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École et confinement: "La France s'en est bien sortie"

La rentrée dans une école élémentaire de Montpellier le 1er septembre 2020 (photo d'illustration)

La rentrée dans une école élémentaire de Montpellier le 1er septembre 2020 (photo d'illustration) - Pascal Guyot-AFP

L'OCDE publie ce mardi sa note sur l'éducation. Un de ses analystes dresse pour BFMTV le bilan de l'enseignement à distance pendant le confinement.

L'année scolaire 2019-2020 aura été inédite. Huit semaines de confinement, plus de trois mois d'enseignement à distance imposés par la pandémie de Covid-19 et deux dernières semaines d'école avec des classes pour le moins clairsemées. Pourtant, comme l'assure à BFMTV Éric Charbonnier, analyste à la direction de l'éducation de l'OCDE, "la France s'en est bien sortie".

Résilience et coopération

Si ce spécialiste concède qu'il n'y a pas eu de "réponse idéale" nationale et harmonisée concernant l'enseignement à distance malgré de véritables innovations de la part des enseignants, il rappelle que les établissements scolaires n'ont fermé que treize semaines, "c'est un peu moins que la moyenne des pays de l'OCDE" qui est d'une semaine supplémentaire, indique la note de cette organisation intitulée Regards sur l'éducation 2020 publiée ce mardi.

"Quand la crise a commencé, on pouvait imaginer qu'il y aurait d'énormes difficultés en France. Il y avait des handicaps par rapport à d'autres pays, notamment sur l'utilisation du numérique. Nos enseignants sont mal formés sur ces outils, ils les utilisent très peu dans la pédagogie. Si on compare la France avec l'Allemagne, la Suède, l'Australie ou le Canada, on pouvait se dire que ça allait être un problème impossible à régler."

Or, "on a vu de la résilience et un climat de coopération entre enseignants", pointe encore cet analyste de l'OCDE. C'est pour cela qu'il recommande de recenser les "bonnes pratiques" qui ont pu voir le jour pour les généraliser à l'ensemble du territoire et les imposer aux établissements. "Il faut tirer bénéfice de ce qui a marché pour que ça marche dans tous les établissements". Mais ce spécialiste des politiques éducatives précise que "la gestion de cette crise doit être décentralisée et s'adapter à chaque école".

La lutte contre les inégalités

L'autre enjeu, pointe Éric Charbonnier, c'est la lutte contre les inégalités. "La crise du Covid, même avec l'école à distance, a aggravé les inégalités", déplore-t-il. "Voir s'aggraver les inégalités dans un pays où elles sont déjà importantes, c'est très dangereux pour le futur du système d'éducation et pour l'économie à plus long terme."

Cet analyste de l'OCDE évoque comme solution la mise en place d'une aide personnalisée ou le déblocage d'heures réservées aux enfants en difficultés, notamment le mercredi ou le samedi matin.

"Les enfants les plus fragiles n'ont pas forcément eu l'aide suffisante à la maison, ni les équipements. Les filières professionnelles ne se prêtent pas aux cours à distance. Ces enfants défavorisés, il va falloir les aider à rattraper leur retard (…) Ce n'est pas le programme scolaire qui doit dicter la rentrée. L'objectif, ce n'est pas aller au bout du programme. C'est de permettre à tous les élèves d'avoir les fondamentaux qui vont les aider à passer dans la classe suivante."

Davantage de moyens pour l'école

Éric Charbonnier évoque également d'autres failles du système scolaire français, dont les classes surchargées dès la maternelle - "on a un enseignant pour 23 élèves, contre un enseignant pour dix élèves dans les pays nordiques".

L'analyste de l'OCDE appelle à la généralisation des masques transparents:

"Dans les premières années, quand on commence à apprendre les mots et la phonétique, comment on peut imaginer un enseignant avec un masque?" Quelque 100.000 masques "inclusifs" permettant de lire sur les lèvres doivent être prochainement distribués aux enseignants de maternelles et ceux ayant dans leur classe des élèves malentendant.

Selon Éric Charbonnier, la France doit par ailleurs accorder davantage de moyens à l'école primaire. Comme le pointe l'OCDE, seuls 8% des dépenses publiques sont consacrés à l'enseignement, du primaire au supérieur, un chiffre inférieur à la moyenne de l'OCDE qui est de 11%. "Il y a un manque de moyens dans le primaire. Il faut investir dans les premiers niveaux d'éducation."

Par Céline Hussonnois-Alaya, avec Véronique Fèvre