BFMTV

Coronavirus: la désinfection des rues est-elle une mesure efficace pour lutter contre l'épidémie?

Des agents désinfectent les rues de Nice, le 26 mars 2020.

Des agents désinfectent les rues de Nice, le 26 mars 2020. - Valery Hache - AFP

Plusieurs villes françaises ont décidé de procéder à une désinfection de leurs artères afin d'enrayer la propagation du Covid-19. Une mesure qui a déjà été prise dans certaines villes chinoises, coréennes ou italiennes.

Après les gestes barrières pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus, la désinfection des rues va-t-elle se généraliser? Cette mesure a été prise dans plusieurs villes à l'étranger, comme en Chine, en Corée du Sud ou encore en Italie. Et certaines localités françaises ont décidé de leur emboîter le pas. Parmi ces communes se trouvent entre autres Suresnes (Hauts-de-Seine), Cannes, Menton ou encore Nice (Alpes-Maritimes).

Ces municipalités ont décidé de procéder en cette période de confinement à un nettoyage en profondeur de l'espace public. A Cannes, c'est une solution à base d'eau de Javel qui est utilisée pour désinfecter les artères de la ville côtière. 

"3% de javel est diluée et diffusée, explique le maire de la commune, David Lisnard, sur RMC. Ce n’est pas seulement nettoyer le mobilier urbain ou les espaces publics devant les endroits où vont encore les gens comme les hôpitaux, les pharmacies ou les surfaces alimentaires, c’est également pour soutenir les personnels soignants et les personnes qui travaillent."

L'opération sera répétée tous les jours dans "les lieux stratégiques", indique également l'édile. "Toutes les rues de Cannes vont être désinfectées et il y aura un nouveau passage avant la levée du confinement".

Principe de précaution?

Si l'opération est d'envergure, et va concerner des kilomètres de voirie, elle semble avant tout relever de la mise en oeuvre du principe de précaution. Contactée par Le Parisien, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France indique ne pas disposer "d'information sur la survie du virus sur un support tel qu'une chaussée".

Pour la virologue Christine Rouzioux, interrogée par RMC, la désinfection des rues et mobiliers urbains à l'aide de javel constitue "un geste tout à fait intéressant", en ce sens qu'il "rassure les gens, ça incite bien au lavage de main, ça incite à faire attention. C'est possible que les poignées de portes, les poignées d'ascenseur, les portes d'immeubles soient vecteurs de transmission, et c'est intéressant de nettoyer régulièrement et que les gens le sachent. (...) Le virus est sensible à la javel, mais on ne peut pas en mettre des concentrations trop fortes car sinon on abîme tout", met toutefois en garde la spécialiste.

"Pas de preuve de son efficacité"

Cité par l'Agence France-Presse (AFP) au sujet de la désinfection des rues en Chine, le professeur Zheng Zhijie, de l'Ecole de Santé publique de l'université de Pékin, observe que ce nettoyage "n'est peut-être pas nécessaire car il n'y a pas de preuve de son efficacité". Toutefois, l'universitaire estime que ces actions dans les lieux publics fermés et les moyens de transports sont "importantes et nécessaires".

Si, de l'avis des spécialistes, la javel est efficace pour éliminer le virus des surfaces où il aurait pu se loger, son utilisation en extérieur semble donc sujette à caution. "Ça n’a aucun intérêt", assure même à RMC le professeur Didier Pittet, médecin épidémiologiste et infectiologue aux hôpitaux universitaires de Genève. "La Javel, avec ces dilutions là, ne produit que peu d’effet sur l’environnement." Sans compter que les risques sont plus limités d'être exposés au Covid-19 à l'air libre.

"Personne ne sort lécher les trottoirs ou les arbres", ironise Juan Leon, un universitaire spécialiste en santé cité par le magazine américain Science.

Et cette diffusion dans l'espace public de produits corrosifs comme la javel pourrait avoir des conséquences néfastes pour l'environnement, indiquait dans une interview à la chaîne de télévision chinoise CCTV Zhang Liubo, un chercheur du Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies, cité par Science:

"Les surfaces extérieures, comme les rues, parcs, pelouses ne devraient pas être aspergées continuellement de désinfectants. L'aspersion de désinfectants sur une large zone et répétitivement pourrait causer une pollution de l'environnement qui devrait être évitée." Cela "peut avoir des effets sur la santé", ajoute sur RMC le professeur Didier Pittet.

Gare à la toux et aux éternuements

La durée de vie du virus sur une surface inerte semble varier d'un type de matière à une autre, et fait débat. "Dans les conditions propices à sa survie, le virus pourrait survivre, sous forme de traces, plusieurs jours sur une surface", estime le gouvernement sur son site internet. 

Pour autant, "ce n’est pas parce qu’un peu de virus survit que cela est suffisant pour contaminer une personne qui toucherait cette surface. En effet, au bout de quelques heures, la grande majorité du virus meurt et n’est probablement plus contagieux", ajoute l'exécutif, qui préconise comme premier geste de protection de respecter les mesures de distanciation sociale et de se laver les mains à intervalles réguliers plutôt que de craindre une contamination dans l'espace public.

"La grande transmissibilité du coronavirus Covid-19 n’est pas liée à sa survie sur les surfaces, mais à sa transmission quand on tousse, qu’on éternue, qu’on discute ou par les gouttelettes expulsées et transmises par les mains", indique également le site du gouvernement.
Clarisse Martin