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Autour de Vincent Lambert, une famille divisée entre partisans de l'arrêt des soins et catholiques traditionalistes 

Les parents de Vincent Lambert.

Les parents de Vincent Lambert. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Derrière le volet judiciaire qui entoure l'affaire Vincent Lambert, la religion apparaît comme arbitre de la morale au sein d'une famille recomposée, où les divisions idéologiques se sont transformées en une bataille juridique qui dure désormais depuis cinq ans.

C'est sous les hourras qu'une foule a accueilli la décision de la cour d'appel de Paris. Le 20 mai au soir dans un ultime recours, l'instance juridique ordonnait la poursuite des soins de Vincent Lambert, dans un état végétatif à la suite d'un accident de voiture depuis plus de 10 ans. Une foule nombreuse rassemblée par les parents de Vincent Lambert, pourtant isolés au sein de leur propre famille mais qui bénéficient de soutiens de poids à l'extérieur.

Car l'histoire de Vincent Lambert est aussi celle d'une famille déchirée entre catholiques traditionalistes fervents opposants à l'euthanasie, et frères et sœurs demandant l'arrêt des soins.

Éducation religieuse intégriste

Vincent Lambert a grandi au sein d'une famille recomposée de neuf enfants. Il est le premier né du couple formé par Viviane et Pierre, qui ont alors respectivement trois et deux enfants nés de mariages précédents. Pierre Lambert, né en 1929, est un gynécologue, fervent opposant à l'IVG et ancien directeur de l'association anti-avortement "Laissez-les vivre", dans l'Indre. Sa mère, née en 1945, a longtemps été l'assistante de son mari. Vincent Lambert a "une enfance compliquée dans un environnement catholique traditionaliste, où la morale étouffe", raconte sa femme Rachel dans son livre "Vincent, parce que je l’aime", sorti en 2014.

À 12 ans, Vincent Lambert entre dans un pensionnat géré par la Fraternité Saint-Pie-X, du nom d'un pape conservateur, une mouvance intégriste non reconnue par l'Eglise, dont sa mère est proche. Il finit par rompre brutalement avec la Fraternité ainsi qu'avec les positions traditionalistes de sa mère, à l'instar de la plupart de ses frères et sœurs.

La famille se scinde définitivement en 2013, lorsque l'arrêt des soins de Vincent Lambert, tétraplégique depuis un accident de la route en septembre 2008, est prononcé et démarré par les médecins du CHU de Reims. La décision est prise en concertation avec la femme de Vincent Lambert, Rachel, mais sans prévenir les parents de l'infirmier-psychiatre. Ceux-ci saisissent en référé le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne et attaquent l'hôpital. Ils se trouvent alors dans le sud, où ils ont une maison secondaire et fréquentent l'abbaye du Barroux.

Le nouveau combat des traditionalistes?

"Ce monastère traditionaliste gère de très près la vie de Viviane Lambert et de mon père. C'est d'ailleurs au retour d'un voyage au Barroux qu'ils ont décidé d'attaquer en justice la décision de l'hôpital de Reims, en mai 2013", assure à France info Marie-Geneviève Lambert, demi-sœur de Vincent.

Pour Marie Lambert, la sœur de l'infirmier, la date n'est pas anodine. Si elle coïncide avec la décision du CHU de Reims, elle intervient en pleine légalisation du mariage pour tous. Elle évoque, toujours à France Info, des parents "radicalisés", alors que les milieux intégristes, très remontés contre la loi Taubira, entendent faire de Vincent Lambert leur nouveau cheval de bataille. De son côté, Rachel Lambert reçoit dès mai 2013 les lettres d'un prêtre lui demandant de ne pas se laisser manipuler par "les mages noirs en blouses blanches".

Dès lors, la famille est divisée. D'un côté, les parents de Vincent, Anne sa sœur, et David l'un de ses demi-frères, se battent pour son maintien en vie. De l'autre, ses six autres frères et sœurs, sa femme, et son neveu militent pour l'arrêt des soins.

Un soutien financier de poids pour les parents

Les parents bénéficient du soutien de nombreux catholiques intégristes et d'un appui financier de poids. La fondation Lejeune, une fondation d'inspiration chrétienne réputée proche de l'Opus Dei et militant contre l'euthanasie et l'IVG, prend en charge la totalité des frais de justice des parents, qui s'élèveraient à près de 100.000 euros par an. L'un des avocats du couple, Jérôme Triomphe, a notamment défendu de nombreux militants de "La manif pour tous" ainsi que l'association Civitas.

À l'opposé, la situation financière est plus délicate. Mardi, 24 heures après l'annonce de la reprise des soins, un ami de l'infirmier a lancé "un appel national aux dons pour aider son épouse Rachel, qui n'a pas les mêmes moyens financiers que les parents de Vincent Lambert".

L'affaire semble avoir définitivement séparé la famille: "Cette affaire a créé un bordel noir, très toxique, et certains se sont isolés. Elle nous a rongés, elle a mis notre vie entre parenthèses", assure à France Info Marie-Geneviève Lambert. Dans la chambre du CHU de Reims qu'occupe Vincent Lambert, les traitements ont repris.

Guillaume Dussourt