BFMTV

La veuve Erignac injuriée: fin de la garde à vue de l'ex-chef du FLNC 

Charles Pieri, ex-leader du Front de libération nationale corse

Charles Pieri, ex-leader du Front de libération nationale corse - Pascal Pochard-Casabianca-AFP

L'ancien leader du Front de libération nationale corse (FLNC) a été convoqué ce mardi à la gendarmerie. Il est soupçonné d'avoir publié des propos injurieux visant la veuve du préfet Erignac. Il a d'abord placé en garde à vue mais il a été mis fin à celle-ci en fin de journée.

Le militant nationaliste corse Charles Pieri est convoqué ce mardi à la gendarmerie de Ghisonaccia, en Haute-Corse. Il est soupçonné d'être le titulaire d'un compte Facebook qui a publié des propos injurieux envers la veuve du préfet Claude Erignac, assassiné par un commando nationaliste en 1998.

Charles Pieri a d'abord été placé en garde à vue, après s'être rendu à la convocation avec ses deux enfants et une dizaine de militants. En fin de journée, on apprenait que cette garde à vue était levée. Il est sorti libre à 19H00. Il devrait être convoqué à nouveau après l'analyse des éléments techniques - notamment du disque dur de son ordinateur - qui ont été saisis à son domicile lors d'une perquisition dans l'après-midi. Le procureur a assuré que Charles Pieri avait refusé de "s'expliquer" lors de deux auditions successives. 

L'enquête se poursuit en vue de l'exploitation des éléments recueillis" lors d'une "perquisition à son domicile", a précisé le procureur Eric Bouillard, précisant que Charles Pieri avait été "entendu sur les délits d'injures résultant d'un message posté sur un réseau social le 7 février, compte dont il est bien le titulaire selon les éléments transmis par Facebook". 

La collaboration pendant de la Seconde Guerre mondiale

Une enquête a été ouverte par le parquet d'Ajaccio après la publication mercredi 7 février sur le célèbre réseau social d'une publication visant Dominique Erignac, venue en Corse avec Emmanuel Macron pour rendre hommage à son mari vingt ans après sa mort.

Ce message compare Dominique Erignac aux Françaises ayant collaboré avec les Allemands pendant de la Seconde Guerre mondiale. Publié sur le compte Facebook "Di l'altu pianu" attribué à Charles Pieri peu après le discours de la veuve du préfet lors de la cérémonie d'hommage, ce post est resté en ligne quatre jours.

"Madame Erignac est le symbole de la femme française. Ces courageuses femmes françaises qui, de 1940 à 1944 réussirent à faire 400.000 petits bâtards aux valeureux soldats du 3e Reich."

Corsica Libera "ne partage pas le contenu de ce texte"

Charles Pieri, 67 ans, est l'un des responsables de l'exécutif de Corsica Libera, le mouvement du dirigeant indépendantiste Jean-Guy Talamoni. Ce dernier a condamné les insultes lundi après plusieurs jours de silence. Le président de l'Assemblée de Corse a assuré ne partager "ni la forme ni la teneur" du texte. Et a indiqué que son action politique s'inscrivait "dans une démarche de respect des individus et des peuples".

"Si chaque citoyen a le droit de s'exprimer en son nom sur des réseaux sociaux et d'en assumer la teneur, cela ne saurait en aucun cas engager Corsica Libera qui, par ailleurs, ne partage pas le contenu de ce texte", a indiqué dans le mouvement dans un communiqué.

"Injurieux et profondément choquant"

Charles Pieri est également l'ancien leader du Front de libération nationale corse (FLNC) et une figure de la violence clandestine. Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif corse, a lui aussi dénoncé ces propos controversés.

"Quel qu'en soit l'auteur, le contenu de ce texte, injurieux et profondément choquant, est inacceptable. Il est contraire à ce que nous sommes, aux plans philosophique, éthique, et politique. Il est également contraire d'une part à nos valeurs et principes, d'autre part à notre conception de l'histoire, de la société et de la vie publique. Enfin ce texte est totalement incompatible avec notre démarche ainsi qu'avec la vision politique et stratégique que les Corses nous ont donné mandat de mettre en œuvre, à travers leur vote massif de décembre dernier."

La mention de la Corse dans la Constitution

La ministre Jacqueline Gourault doit réunir ce mardi une délégation d'élus corses à Paris pour évoquer notamment l'inscription de l'île dans la Constitution. Elle recevra notamment les deux dirigeants nationalistes de l'île, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni.

Le texte gouvernemental sur la mention de la Corse dans la Constitution doit être soumis rapidement au Conseil d'État pour une présentation en Conseil des ministres mi-mars.

Lors de sa visite en Corse, Emmanuel Macron a affiché sa fermeté en rejetant deux des principales revendications des nationalistes, qui contredisent, selon lui, les règles de la République: faire de la langue corse l'égal du français et accorder le statut de résident aux insulaires. 

Céline Hussonnois-Alaya, avec R.V. et AFP