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Coronavirus: les avis de décès de plus en plus nombreux dans les journaux

Les pages consacrées aux avis de décès ont augmenté dans plusieurs quotidiens français depuis le début de l'épidémie de coronavirus. (PHOTO D'ILLUSTRATION)

Les pages consacrées aux avis de décès ont augmenté dans plusieurs quotidiens français depuis le début de l'épidémie de coronavirus. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - MARTIN BUREAU / AFP

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, la liste des avis de décès s'allonge dans les quotidiens français. Une façon de garder "un lien social" et de "rendre hommage", à défaut de pouvoir se rassembler.

“André B., 80 ans, mort le 29 mars à Bourbach-le-Bas.” “Marie-Jeanne J., morte à Sarreguemine le 1er avril, dans sa 85e année.” “Décès de Jean-Paul B., survenu le 25 mars à l’hôpital de Mulhouse dans sa 74e année.” Dans un journal, le Carnet du jour côtoie le plus souvent les annonces légales ou le courrier des lecteurs. Bien que souvent reléguée dans les dernières pages, la rubrique qui informe des naissances, des fiançailles et des décès, constitue pourtant un rendez-vous privilégié avec bon nombre de lecteurs fidèles. Et c'est particulièrement le cas en cette période d'épidémie. 

Depuis le début de la propagation du coronavirus en France, elle permet aussi de mettre un nom sur le nombre de victimes annoncé chaque soir. Et les pages ont rarement été aussi noircies de ces avis. 

"Ça n’était jamais arrivé en 25 ans"

Dans le Grand-Est, l’une des premières régions à avoir subi une vague de cas de contamination au Covid-19, les pages des journaux locaux réservées aux avis de décès se sont rapidement décuplées.

“Autant de pages, ça n’était jamais arrivé en 25 ans”, confirme à BFMTV.com Olivier Chapelle, rédacteur en chef du quotidien L’Alsace.

Il ajoute que la pagination a été multipliée par trois pour cette rubrique après le 14 mars. Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) ont également choisi de consacrer 14 pages de leur édition du 28 mars aux annonces des familles endeuillées.

Un "lien social au quotidien"

La rubrique a toujours eu une importance particulière dans les titres régionaux.

“Les avis sont présentés par commune, afin d’informer les voisins. On sait combien un tel a d’enfants, de petits enfants… C’est la base du lien social au quotidien”, insiste Patrick Eveno, professeur émérite à l’université Panthéon-Sorbonne et historien des médias, interrogé par BFMTV.com.

Ce dernier précise que la pratique, un temps “tombée en désuétude”, a retrouvé toute sa place depuis la numérisation des journaux.

Le message d’adieu, rédigé par l'époux ou la famille proche peut constituer une première étape dans le processus de deuil. Bien souvent, il n’évoque pas explicitement le virus. Ce dernier se glisse tout de même entre quelques lignes, comme pour Yves F., un psychiatre retraité “qui, après de longues années de souffrances dues à la maladie de Parkinson, a été enlevé par le coronavirus le 30 mars 2020, à l'aube de ses 74 ans.” La brutalité du Covid-19 apparaît aussi dans l'avis de décès de Richard J., mort le 21 mars à 66 ans à Gries (Bas-Rhin) et pour qui "dans le contexte actuel, ses dernières volontés de faire don de son corps à la recherche médicale" ne pourront "être respectées."

"Une célébration en sa mémoire aura lieu ultérieurement"

Les mesures de confinement sont, elles, constamment présentes:

“En raison de l'actualité sanitaire, l'inhumation aura lieu dans la plus stricte intimité de la famille”, peut-on lire dans L’Alsace. “Après cette douloureuse période de confinement, une cérémonie religieuse d'adieu aura lieu en l'église Saint-Maurice à Lyon 8e”, est-il indiqué dans un avis du Progrès. “Une célébration en sa mémoire aura lieu ultérieurement quand les circonstances le permettront”, précise un avis publié dans les DNA.

Le site Libra Memoria, qui recueille les avis de décès parus dans les quotidiens du groupe Ebra a d’ailleurs constaté une hausse conséquente de ses consultations: “La fréquentation du site explose littéralement depuis quelques jours. Notre audience est en hausse globale de 80 %”, indique à L’Alsace son directeur, Christophe Mahieu.

Deux pages dans Le Monde

Dans les Carnets des grands titres nationaux, “traditionnellement réservés aux élites” précise Patrick Eveno, la pandémie s’est aussi immiscée. Le Monde y a ainsi consacré deux pages dans son édition du jour, “du jamais vu d’après les mémoires du journal”, souligne la journaliste Ariane Chemin sur Twitter.

Même constat à la rédaction du Figaro, qui confirme à BFMTV.com “une hausse des avis de décès depuis une semaine”. La pagination du journal est augmentée en conséquence “lorsque cela est nécessaire”, nous précise-t-on.

"Une façon de rendre hommage"

Aux mots des proches s’ajoutent les hommages à de longues carrières de cadre supérieur, d’universitaire ou de haut fonctionnaire interrompues “par un décès survenu brusquement”. Le coronavirus n’est là non plus pas clairement précisé, mais il en est parfois discrètement fait mention:

“Des dons sont possibles à la Fondation Covid-19”, peut-on lire par exemple lire sur une annonce parue dans Le Figaro

Pour ces médias, mis en difficulté par les mesures de confinement, ces avis de décès constituent également une source de revenu non négligeable.

Mais Patrick Eveno tient surtout à rappeler qu’à défaut de pouvoir se rassembler lors d’obsèques, ces annonces sont “une façon de rendre hommage de la part de la région, ou de faire connaître les mérites des grands Hommes”. Un phénomène, souvent observé dans la presse française lors “de grands moments de détresse”, ajoute-t-il. A l’image de l’actuelle pandémie mondiale. 

Esther Paolini