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Gilets jaunes: une journée test pour la suite du mouvement

Des gilets jaunes rassemblés près de l'Arc de Triomphe à Paris, le 15 décembre 2018.

Des gilets jaunes rassemblés près de l'Arc de Triomphe à Paris, le 15 décembre 2018. - Lucas Barioulet - AFP

Environ 69.000 membres des forces de l'ordre ont été déployés, contre 89.000 samedi dernier. Des contrôles sont notamment prévus sur les routes et dans les gares.

Revenir au "dialogue" et au "calme" ou rebattre le pavé? Sous l'oeil inquiet du pouvoir, les gilets jaunes abordent leur cinquième samedi de mobilisation en rangs divisés après les annonces du président Macron jugées insuffisantes par certains pour améliorer le pouvoir d'achat.

Ce samedi matin, les premiers contestataires convergeaient dans le calme sur les Champs-Elysées, où un canon à eau a été aperçu, encadrés par un dispositif sécuritaire d'ampleur. A 10h30, un peu moins de 50 personnes avaient été interpellées à Paris et en petite couronne (sur un millier de manifestants), contre plus de 300 la semaine dernière à la même heure. 

Plusieurs fourgons de gendarmes mobiles étaient présents autour de l'Arc de Triomphe. A 7h, des véhicules blindés à roues de la gendarmerie se positionnaient autour de la place de l'Etoile. 

A 100 mètres de là, à la brasserie "Le vin coeur", Maria, la responsable, craignait de nouvelles dégradations. "Dès que ça gaze, on a ordre de fermer et de remonter le store de la terrasse", témoigne-t-elle. Pour elle, "qu'ils manifestent, pas de souci, mais cette casse, c'est affligeant".

Peu après 11h, la circulation avait partiellement repris sur les Champs-Elysées. 

Ailleurs dans Paris, comme sur la place de la Bastille, les banques avaient recouvert leur façades de contreplaqué, mais les cafés étaient ouverts pour tenter de combler le manque à gagner lié aux fermetures des samedis précédents.

L'ampleur des manifestations, qui ont réuni 136.000 personnes lors des deux derniers épisodes marqués par des scènes de guérilla urbaine et un dispositif sécuritaire exceptionnel, va être scrutée de près par un exécutif en proie à une crise sociale inédite.

Une mobilisation attendue "un peu moindre"

"On s'attend à une mobilisation un peu moindre mais avec des individus un peu plus déterminés", a déclaré vendredi soir sur BFMTV le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nuñez, promettant "le même degré de réponse" (des forces de l'ordre) que samedi dernier.

Un gilet jaune du Vaucluse, Christophe Chalençon, qui fait pourtant partie des représentants "constructifs" du mouvement, a appelé à "devenir encore plus ferme". Il manifestera samedi "jusqu'à la démission" du président.

Environ 69.000 membres des forces de l'ordre ont été déployés, contre 89.000 samedi dernier. En régions où de nombreuses manifestations sont annoncées, des renforts sont prévus là ont eu lieu des violences, comme Bordeaux ou Toulouse.

Contrôles sur les routes et dans les gares

De nouveau, des contrôles en amont doivent avoir lieu sur les routes, dans les gares et les transports en commun menant vers Paris et les manifestants en possession de projectiles susceptibles d'être lancés contre les forces de l'ordre seront placés en garde à vue.

Samedi dernier, près de 2 000 personnes avaient été interpellées, un record. Dans la capitale, où les Champs-Elysées sont devenus l'épicentre des manifestations, le dispositif policier va être également "assez semblable", avec 8 000 membres des forces de l'ordre déployés et appuyés notamment par 14 véhicules blindés à roues (VBRG), selon le préfet de police Michel Delpuech. 

Les accès aux institutions (Palais de l'Elysée, Hôtel Matignon, Assemblée nationale, ministère de l'Intérieur, etc.) sont protégés. En revanche, signe que la tension retombe un peu, la Tour Eiffel, l'Opéra Garnier, les musées du Louvre, d'Orsay et le Grand palais, fermés samedi dernier, restent ouverts, tout comme les grands magasins à l'approche de Noël.

Ne "pas tomber dans une logique de 'Paris, ville morte'"

Il ne faut "pas tomber dans une logique de 'Paris, ville morte'", a plaidé le préfet. Les images de Paris en état de siège, avec feux de véhicules, barricades et gaz lacrymogène, ont fait le tour du monde.

A Bordeaux, l'office de tourisme a annulé toutes ses visites guidées prévues samedi après-midi et fermera ses portes à la mi-journée. De nombreux services et établissements culturels publics garderont leurs portes closes.

Emmanuel Macron, vilipendé dans les manifestations, a lancé vendredi un appel à un retour au "calme", à "l'ordre" et à "un fonctionnement normal" du pays.

Ses annonces dévoilées lundi, dont la plus emblématique porte sur une hausse de 100 euros des revenus au niveau du Smic, ont été diversement reçues par des Français réclamant moins de taxes et plus de pouvoir d'achat.

"C'est le moment où il ne faut pas lâcher"

Après l'attentat de Strasbourg mardi qui a fait quatre morts, les appels, notamment au sein de la majorité et du gouvernement, à ne pas manifester ont aussi été rejetés par une partie des gilets jaunes, n'y voyant aucun rapport.

Si les modérés, représentés par le collectif des "gilets jaunes libres" ont appelé à une "trêve" et estimé que "le temps du dialogue est venu", d'autres ont affiché leur détermination à redescendre dans la rue pour obtenir de nouvelles avancées sociales et économiques.

"C'est le moment où, justement, il ne faut pas lâcher", a ainsi exhorté jeudi dans une vidéo Eric Drouet, l'un des initiateurs du mouvement: "ce que Macron a fait lundi, c'est un appel à continuer, parce qu'il commence à lâcher quelque chose et, venant de lui, c'est inhabituel".

"Dans l'Ariège, ça ne désarme pas, les annonces de Macron ne suffisent pas. Les gens au pouvoir sont très déconnectés de ce que les Français vivent", estime de son côté Guilhem Boudon, pasteur à Mirepoix et venu à Paris dès vendredi.

En parallèle, d'autres figures du mouvement réclament désormais un référendum à Emmanuel Macron, sur quatre propositions, notamment l'instauration d'un référendum d'initiative citoyenne et la baisse des taxes sur les produits de première nécessité.

Avec AFP