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De plus en plus de femmes enceintes vivent dans la rue

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L'association Médecins du Monde dénonce un "krach sanitaire" lié à la recrudescence de la pauvreté en France. Fustigeant des conditions de vie dégradées et une politique gouvernementale "plus sécuritaire que sociale", MDM s'alarme notamment de la réapparition de "populations (qu'elle) ne voyait plus", comme les femmes enceintes, dont 8% vivent dans la rue. Témoignages.

Après le krach boursier c’est au tour du krach sanitaire de menacer une partie de la population Française. C’est en tous cas ce qu’annonce Médecin du Monde. Selon les chiffres de son rapport annuel pour 2010/2011, l’association enregistre une augmentation de 10% en deux ans des consultations médicales dans les centres gratuits et une hausse de 30% de mineurs parmi les patients.
Autre inquiétude : 8% des femmes enceintes suivies pas l'ONG vivent dans la rue. En cause, selon le président de l’association Olivier Bernard, la pénurie des centres d’hébergement.

« J'ai passé une grossesse difficile dans le métro »

Lina a 7 mois. Depuis sa naissance, elle passe toutes ses journées dans la rue. Melissa, sa maman : « Je la mets dans la poussette, je l’enferme bien et je tourne avec elle : parc, centre commercial, la rue… le bébé part pour la troisième fois cette semaine à l’hôpital ; elle n’arrête pas de tousser, elle vomit… ». Sa grossesse, Melissa l’a passée dans le métro, à essayer de se préserver du froid : « J’avais une grossesse difficile, avec des baisses de tension, des vomissements, des malaises… ».
Melissa a deux autres enfants, de 7 et 8 ans, qu’elle essaye de maintenir scolarisés : « Ils n’arrivent pas à tenir. "Maman, j’ai faim", mais moi je ne peux rien faire, je n’ai pas d’argent pour vous acheter quoi que ce soit ». Dans ces conditions, la santé passe au dernier plan. Ce qui compte chaque soir c’est d’abord d’essayer de trouver un foyer d’urgence.

« Enceintes car un homme leur a fait payer en nature son hospitalité... »

Jeanine Rochefort, médecin gynécologue chez Médecin du Monde, donne des consultations dans un centre à Saint-Denis. Elle explique comment ces femmes se retrouvent dans cette situation : « Nous les retrouvons enceintes parce que, pour être à l’abri pendant quelques nuits, elles ont accepté l’hospitalité d’un homme qui les a fait payer en nature et qui les remettent à la rue au bout de 3-4 nuits. Ces femmes on les voit arriver à 6-7, voire 8 mois de grossesse, sans avoir jamais été vues auparavant. Souvent elles font des fausses-couches très précoces, des accouchements prématurés… Le soir, elles vont dormir sur un quai de métro, dans un hall de gare. C’est quelque chose de très récent et qui s’est vraiment confirmé cette année ».