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Droit à l'IVG, criminalisation du viol, lutte contre la torture en Algérie: les grands combats de Gisèle Halimi

Gisèle Halimi en novembre 2003 à Paris

Gisèle Halimi en novembre 2003 à Paris - JACK GUEZ © 2019 AFP

Morte à l'âge de 93 ans ce mardi, l'avocate Gisèle Halimi a fait de l'émancipation des femmes son principal combat. Retour sur ses trois affaires les plus marquantes.

Une "avocate infatigable", "haute figure du combat féministe", "une source d'inspiration"... Ce mardi s'est éteinte l'avocate et militante féministe Gisèle Halimi, à l'âge de 93 ans. Cette "grande combattante de l'émancipation des femmes", selon les mots d'Emmanuel Macron, s'est illustrée dès ses premières années d'étude au barreau de Tunis (Tunisie) dans le combat pour l'indépendance des colonies françaises. Rapidement, un second combat, celui de la cause féministe, domine sa carrière de pénaliste. Avec deux victoires majeures: celle en faveur de la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse et de la pénalisation du viol.

> Fervente opposante à la torture en Algérie

Originaire de Tunisie, l'avocate se positionne très tôt en faveur de l'indépendance du pays. Après s'être installée en France dans les années 1950, elle fait partie des 121 signataires de la "Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie". Un important brûlot publié en 1960, qui dénonce la torture et plus largement la guerre en Algérie.

La même année, elle représente devant la justice Djamila Boupacha, une militante emblématique du FLN algérien, âgée de 22 ans. Cette dernière, accusée d'avoir posé une bombe à Alger, est torturée et violée par des membres de l'armée française.

"J'avais pu rencontrer Djamila à la prison de Barberousse, voir sur son corps les traces de tortures, les seins brûlés par les cigarettes, les côtes brisées par les coups. J'ai décidé d'être son avocate", racontait-elle à L'Humanité.

Condamnée à mort, Djamila Boupacha est finalement amnistiée à la suite des accords d'Evian, en 1962.

Gisèle Halimi et Djamila Boupacha, en avril 1962 à la maison centrale de Rennes, après l'amnistie de cette dernière.
Gisèle Halimi et Djamila Boupacha, en avril 1962 à la maison centrale de Rennes, après l'amnistie de cette dernière. © AFP

> Du procès de Bobigny à la dépénalisation de l'IVG

Aux côtés de Catherine Deneuve ou Marguerite Duras, l'avocate signe en avril 1971 dans les colonnes du Nouvel Observateur, le "Manifeste des 343". Dans cette tribune, des femmes du monde du cinéma, de la littérature et de la politique reconnaissent publiquement avoir avorté clandestinement et appellent à une dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), présentée comme une "nécessité vitale". La même année, Gisèle Halimi fonde, avec Simone de Beauvoir, l'association "Choisir la cause des femmes".

L'avocate gagne encore en notoriété en 1972, à l'occasion de l'emblématique procès de Bobigny. Elle assure la défense de Marie-Claire Chevalier, 16 ans, jugée pour avoir avorté à la suite d'un viol. Sa mère est également jugée pour complicité "d'avortement illégal".

"Au procès de Bobigny, je décidai de tout dire de l’action des femmes et de ma propre expérience. Je commençai par un aveu-provocation: j’ai avorté, j’ai commis ce délit", rapporte Gisèle Halimi dans son livre Le Lait de l’oranger (1988)

Tandis que des militantes féministes applaudissent dans le public, le président tente de l'interrompre, sans succès. Elle réussit alors à transformer l'audience en procès politique, puis obtient la relaxe de l'adolescente. En mobilisant l'opinion, elle réussit aussi à faire entrer le débat de la dépénalisation dans les foyers français. Un combat ensuite soutenu en 1975 à l'Assemblée nationale par une autre figure du féminisme, Simone Veil.

Gisèle Halimi, lors du procès de Bobigny en 1972, où elle assure la défense de Marie-Claire Chevalier, mineure jugée pour avoir avorté à la suite d'un viol.
Gisèle Halimi, lors du procès de Bobigny en 1972, où elle assure la défense de Marie-Claire Chevalier, mineure jugée pour avoir avorté à la suite d'un viol. © MICHEL CLEMENT / AFP

> Le procès d'Aix-en-Provence, 1er acte vers la criminalisation du viol

Autre procès emblématique de la carrière de Gisèle Halimi, celui d'Aix-en-Provence en 1978. Elle représente alors Anne Tonglet et Araceli Castellano, deux jeunes femmes belges, en couple, frappées et violées par trois hommes pendant plusieurs heures alors qu'elles étaient en vacances près de Marseille en 1974. De ces viols, Anne Tonglet tombe enceinte et se fait avorter, une pratique encore illégale à l'époque en Belgique.

Après leur plainte, les plaignantes voient les trois hommes être poursuivis pour "coups et blessures" et "attentat à la pudeur", ce qu'elles ne peuvent supporter. L'avocate obtient finalement un procès devant les assises pour les trois hommes à Aix-en-Provence en mai 1978, à l'issue duquel les accusés sont condamnés à des peines allant de quatre à six ans de prison ferme.

"Pour la première fois, la honte a changé de camp, devant tout le monde", se souvient Anne Tonglet dans un entretien à L'Express en 2017.

Peu après, la sénatrice Brigitte Gros dépose une proposition de loi sur le viol, afin de rendre ce crime passible de 15 ans de prison. Elle est adoptée en 1980.

Gisèle Halimi, aux côtés de ses deux clientes, Anne Tonglet et Araceli Castellano, en mai 1978.
Gisèle Halimi, aux côtés de ses deux clientes, Anne Tonglet et Araceli Castellano, en mai 1978. © GERARD FOUET / AFP
Esther Paolini Journaliste BFMTV