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"Gènes de la violence": naît-on criminel?

L'étude a été menée sur 800 détenus finlandais emprisonnés pour crimes violents et des délits sans violence.

L'étude a été menée sur 800 détenus finlandais emprisonnés pour crimes violents et des délits sans violence. - Charly Triballeau - AFP

Une étude réalisée en Finlande révèle la présence plus fréquente de deux gènes mutés chez les délinquants violents. Les chercheurs mettent en garde contre une interprétation hâtive.

Le débat sur les "gènes de la violence" est relancé. Une étude scientifique mis en évidence deux gènes mutés, dont la fréquence serait "nettement plus élevée" chez des délinquants violents. Toutefois, les spécialistes européens et américains ne veulent pas émettre des conclusions hâtives quant à l'existence de gènes qui prédéterminent des comportements violents.

Menée sur 800 Finlandais, emprisonnés soit pour des crimes violents, soit au contraire pour des délits dans violence, l'étude démontre que les deux gènes mutés, appelés MAOA et CDH13, comparés à la population globale, seraient "associés à des comportements extrêmement violents".

Troubles du contrôle de l'impulsivité

Pour mener leurs recherches, les scientifiques ont pris en compte des facteurs environnementaux, comme des antécédents d'abus d'alcool ou de drogue, une personnalité antisociale ou une maltraitance pendant l'enfance, sans que ces critères modifient les résultats.

Le gène MAOA joue un rôle dans la production d'une enzyme qui intervient dans l'élimination de neurotransmetteurs comme la dopamine. Lors de la présence du gène muté, la diminution de l'activité de cette enzyme a déjà été relevée et reliée au risque de devenir délinquant.

Le gène CDH13, lui, a déjà été associé à des troubles du contrôle de l'impulsivité. "Nous avons trouvé deux gènes qui ont l'effet le plus important sur le comportement agressif, et il y a probablement des dizaines ou des centaines d'autres gènes qui ont un effet moindre", estime Jari Tiihonen, co-auteur de l'étude.

Un individu sur cinq porteurs des deux gènes

Toutefois, l'étude, publiée dans la revue spécialisée Molecular Psychiatry, n'avait pas pour but d'expliquer l'impact des variations génétiques. Ainsi, selon les auteurs, de nombreux autres gènes pourraient jouer un rôle, directement ou indirectement, sur le comportement des individus. L'idée d'un lien de corrélation direct entre la présence des gènes mutés et le comportement violent des individus s'en trouve donc nuancé.

Les auteurs de l'étude notent que les deux versions des gènes mutées sont "plutôt courantes", puisqu'un individu sur cinq en serait porteur. Pour autant, la vaste majorité d'entre eux ne commettra jamais de viol, d'agression ou de meurtre. A contrario, certains individus non porteurs de ces gènes mutés sont présents dans le groupe ultra-violent de l'étude.

Une étude controversée

Dès la parution de cette étude, de nombreuses voix parmi la communauté scientifique se sont élevées. Selon le Pr Jan Schnupp, de l'université d'Oxford, parler de "gènes de la violence" serait "une énorme exagération", compte tenu du caractère extrêmement répandu de ces gènes parmi la population. Pour son collègue, le professeur émérite John Stein, la contribution de ces gènes n'interviendrait que dans 5 à 10% du risque pour un individu d'être ultra-violent. 

Conscient des limites de ses résultats, le co-auteur de l'étude note, de son côté, que ses conclusions ne sont pas assez précises pour mettre en place un dépistage préventif. Pour sa part, Dr William Davies, de l'université de Cardiff, estime que pour apprécier ces résultats, d'autres études devraient être reproduites dans d'autres pays. Cela permettrait d'exclure l'impact des spécificités génétiques liées à l'homogénéité de la population finlandaise, et/ou, du système judiciaire du pays.

J.C. avec AFP