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Les grands patrons demandent à leur tour une baisse des charges

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Les PDG des 98 plus grandes entreprises demandent une baisse globale de leurs charges en échange d’économies de 60 milliards de l’Etat.

Après les « pigeons », les grands patrons lancent, eux aussi, leur appel. Les PDG des 98 plus grandes entreprises françaises ont adressé dimanche un ultimatum au gouvernement dans le Journal du Dimanche. L'Association française des entreprises privées (Afep) demande d'urgence une baisse massive des charges de 30 milliards et 60 milliards de réduction des dépenses de l’Etat. « Nous sommes arrivés au bout de ce qui est supportable », expliquent-ils à quelques jours de la remise du rapport de Louis Gallois au Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Les patrons veulent taper fort avec trois mesures choc de compétitivité. Ils demandent à l’Etat d’économiser soixante milliards d’euros sur cinq ans, de baisser le cout du travail d'au moins trente milliards notamment en passant la TVA à 21% , et baisser les impôts sur les sociétés au niveau de nos voisins européens.

« Réduire les dépenses publiques à tous les niveaux »

Christian de Boissieu, économiste et spécialiste de questions monétaires et bancaires, estime que « les chefs d’entreprise ont raison de se faire entendre ». Il partage d’ailleurs leur point de vue : « Il faut réduire dans la durée les dépenses publiques à tous les niveaux, l’Etat, la Sécurité sociale et les collectivités. Le deuxième message, c’est la comparaison entre la France et les pays voisins. La France a des efforts à faire en matière fiscale. On a encore un taux de prélèvement moyen en France autour de 45% de notre PIB, 4 ou 5 points au-dessus de la moyenne européenne. La France est en Europe, une économie ouverte, il faut faire attention à la concurrence fiscale ».

« Impossible, à moins de nous transformer en Grecs »

En revanche, pour Benjamin Coriat, professeur d'économie à l'université Paris 13 et co-président du « collectif des Économistes Atterrés », ce nouveau coup de force des grands patrons est « totalement impossible, à moins de nous transformer en Grecs du jour au lendemain : attaquer les régimes de retraite, baisser les salaires des fonctionnaires, de fermer les dispensaires et les écoles. C’est impossible, j’ai presque envie de dire insensé. L’association des patrons a tout à fait raison à sa manière de pousser ses intérêts, mais en les poussant si loin, ils se décrédibilisent complètement. Ils apparaissent de plus en plus comme un lobby essayant de tirer les marrons du feu en proposant des choses infaisables ».

Pierre Moscovici refuse la demande des patrons|||

Ce lundi matin, le ministre de l’Economie Pierre Moscovici a répondu par la négative à la demande des patrons. Le gouvernement ne peut pas se permettre d'abaisser le coût du travail de 30 milliards d'euros « parce que nous venons de faire un effort historique pour réduire nos déficits », affirme-t-il. Or, abaisser le coût du travail dans de telles proportions risquerait de remettre cet objectif en cause, et « c'est une question de crédibilité, si la France n'honorait pas sa signature (...) nous serions sanctionnés ». Impossible aussi de compenser cette baisse par une hausse de la TVA ou de la CSG car cela grèverait « le pouvoir d'achat des Français » qui sont les « clients » de ces mêmes entreprises.

M. Chaillot avec Jamila Zeghoudi