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IP Tracking : quand les e-voyagistes vous traquent et augmentent leurs prix

« Il y a un relatif vide juridique sur l’IP Tracking, on est à la frontière de la légalité », explique François Carlier, de l'association de consommateurs CLCV.

« Il y a un relatif vide juridique sur l’IP Tracking, on est à la frontière de la légalité », explique François Carlier, de l'association de consommateurs CLCV. - -

La CNIL (Commission nationale internet et libertés) va enquêter sur « l'IP Tracking », l'observation des adresses IP des ordinateurs, qui constitue une « grave atteinte aux droits des consommateurs », selon une eurodéputée. Sur Internet, certains voyagistes augmentent en effet leurs tarifs selon vos visites sur les sites.

Des billets dont les prix oscillent d'un jour à l'autre, des tarifs qui augmentent en quelques secondes, des avions presque complets au dernier moment... réserver un vol sur Internet à un tarif acceptable est parfois difficile. Et pour cause : rien n’interdit de faire varier les prix selon vos visites sur les sites. La CNIL (Commission nationale internet et libertés) va mener l'enquête sur « l'IP Tracking », l'observation des adresses IP des ordinateurs, qui permet aux voyagistes sur Internet de suivre les faits et gestes de leurs clients, et d'augmenter leurs tarifs à loisir.

« Ils mettent la pression, pour inciter à acheter »

Lorsque l'internaute revient sur une offre déjà visitée, le prix est alors quelque peu relevé. Le client potentiel pense alors que le nombre de places disponibles tendrait à diminuer, ce qui le pousse à finaliser la transaction. « Le site internet de voyage, explique François Carlier, directeur de l'association de consommateur CLCV, vous enregistre comme "l’ordinateur X", qui est venu à 14h sur mon site, s’est renseigné sur un Paris-New-York, est ensuite allé ailleurs, et est revenu sur mon site à 15h. D’une certaine manière, je n’apprécie pas qu’il aille voir la concurrence, donc je vais monter le prix pour lui mettre la pression et l’inciter à acheter, sans continuer à tergiverser ».
Pour l’eurodéputée Françoise Castex, c'est inacceptable. Elle a saisi la CNIL le mois dernier pour qu'elle enquête sur cette « grave atteinte aux droits des consommateurs ». Cette pratique « soulève de nombreuses interrogations », explique la CNIL, qui travaille avec la répression des fraudes.

« De 400 euros, le billet est passé d’un coup à 600 euros ! »

De nombreux internautes ont été victimes de ces hausses de prix intempestives. Comme Antoine par exemple, qui est tombé dans le piège sur un site internet français en réservant ses billets pour l'Ile Maurice : « J’ai vu un prix pour un billet, je me suis reconnecté le lendemain pour regarder une nouvelle fois le prix, qui n’était pas du tout le même que la veille. De 400 euros, il est passé d’un coup à 600 euros ! Je me suis connecté à partir d’un autre ordinateur et j’ai retrouvé le prix initial que j’avais vu le premier jour. Je me sens volé, parce qu’ils abusent complètement des technologies qu’ils ont à disposition, et je ne trouve pas ça très honnête. J’espère que c’est quelque chose qui sera sanctionné à l’avenir ».

« On est à la frontière de la légalité »

Cette technique des sites internet, augmenter les prix pour faire croire par exemple qu'un avion se remplit et inciter à l'achat de billets, n'est pas illégale, explique François Carlier, de l'association de consommateurs CLCV : « Il y a un relatif vide juridique sur ces questions, on est à la frontière de la légalité. C’est pour ça qu’un nouveau cadre juridique sur les données personnelles, est quelque chose d’important ».
La Cnil espère terminer son enquête sur ces pratiques tarifaires abusives, avant le rush des vacances cet été.

J.V. avec Pierre Rigo