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Crèche dans la mairie: une atteinte à la laïcité?

La crèche chrétienne met en scène la naissance de Jésus de Nazareth dans une étable ou une grotte.

La crèche chrétienne met en scène la naissance de Jésus de Nazareth dans une étable ou une grotte. - Vincenzo Pinto - AFP

Robert Ménard dénonce l’attaque qui est faite à la crèche installée dans la mairie de Béziers, dont il est le maire. Selon le préfet de l’Hérault, il s’agit d’une atteinte à la laïcité. En novembre, le conseil général de Vendée avait justement dû renoncer à sa crèche au nom de ce principe.

La crèche trône dans le hall de la mairie de Béziers depuis fin novembre. Un symbole du Noël catholique dans un lieu public. Le préfet de l’Hérault a fait savoir à Robert Ménard, maire de Béziers soutenu par le Front national, "qu’une installation au sein même des locaux municipaux semblait contrevenir aux dispositions constitutionnelles et législatives garantissant le principe de laïcité".

Un principe édicté dans la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. C’est en application de ce principe qu’au mois de novembre, le tribunal administratif de Nantes a interdit l’installation d’une autre crèche de Noël dans le hall du conseil général de Vendée.

L'emblème religieux est interdit

Pour Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, interrogé par BFMTV.com, la présence d’une crèche de Noël dans un bâtiment public n’est pas automatiquement une atteinte à la laïcité. "Tout dépend si c’est un emblème religieux". Selon la loi, les emblèmes religieux sont interdits dans l’espace public, à l’exception des édifices religieux ou des musées. Par exemple, selon une décision de la Cour d’appel de Nantes de 1999, il est interdit d’accrocher un crucifix dans la salle des mariages d’une mairie.

"Mais on peut très bien imaginer qu’une crèche avec des santons de Provence qui présente un intérêt culturel ne serait pas sanctionnée", poursuit Nicolas Cadène.

Appréciation "au cas par cas"

Dans l’affaire du conseil général de Vendée, le tribunal administratif a considéré que la crèche en cause était "un emblème religieux". Mais une autre décision de justice pourrait très bien en décider autrement. "C’est vraiment au cas par cas, à l’appréciation du juge", explique Nicolas Cadène. "Tout dépend s’il y a une mise en avant de la religion ou non quant à la présence d’une telle crèche". Pour se défendre, Robert Ménard dit avoir "placé cette crèche dans le cadre de l’ensemble de la politique culturelle de la ville des fêtes de fin d’année".

Robert Ménard dénonce dans le Figaro "deux poids deux mesures" dans l’application de la laïcité. Il met en avant l’organisation d’événements par la mairie de Paris au moment du ramadan. "C’est considéré comme un événement culturel et quand il s’agit d’une crèche on dit que c’est religieux", s’est indigné le premier magistrat de Béziers. Depuis 2001, la mairie de Paris organise des événements lors du ramadan mais également à l’occasion de Noël ou de hanouka. 

La même laïcité pour toutes les religions

Pour Nicolas Cadène, Robert Ménard défendrait une laïcité "à géométrie variable". "Je remarque que Robert Ménard a tendance à soutenir une laïcité très dure quand il s’agit des musulmans et plus douce quand ça l’arrange. Dans notre cadre républicain, la laïcité doit être la même pour toutes les religions." Une municipalité peut très bien organiser un événement en marge d'une fête religieuse, à condition que la religion ne soit pas mise en avant. Elle doit être ouverte à tous et revêtir un caractère culturel.

Pour l’instant, le préfet de l’Hérault a seulement adressé des recommandations à Robert Ménard. La fédération nationale de la Libre pensée, à l’origine du recours devant le tribunal administratif de Nantes, envisage de faire la même chose pour Béziers. 

Carole Blanchard