BFMTV

"Je vais me retrouver SDF": un patron de discothèque en grève de la faim

Mike Ludwig est gérant de la plus grande boîte de nuit de Bretagne. Après plus de 3 mois de fermeture, il a décidé d'entamer une grève de la faim pour exiger la réouverture des établissements nocturnes.

"Je suis très très fatigué". Depuis ce dimanche, Mike Ludwig ne se nourrit plus. Ce gérant de la boîte de nuit Le Tremplin à Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) a décidé d'entamer une grève de la faim pour alerter les pouvoirs publics sur la situation alarmante des professionnels du milieu de la nuit, qu'il qualifie de "grands oubliés du déconfinement".

"J'ai arrêté aussi de m'hydrater, parce que je voulais une action forte"

La crainte d'un rebond

Son complexe, le plus gros de la région Bretagne, peut accueillir 2700 personnes et emploie 22 salariés, tous au chômage partiel depuis le 8 mars. Et à ce jour, aucune date de réouverture à l'horizon,

"Ils disent que si les discothèques rouvraient, on serait responsables de la deuxième vague. Je ne peux pas admettre ce discours, ce n'est pas possible"

Les autorités craignent en effet un rebond de l'épidémie en cas d'autorisation des rassemblements massifs en espaces confinés. Lors de sa présentation de la phase 2 du déconfinement le 28 mai dernier, Edouard Philippe avait estimé qu'il serait difficile de rouvrir les discothèques et autres lieux festifs avant le mois de septembre, au mieux.

Un horizon confirmé le 19 juin par le ministre de la Santé Olivier Véran, pour qui "la vigilance doit rester forte". Du côté des professionels de la nuit, la décision est vécue comme une injustice.

"Le gouvernement signe l'arrêt de mort des discothèques," répond l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH).

Le syndicat représentant les quelque 1500 établissements nocturnes français menace même de porter l'affaire devant le conseil d'Etat.

"Je vais me retrouver SDF"

Comme beaucoup d'autres, Mike Ludwig craint de ne plus pouvoir payer ses charges et son loyer. En trois mois, il a également "accumulé beaucoup de dettes" car en tant que gérant, il ne touche rien.

"Je vais me retrouver SDF. Certains ne comprennent pas mon action, disent qu'il faut penser à sa famille. Justement, mon action pense à toutes les familles derrière qui vont aller vers le chaos. Il y en a qui vont mourir, et je n'ai pas envie de montrer ça à ma famille."

Mike Ludwig attend désormais une réponse politique de la part d'Emmanuel Macron. Une réunion interministérielle devait avoir lieu ce jeudi sur la question des discothèques, avec le soutien de 60 députés.

Charlotte Mesurolle et Pierre-Emmanuel Bécet avec François de La Taille