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Boire fait-il se sentir beau?

La bière fait-elle se sentir beau? C'est la question à laquelle a voulu répondre le laboratoire de psychologie de Grenoble.

La bière fait-elle se sentir beau? C'est la question à laquelle a voulu répondre le laboratoire de psychologie de Grenoble. - -

Boire de l'alcool fait-il se sentir beau ? Le laboratoire de psychologie de Grenoble, pour s'être penché très sérieusement sur la question, a reçu jeudi à Harvard un "Ig Nobel", un prix récompensant les travaux de recherche qui "font rire puis réfléchir".

"C'que t'es belle quand j'ai bu, je regrette de n'avoir pas fait d'autres abus, tellement t'es belle quand j'bois", les paroles de la chanson d'Alexis HK ont-elles inspiré les chercheurs grenoblois? En tout cas, le laboratoire de psychologie de Grenoble, s'est penché très sérieusement sur la question "Boire de l'alcool fait-il se sentir beau?". L'étude qui en ressort leur a valu de recevoir jeudi à Harvard un "Ig Nobel" (jeu de mots pour rappeler l'adjectif "ignoble"). Ce prix parodique récompense les travaux de recherche qui "font rire puis réfléchir".

L'étude en question, publiée en mai 2012 dans le British Journal of Psychology, avait montré que plus on boit d'alcool, plus on se trouve séduisant, cette meilleure perception de soi n'étant pas due aux effets psychotropes de l'alcool mais à un effet placebo.

Le rôle de la fellation chez les chauves-souris

"En psychologie, aucun Français n'avait encore reçu d'Ig Nobel, ça nous a bien fait rire quand on a appris la nouvelle", a réagi Laurent Bègue, directeur du laboratoire inter-universitaire de psychologie (Lip) de Grenoble.

Créés en 1991 par le magazine Annals of Improbable Research, les Ig Nobel (prononcer "ignoble" à l'anglaise) sont remis chaque année par de vrais lauréats du prix Nobel, mais lors d'une cérémonie décalée, organisée dans la prestigieuse université américaine.

Dernièrement, le prix avait notamment été décerné à une équipe de biologistes ayant étudié le rôle de la fellation chez les chauves-souris, ou à des chercheurs qui avaient expliqué aux médecins pratiquant des coloscopies comment réduire les risques d'explosion de leurs patients.

Intitulée "Beauty is in the eye of the beer holder" ("La beauté est dans les yeux du buveur de bière"), l'expérience du Lip, elle, a été réalisée à Grenoble en partenariat avec les universités de Paris-Descartes et Paris 8, et l'Université d'Etat de l'Ohio aux Etats-Unis.

Les chercheurs ont d'abord approché 19 consommateurs dans un bar de Grenoble et les ont invités à noter sur une échelle de 1 à 7 à quel point ils s'estiment séduisants, intelligents, originaux et drôles. Leur taux d'alcoolémie a ensuite été mesuré par éthylomètre. Conclusion: plus les clients de ce bar présentaient un taux d'alcoolémie élevé, plus ils se sentaient séduisants.

"Tout le monde croît que l'alcool désinhibe"

Dans un deuxième temps, 94 hommes recrutés par une petite annonce publiée dans le quotidien régional Dauphiné Libéré, ont été invités à tester en laboratoire une boisson pour une société factice, baptisée "Stataliment". Une partie des participants a eu droit à une boisson alcoolisée, l'autre à une boisson sans alcool, sans forcément le savoir.

Ainsi, certaines personnes ont ingéré à leur insu des doses d'alcool équivalentes à 1 g/l de sang, tandis que d'autres, pensant boire de l'alcool, n'ont avalé qu'un simple jus de fruits.

Les buveurs ont ensuite été soumis au même type d'évaluation que dans la première expérience. A l'arrivée, ce sont les personnes qui croyaient avoir bu de l'alcool, qu'elles en aient réellement bu ou non, qui s'estiment les plus séduisantes. En revanche, celles qui ont bu de l'alcool sans le savoir ne se considèrent pas plus séduisantes.

"Cela peut sembler anecdotique mais ça soulève en réalité de vraies questions de recherche", explique Laurent Bègue. L'étude a ainsi montré qu'on ne peut pas "réduire l'alcool à son aspect pharmacologique", selon lui.

Elle peut aussi permettre de mieux cibler les messages de prévention sur les dangers de l'alcoolisation excessive. "Tout le monde croit que l'alcool désinhibe, augmente l'assurance. Lorsqu'on met en cause ces croyances, ça a des conséquences sur le consommateur", note Laurent Bègue.

M.R. avec AFP