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Deux statues de l'abolitionniste Victor Schœlcher détruites en Martinique

Les statues de Schœlcher ont été déboulonnées vendredi 22 mai, jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage dans l'île.

Les statues de Schœlcher ont été déboulonnées vendredi 22 mai, jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage dans l'île. - Capture d'écran Twitter - @antilles97x

La chute des deux statues le jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage sur l'île a suscité une vague d'indignation.

Plusieurs manifestants ont fait tomber vendredi à Fort-de-France et à Schoelcher, en Martinique, deux statues de Victor Schoelcher, l'homme qui a décrété l'abolition de l'esclavage le 27 avril 1848, le jour même où l'île commémorait son abolition de l'esclavage.

Relayée sur les réseaux sociaux, la vidéo de la chute de ces statues, réalisée par les activistes eux-mêmes, qui se présentent comme anti-béké et anti héritage colonial, a provoqué une vague d’indignation.

"Schœlcher n'est pas notre sauveur"

Une jeune femme soupçonnée d'avoir participé à l'action a été placée en garde à vue, et à l'issue, convoquée au tribunal le 9 juillet, selon son avocat Me Dominique Monotuka.

"Schoelcher n’est pas notre sauveur", ont écrit dans un communiqué les manifestants, qui sont aussi ceux qui ont bloqué pendant plusieurs semaines fin 2019 et début 2020 les hypermarchés chaque week-end, accusant leurs propriétaires, souvent de grandes familles locales (béké), d'être à l'origine de la pollution au chlordécone, un pesticide longtemps utilisé dans les bananeraies et suspecté d'être à l'origine de cancers de la prostate.

Le 22 mai 1848, les esclaves qui s’étaient rebellés contre les colons arrachaient leur liberté en Martinique au terme de plusieurs jours de violentes émeutes. Des faits qui intervenaient moins d’un mois après la signature, à Paris, le 27 avril, du décret d'abolition de l’esclavage, porté notamment par Victor Schoelcher. Après l’abolition, Victor Schoelcher devient député de la Martinique. Son nom est donné à la bibliothèque de Fort-de-France puis, en 1889 à la toute nouvelle ville de Case Navire. Des hommages qui, pour certains, empêchent la reconnaissance des héros locaux de l’abolition, comme l’esclave Romain.

Les manifestants demandent d'ailleurs que la bibliothèque et la ville qui portent le nom de Shoelcher soient renommées au profit d’acteurs locaux de l’abolition de l’esclavage et de l'émancipation des Noirs.

De nombreuses réactions politiques

Dans un communiqué, le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre a condamné "avec la plus grande fermeté" la destruction de ces statues et appelé à "ne pas céder à la tentation de réécrire l’histoire".

Pour le député Serge Letchimy, ces "actes de vandalisme (…) portent atteinte au travail de l'homme dont on ne peut nier le rôle et la contribution dans l'abolition de l'esclavage en 1848".

La Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage a expliqué samedi dans un communiqué, que "ce combat a réuni les personnes réduites en esclavage, qui n'ont cessé de se révolter contre leur état, et l'ont fait encore le 22 mai 1848 en Martinique, et des militants abolitionnistes comme Victor Schoelcher".

Sur Twitter, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau a dénoncé la récupération politique du travail de Victor Schoelcher mais appelé à respecter l’homme.

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a estimé, sur Twitter également, que s’il est "permis à tous de questionner l'histoire, cela nécessite un travail méthodique et rigoureux. En aucun cas cela ne doit se faire à travers la destruction de monuments qui incarnent notre mémoire collective". 

H.G. avec AFP