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Au-delà de la mort du maire de Signes, le scandale des décharges sauvages

Entre incivilité et souci d'économie, de nombreux particuliers et entreprises pratiquent le dépôt de déchets sauvages. Face à ce fléau, les collectivités appellent à un renforcement de la réponse pénale.

400 baignoires, c'est la quantité de déchets illégaux retrouvés dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne) lundi. De l'électroménager aux plaques de matériaux amiantés, le dépôt sauvage d'ordures est un fléau de longue date en France, dénoncé aussi bien par les collectivités que les défenseurs de l'environnement. La mort du maire de Signes, Jean-Mathieu Michel, renversé par deux personnes ayant déposé illégalement des gravats en bord de route, y trouve un dramatique écho.

21,4 kg de déchets par habitant

Tout en reconnaissant que le phénomène est difficile à quantifier, l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) estime, dans son rapport publié en février 2019, à 21,4 kilogrammes par habitant, le poids des déchets jetés dans la nature chaque année. Les dépôts sont constatés aussi bien en milieu urbain, notamment d'ordures ménagères, qu'en zone rurale avec des déchets de construction ou des véhicules hors d'usage. L'Ile-de-France, de par la concentration de sa population et de ses activités, est l'une des régions régulièrement confrontées à cette problématique. 

"Cela concerne aussi bien le particulier qui refait sa salle de bain que l'entreprise de chantier pratiquant le travail au black", constate auprès de BFMTV.com Jean-Philippe Dugoin-Clément, vice-président de la région Ile-de-France en charge de l'environnement et du développement Durable. 

Incivilité et économie

Il faut donc y voir, selon ce dernier, à la fois un phénomène "individuel" d'incivilité et "économique" lié aux coûts des déchetteries pour les entreprises. Comme la forêt de Fontainebleau, les massif forestiers, mais aussi les axes routiers très circulant telle que la route Roissy - Paris ou la nationale 20, comptent parmi les principaux points noirs de décharges sauvages.

Chaque année, la région dépense 2,5 millions d'euros pour ramasser les déchets afin d'endiguer ce fléau. "C'est extrêmement long et coûteux", souffle l'élu francilien. Barrières forestières, pièges photographiques, panneaux de communication... La région et les communes multiplient les mesures préventives pour lutter contre cette "problématique environnementale".

Illustrée par la multiplication des ramassages citoyens, la population semble davantage sensible à la question. Comme à Paris avec "Dans ma rue", la région développe pour Saint-Germain-en-Laye une application permettant à ses habitants de signaler tout dépôt sauvage avec un service de géolocalisation.

Une réponse pénale inadaptée

Mais toutes les mesures de bonnes volontés ne sont pas suffisantes si la réponse pénale reste aussi faible, fustige le vice-président de région. Entre payer une amende forfaitaire allant de 68 à 1500 euros pour abandon de déchets, ou échapper à la loi, le calcul est rapidement fait.

"On ne tient pas l'auteur responsable", ajoute-t-il. S'il n'y a pas de flagrant délit, l'infraction est ensuite difficile à prouver, malgré la présence de caméras de vidéosurveillance: 

"À l'inverse des excès de vitesse, le propriétaire du véhicule pourra déclarer qu'il ne conduisait pas sa voiture lors du dépôt sauvage. La plupart du temps, il échappera à l'amende."

L'Association des Maires de France (AMF) plaide donc pour la création "d'un délit de trafic des déchets". D'après Jean-Philippe Dugoin-Clément, le délit serait "long et compliqué à caractériser". Il défend, en revanche, la mise en place d'une contravention de 5ème catégorie pour tous dépôts sauvages, afin de "responsabiliser", enfin, les auteurs.

Esther Paolini