etats-Unis", a expliqué une source policière.

Ils "ont été maintenus au niveau des Tuileries" mais "des petits groupes se sont ensuite éclatés" notamment en direction de la place Beauvau toute proche, adresse du ministère de l'Intérieur, où d'importantes forces de police étaient présentes, notamment en raison des Journées du patrimoine. Les manifestations place Beauvau sont rarissimes.

Le CFCM déplore la manifestation

Dans un entretien téléphonique avec l'AFP, le président du Conseil français du Culte musulman (CFCM) Mohamed Moussaoui a déploré cette manifestation et a appelé à "ne pas associer l'ensemble des musulmans de France à des événements marginaux comme celui-ci".

Jusqu'alors, aucun incident n'avait été relevé en France en lien avec le petit film video "Innocence of Muslims" (L'Innocence des musulmans) qui décrit l'islam comme un "cancer" et a embrasé nombre de villes dans le monde musulman, faisant au moins onze morts.

Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui s'exprimait sur I-Télé, a jugé "assez grave" que des salafistes aient "réussi à mobiliser quelques centaines de personnes" à Paris.

En début de soirée, une dizaine de personnes dont certains vêtus à la manière des Tablighs, restaient encerclées par les forces de l'ordre près de la place de la Concorde, tandis qu'une autre dizaine attendait qu'ils soient libérés, sans slogan ni banderole.

Une manifestation "pacifique"

"On est venu pour redorer le blason de Mahomet. On est dans la liberté d'expression, on voulait marcher comme Gandhi. On demande un minimum de respect", a expliqué Abdelnour Karzaï, 23 ans, originaire de banlieue parisienne, évoquant une manifestation "pacifique".

Il est venu "jeter un coup d'oeil après avoir vu des infos sur internet"." "On ne peut pas faire de caricature des grands prophètes", a-t-il fait valoir.

"L'ambassade américaine, c'est juste un symbole, on n'est pas là pour la brûler," s'insurge un jeune d'une vingtaine d'années, qui a souhaité conserver l'anonymat.

Vers 20H00, les derniers manifestants ont fait leur prière, encerclés par les forces de l'ordre, avant d'être à leur tour conduits dans un commissariat.

Dans un entretien à l'AFP, Eric Chaumont, chargé de recherches au CNRS et spécialiste du droit musulman, avait jugé prévisibles des manifestations en France: "Je ne peux pas prédire si elles seront violentes ou pas. Les leaders religieux ont lancé des appels au calme, ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais évidemment, il y a des éléments ni contrôlés ni contrôlables."

Sujet Vidéo : Emeline d'Harcourt et Adrien Espinoza