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Les colonies de vacances et camps de scouts sont-ils en danger?

Un moniteur de camp d'été avec des enfants à Malo-les-Bains, dans le Nord, en juillet 2013 (photo d'illustration)

Un moniteur de camp d'été avec des enfants à Malo-les-Bains, dans le Nord, en juillet 2013 (photo d'illustration) - Philippe Huguen-AFP

La transposition d'une directive européenne menace les associations organisatrices de colonies de vacances et camps de scouts. Elle leur impose la même logique financière que n'importe quelle agence de tourisme.

Y a-t-il péril sur les jolies colonies de vacances? Une ordonnance transcrivant une directive européenne pourrait, au 1er juillet prochain, mettre en danger les structures à but non lucratif qui accueillent des mineurs, comme les colonies de vacances ou camps de scouts.

"C'est la mort des petites associations"

Selon la transposition française de la directive Travel, ces structures d'accueil collectif seront traitées comme n'importe quelle entreprise de tourisme. Pour faire simple, elles devront se porter garantes de leurs prestataires, tout comme les agences de voyage. Par exemple: si une colonie a prévu une activité canoë et que cette dernière est annulée, la structure organisatrice devra rembourser les parents.

Cela risque de poser de conséquents problèmes budgétaires pour certaines structures. "C'est la mort des petites associations qui n'ont pas de matelas financier", s'alarme pour BFMTV Arnaud de Bechevel, président de Vitacolo, une association qui propose des colonies de vacances à un millier de jeunes.

"Cela impose de mettre en place un fonds de garantie pour pouvoir rembourser nos clients. Cela représente 10% de notre chiffre d'affaires bloqués sur un compte, soit 80.000 euros. Aujourd'hui, je ne les ai pas."

"La richesse de l'éducation populaire, c'est la diversité"

La solution pour les plus petites associations: rejoindre de plus grandes structures. Ce qui ne les satisfait pas. Car pour elles, le risque sera de devoir rendre des comptes à des organismes avec lesquels elles ne partagent pas la même philosophie.

"Si l'on doit se fédérer ou s'allier, il faudra s'asseoir sur nos valeurs, poursuit Arnaud de Bechevel. Or, la richesse de l'éducation populaire, c'est la diversité des ambassadeurs qui portent des pédagogies différentes, qui offrent un pluralisme et non une vision unique."

François Mandil, délégué national des Scouts et guides de France et vice-président du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d'éducation populaire, est lui aussi inquiet.

"À court terme, les petits organisateurs de colonies de vacances vont devoir supprimer un certain nombre de séjours ou même mettre la clé sous la porte faute d'actifs sur leurs comptes, pointe-t-il pour BFMTV. Nous, on pourra se débrouiller pour cet été, mais cet argent ne pourra pas être utilisé pour autre chose, comme aider des familles modestes. Et à long terme, cela impactera notre modèle économique."

"On nous assimile à une activité mercantile"

Car selon lui, cela créé une "logique de marchandisation" du temps libre. "On nous assimile à une activité mercantile, regrette François Mandil. Mais notre visée est d'autonomiser, de faire grandir, de faire découvrir le monde et de favoriser la mixité sociale. On ne peut pas nous mettre dans la même case que le tourisme, nous ne sommes pas dans une logique de consommateurs."

C'est également le point de vue de Jean-Michel Bocquet, directeur du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne. Selon lui, un mouvement de jeunesse n'a rien à voir avec une activité touristique. Pour le site The Conversation, il rappelle que les liens entre tourisme et colonie de vacances "ont toujours été ténus, mais jamais les colonies de vacances ne sont tombées à pieds joints dans le tourisme". Assimiler les colonies de vacances à du tourisme, c'est, estime Jean-Michel Bocquet, également chercheur en sciences de l'éducation, "placer la question économique au-dessus de la question éducative".

Reçus par le cabinet du Premier ministre

Une analyse que partage Arnaud de Bechevel. "Nous n'avons pas le même modèle qu'une entreprise. Nous ne faisons pas de l'argent, nous faisons du social." Pour François Mandil, les mouvement de jeunesse et d'éducation populaire doivent être exclus du camp d'application de cette directive. "Il va falloir trouver le moyen juridique pour tordre le bras à ce décret."

Plusieurs associations de scoutisme et organisatrices de colonies ont ainsi interpellé le gouvernement afin qu'une circulaire puisse exclure les mouvements éducatifs de la transposition de cette directive. Scouts et guides de France a été reçue par des conseillers du Premier ministre. "Ils nous ont confirmé qu'ils étaient d'accord avec nous et qu'ils allaient trouver une solution", indique François Mandil. Mais pour l'instant, à moins de deux mois des vacances d'été, rien ne leur a encore été annoncé.

Céline Hussonnois-Alaya