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Le Défenseur des droits estime que la crise du coronavirus a "exacerbé" les inégalités

"Les inégalités sociales et territoriales, les reculs des services publics déjà à l'oeuvre ont été exacerbés" avec l'épidémie de coronavirus, estime le Défenseur des droits. Jacques Toubon s'apprête à quitter l'autorité indépendante après six années à sa tête.

Jacques Toubon, le Défenseur des droits a alerté lundi dans son rapport annuel sur l'aggravation des inégalités pendant le confinement, dans un pays toujours miné par l'effacement des services publics et les rapports tendus entre police et population. La crise du coronavirus a relevé les "inégalités sociales, territoriales et culturelles", devenues "plus visibles" durant cette période, a-t-il affirmé sur BFMTV.

Malgré une activité réduite de moitié, le Défenseur des droits a joué son rôle de "démineur des discriminations de la vie quotidienne" au plus fort de l'épidémie, assure Jacques Toubon, évoquant les appels à rouvrir les bureaux de poste, à adapter l'attestation de sortie aux handicapés ou à désengorger les prisons face au virus.

L'État d'urgence sanitaire doit être "temporaire"

Dans une partie de son rapport dédiée à une synthèse sur son action depuis le début du confinement, il dit espérer que l'état d'urgence sanitaire restera "temporaire".

Les mesures associées doivent être "nécessaires, proportionnelles, exceptionnelles et temporaires", a-t-il insisté sur notre antenne, rappelant le cas des restrictions liées à l'état d'urgence mis en place après les attaques terroristes de 2015. Ces dispositions sont ensuite rentrées dans le droit commun. Il ne faut pas que, "comme pour l'état d'urgence antiterroriste", ce soit également le cas pour l'état d'urgence sanitaire, a-t-il plaidé sur BFMTV.

"Garantir la sécurité sanitaire du plus grand nombre ne doit pas conduire à insérer ce régime de façon pérenne dans le droit commun à l'issue du déconfinement", note son rapport.

Accélérer le retour à l'école

Jacques Toubon a également évoqué le retour à l'école des enfants après le déconfinement, entamé le 11 mai dernier, sur la base du volontariat. "Nécessairement ça veut dire qu'il y aura une sélection des élèves", a-t-il expliqué sur BFMTV.

"Est-ce que les élèves les plus défavorisés et en difficulté (...) ne vont pas être ceux qui, pour des contextes économiques, familiales ou autres, ne vont pas justement revenir?", s'est-il interrogé. Même si environ un quart des élèves a repris le chemin de l'école, "ceux qui "en auraient le plus besoin, malgré les efforts des enseignants, (n'y) sont pas retournés à l'école".

Pour le Défenseur des droits, il faut donc trouver un moyen d'accélérer ce retour dans les établissements scolaires. Il a enfin évoqué un aménagement nécessaire "pour assurer le service de la cantine pour tous", pour des millions d'enfants dont il s'agit du "principal repas". 

Le nombre de réclamations en forte hausse en 2019 

Après avoir rendu les inégalités "encore plus criantes", Jacques Toubon espère, d'après son rapport, que la "crise sanitaire (...) conduira à un meilleur accès aux droits". Le travail n'a en tout cas pas manqué pour le Défenseur des droits, qui a reçu l'an passé 103.000 réclamations, soit 7,5% de plus que l'année précédente.

Ces demandes concernent majoritairement les relations avec les services publics: plus de 60.000 réclamations, en hausse de 10,4% sur un an. Le rapport dépeint ainsi une France minée par "les inégalités territoriales", mais aussi par le "sentiment d'abandon" provoqué par "la fracture numérique et la dématérialisation à marche forcée" des services publics.

Discriminations, droits de l'enfant, protection des lanceurs d'alerte... Les réclamations concernant les autres champs de compétences du Défenseur restent stables.

Romane Bompard, avec AFP