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Concertations en haut lieu sur la crise de la dette

Le G20 et la Banque centrale européenne s'activaient dimanche pour évaluer les conséquences de la crise de la dette de part et d'autre de l'Atlantique, qui secoue les marchés financiers et fait craindre une rechute des pays occidentaux dans la récession.

Le G20 et la Banque centrale européenne s'activaient dimanche pour évaluer les conséquences de la crise de la dette de part et d'autre de l'Atlantique, qui secoue les marchés financiers et fait craindre une rechute des pays occidentaux dans la récession. - -

par Leika Kihara et Yoo Choonsik TOKYO/SEOUL (Reuters) - Le G20 et la Banque centrale européenne s'activaient dimanche pour évaluer les conséquences...

par Leika Kihara et Yoo Choonsik

TOKYO/SEOUL (Reuters) - Le G20 et la Banque centrale européenne s'activaient dimanche pour évaluer les conséquences de la crise de la dette de part et d'autre de l'Atlantique, qui secoue les marchés financiers et fait craindre une rechute des pays occidentaux dans la récession.

Selon la Corée du Sud, une conférence téléphonique a réuni dimanche matin des responsables financiers du G20, qui regroupe les principales économies mondiales, afin d'évoquer la situation provoquée par les tensions sur la dette dans la zone euro et l'abaissement par Standard & Poor's de la note souveraine des Etats-Unis.

Une autre conférence téléphonique, de la BCE, est prévue dimanche en fin de journée, une autre des ministres des Finances et banquiers centraux du G7 pourrait avoir lieu dans la nuit.

Après de fortes turbulences sur les places financières mondiales, qui ont perdu quelque 2.500 milliards de dollars au cours de la semaine écoulée, dirigeants européens et américains se retrouvent à nouveau contraints de rassurer les investisseurs sur la capacité et la détermination de leurs pays à réduire déficits et dettes publiques.

PANIQUE DANS LE GOLFE ET EN ISRAËL

Il n'aura pas fallu longtemps pour voir les réactions des marchés, les Bourses du Golfe et d'Israël, ouvertes dimanche, montrant de nets signes de fébrilité.

La Bourse saoudienne, la plus importante du monde arabe, avait flanché dès samedi, tombant de 5,5% à un plus bas de cinq mois avant d'afficher une hausse infime de 0,08% à la clôture de dimanche.

Mais c'est à Tel Aviv que le repli a été le plus prononcé avec une chute de 6,99% enregistré par l'indice TA-25 israélien. Le TA-100, plus large, a quant à lui fondu de 7,2%.

C'est pour éviter que ces phénomènes se reproduisent lundi à Tokyo, puis en Europe et aux Etats-Unis, que les ministres des Finances du G7 devaient également se contacter dimanche. Il n'est pas exclu qu'ils diffusent un communiqué, a indiqué une source gouvernementale japonaise.

Mais la préoccupation immédiate des places financières concerne la crise de la dette dans la zone euro, alors que les taux d'intérêt italiens ou espagnols ont bondi ces derniers jours à leurs plus hauts niveaux en 14 ans.

La téléconférence de la BCE portera essentiellement sur l'Italie. Les marchés espèrent voir la BCE entamer dès lundi le rachat d'obligations d'Etat italiennes et espagnoles afin de stabiliser leurs prix, mais la question divise au sein de l'institution de Francfort.

L'absence de rachat d'obligations des deux pays par la BCE pour calmer les prix a été particulièrement sanctionnée par les marchés qui y ont vu le signe de divisions internes préjudiciables.

Les responsables allemands au sein de la banque centrale réclament des garanties sur la mise en oeuvre de sévères mesures d'austérité avant de donner leur feu vert.

Pressé de toutes parts, le président du Conseil Silvio Berlusconi a annoncé vendredi soir la mise en oeuvre d'un plan d'austérité avec un an d'avance sur le calendrier initial, pour parvenir à l'équilibre budgétaire en Italie dès 2013.

L'un des dangers redoutés par les économistes est de voir l'Italie, troisième économie de la zone euro et huitième économie mondiale, privée de financement sur les marchés.

La dette publique italienne atteint 1.800 milliards d'euros, ou 120% du produit intérieur brut.

WASHINGTON SE DÉFEND, S&P AUSSI

Le 21 juillet dernier, les pays de la zone euro se sont mis d'accord sur le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) destiné à aider ses membres en difficulté, mais les décisions doivent encore se traduire en actes.

En outre, une extension de la crise à l'Italie ou à l'Espagne, après les plans de sauvetage accordés à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal, exigerait aux yeux des observateurs un fort relèvement des capacités de prêt du FESF, doté pour l'heure de 440 milliards d'euros.

Cités par l'hebdomadaire Der Spiegel, des experts du gouvernement allemand doutent que l'Italie puisse être remise à flot par le FESF même si le fonds voyait ses capacités tripler, car les besoins de Rome sont selon eux trop importants.

Aux Etats-Unis, l'abaissement de la note souveraine a été dénoncé par le Trésor, qui a estimé que l'agence de notation "oubliait" 2.000 milliards de dollars d'économies budgétaires dans ses calculs.

A Washington, un conseiller économique de la Maison blanche a déploré la décision de S&P de dégrader la note de la dette américaine, de AAA à AA+, qui pourrait à terme se répercuter sur tous les marchés en augmentant le coût de l'emprunt et en compromettant la perspective d'une reprise durable.

Les alliés asiatiques des Etats-Unis, Japon et Corée du Sud, ont renouvelé leur confiance dans les bons du Trésor américains, susceptibles de perdre de la valeur.

"Il n'y aura pas de changement soudain dans notre politique de gestion des réserves", a déclaré le vice-ministre sud-coréen des Finances, Choi Jong-ku. Une bonne part des réserves en devises du pays, évaluées à plus de 300 milliards de dollars, sont constituées d'obligations américaines.

"Aucune alternative ne fournit une telle stabilité ni une telle liquidité", a souligné le responsable sud-coréen.

Gene Sperling, conseiller économique de Barack Obama, a ironisé sur une agence "qui part d'une conclusion et cherche ensuite les arguments pour la prouver".

Depuis les Etats-Unis, Standard & Poor's a organisé sa ligne de défense, qualifiant de "déformation complète de la réalité" les critiques émises par Washington et prévenant qu'il existait une chance sur trois pour que la note de la dette souveraine américaine soit de nouveau abaissée au cours des six à 24 prochains mois.

Avec Paul Taylor à Paris, Laura McInnis à Washington et les rédactions de Reuters, Jean-Stéphane Brosse et Nicolas Delame pour le service français