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Face à Ebola, les soignants en première ligne

Des membres de la Croix-Rouge se préparent à transporter le corps d'une victime d'Ebola, à Conakry, le 14 septembre 2014.

Des membres de la Croix-Rouge se préparent à transporter le corps d'une victime d'Ebola, à Conakry, le 14 septembre 2014. - Cellou Binani - AFP

Comme l'infirmière française rapatriée vendredi, ils sont des centaines à faire face au danger chaque jour. Dans quelles conditions travaillent les humanitaires qui combattent Ebola sur le terrain? Comment se protègent-ils? Et, s'ils sont contaminés, comment sont-ils soignés?

Tous volontaires, ils savent que le risque zéro n’existe pas. Vendredi, Lucie, la première infirmière française contaminée par Ebola est arrivée dans l’hexagone pour y être soignée. En première ligne, les soignants côtoient la maladie chaque jour. Fin août, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait qu’environ 10 % des victimes étaient des agents de santé. Médecins sans frontières (MSF) déplore le décès d'"au moins 150 membres du personnel soignant" depuis le mois de mars.

A quoi ressemble leur quotidien sur place?

Dans les camps d'Afrique de l'Ouest, les conditions d’hygiène sont très strictes. La circulation se fait en sens unique, de la zone à bas risque, où sont accueillis les malades suspects, vers la zone à haut risque, pour les malades confirmés.

Avant d’entrer dans la zone à risque, où il est interdit de passer plus de 45 minutes, les soignants passent plusieurs minutes à enfiler leur équipement: une tunique chirurgicale verte, deux paires de gants, des bottes en plastique, une combinaison hermétique jaune, un tablier, une cagoule, des lunettes, et un masque. Aucun bout de peau ne doit dépasser. "Chaque fois, avant d’entrer, nous planifions tout dans les moindres détails. Nous avons 30 minutes de briefing sur ce que nous allons faire et nous prévoyons tous les équipements nécessaires à l'avance" explique Pascal Piguet, logisticien de MSF (voir carte ci-dessous).

Les soignants travaillent toujours en binôme, afin de se surveiller l'un l'autre. La sortie de la zone de soins est très importante car leur tenue a été en contact avec le patient. Malgré la chaleur subie sous leur combinaison et la fatigue, ils doivent rester très attentifs et sont systématiquement désinfectés. Tous les éléments de la combinaison qui peuvent être utilisés de nouveau sont nettoyés à l’eau chlorée. Ce qui ne peut pas être désinfecté est brûlé. 

A l’intérieur, les équipes sont submergées. Dans de nombreux centres, elles doivent même refuser des patients. "J’ai dû refuser un couple qui amenait une fillette. Deux heures plus tard, elle mourait devant l’enceinte, où son corps a gît jusqu’à ce qu’il puisse être emmené à la morgue. Régulièrement, des ambulances nous amenaient des malades suspectés d’Ebola après avoir été déboutées par d’autres structures de santé, mais nous ne pouvions rien faire", témoigne un volontaire belge sur le site de MSF. Certains malades sont donc renvoyés chez eux avec des kits de protection.

Au vu de la difficulté des conditions de travail, les équipes restent au maximum 4 à 6 semaines sur place.

Pourquoi les soignants sont traités en priorité?

Les agents de santé font partie des personnes les plus exposées aux risques. A leur retour de mission, les volontaires doivent surveiller l’éventuelle apparition de symptômes pendant 21 jours, durée maximale d’incubation du virus.

S’ils tombent malades sur place, les soignants occidentaux seront rapatriés et recevront des soins expérimentaux en priorité comme c’est le cas pour l’infirmière française ou avant elle pour des médecins américains, un anglais et un prêtre espagnol. La jeune femme française pourra bénéficier de trois traitements expérimentaux disponibles en très petite quantité depuis qu’un arrêté autorise "à titre dérogatoire" leur importation.

"Au-delà des traitements expérimentaux, ce sont surtout les meilleurs systèmes de soins occidentaux qui peuvent permettre de sauver les soignants expatriés et justifier qu'on les rapatrie", expliquait récemment le professeur Delfraissy qui rappelle dans un entretien au monde.fr qu’"en cas de maladie très grave, les soignants sont des gens très précieux".

Aurélie Delmas