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Le couvre-feu, une mesure efficace contre le coronavirus? L'exemple de la Guyane

Un contrôle policier à Rémire-Montjolie en Guyane le 20 juin 2020

Un contrôle policier à Rémire-Montjolie en Guyane le 20 juin 2020 - Jody Amiet

Selon nos informations, l'exécutif penche sur l'hypothèse d'un couvre-feu à Paris pour enrayer la propagation du coronavirus. Une mesure qui pourrait être annoncée ce mercredi soir par Emmanuel Macron mais qui a déjà été mise en place dans plusieurs territoires dont la Guyane. Pour quels résultats?

Pour les Parisiens cela reste à ce stade une hypothèse, pour les Guyanais c'est déjà la réalité. Alors que la France fait face à la deuxième vague de coronavirus en l'espace d'à peine un an, de nouvelles mesures sanitaires comme la mise en oeuvre d'un couvre-feu pourraient prochainement voir le jour à Paris où l'épidémie ne cesse de propager.

Une mesure forte déjà mise en place dans plusieurs villes lors du confinement mais également en Outremer comme en Guadeloupe, en Martinique où en Guyane où elle toujours en vigueur et produit de bons résultats à en croire les autorités sanitaires.

"Pas un confinement nocturne"

"Cela a été très efficace", affirme Clara de Bort. La directrice générale de l'ARS Guyane estime avoir suffisamment de recul pour le confirmer.

Instauré en mars dernier, le couvre-feu dans plusieurs villes de Guyane dont Cayenne a été dans un premier temps durci en juin (interdiction de sortir de 17h à 5h du matin) puis assoupli compte tenu de l'amélioration de la situation sanitaire.

"Ca n'est pas un confinement nocturne, c'est bien différent", assure la directrice générale de l'ARS.

Baisse du nombre de cas et d'hospitalisations

Désormais mis en place de 23h à 5h du matin depuis fin septembre dans plusieurs communes guyanaises, le couvre-feu se voit accompagné de la fermeture des commerces au cours de la nuit pour éviter les interactions sociales. Des dérogations sont néanmoins accordées notamment pour motif professionnel.

"Une mesure intéressante qui nous a permis de ne pas reconfiner et donc de maintenir l'activité économique et sociale en journée avec les mesures barrières mises en oeuvre", estime Clara de Bort.

Bien accepté par la population, le couvre-feu a eu un "effet très net" notamment sur le nombre de contaminations qui a baissé en 4-5 jours et sur les hospitalisations qui ont diminué une quinzaine de jours après son instauration selon l'ARS.

"La fermeture des frontières, notamment avec le Brésil, y a aussi été pour quelque chose", analyse la maire PS de Cayenne Marie-Laure Phinéra-Horth.

Une mesure bien perçue par la population

Avis partagé par Antoine Burin, médecin généraliste à Cayenne, qui considère que la stratégie de dépistage a été mise en place de manière intensive sur le territoire ultramarin avec un près de 2.000 tests réalisés chaque jour lors du pic épidémique.

Résultats: l'état d'urgence sanitaire a été levé en septembre dernier en Guyane et les bars et restaurants ont pu rouvrir alors que leurs fermetures étaient annoncées au même moment dans plusieurs territoires métropolitains. "J'étais dubitatif sur la pertinence du couvre-feu mais force est de constater que cela a été relativement efficace", reconnaît le médecin qui conçoit que la mesure est contraignante mais bien reçue par la population guyannaise.

"Cette mesure est venue après le confinement qui a été d'autant plus rude qu'on l'a vécu alors qu'il y avait alors très très peu de cas", relate Antoine Burin.

Un exemple à suivre pour Paris?

Mais les autorités sanitaires locales estiment qu'il est aventureux de s'inspirer du modéle guyanais pour l'appliquer à Paris.

"Je ne pense pas que le couvre-feu guyanais peut être calqué pour un couvre-feu parisien", considère la maire de Cayenne tandis que l'ARS de Guyane estime qu'"on ne peut pas forcément dupliquer d'un territoire à un autre"

Selon un dernier bilan de l'ARS Guyane, 12 cas positifs sur 331 tests réalisés ont été recensés le 13 octobre dernier sur le territoire guyanais qui compte près de 300.000 habitants.

"Les chiffres diminuent, mais il ne faut pas lâcher!", prévient toutefois Marie-Laure Phinéra-Horth.
Hugues Garnier Journaliste BFMTV