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Après la "jungle" de Calais, l'afflux de migrants à Paris inquiète les riverains

Lors du démantèlement de la "jungle" de Calais, de nombreux migrants ont préféré venir s'installer dans des camps de fortune sur les trottoirs du nord-est de Paris. Les riverains, désemparés, sont inquiets.

Des tentes, par dizaines, sont alignées le long du canal Saint-Martin, à la frontière entre les 10e et 19e arrondissements de Paris. Plusieurs milliers de migrants ont trouvé refuge dans le nord-est de la capitale. Les riverains de ce quartier vivant et cosmopolite souffrent de cette situation.

"On s'est tous mis ensemble, on a essayé d'améliorer ce quartier, de faire en sorte qu’il aille vers le haut, et on fait subir tout ça à une population qui a du mal à vivre au quotidien", témoigne une habitante pour BFMTV.

"Je ne sais pas comment on va faire"

Cela fait plusieurs années que des sans-abri vivent ici. Mais depuis le démantèlement de la "jungle" de Calais en début de semaine, la situation a empiré. Si la plupart des près de 6.000 migrants évacués de la "jungle" de Calais ont été accueillis en centres d'accueil et d'orientation, d'autres ont préféré se rendre dans ces camps de fortune parisiens par crainte d'être renvoyés en Grève. 

Avenue de Flandres, place Jean-Jaurès, place Stalingrad: les files devant les marmites de distribution de repas s'étirent. "Il y a trois jours, on distribuait 700 à 800 repas. Aujourd'hui, on est à plus de mille. Je ne sais pas comment on va faire", confie pour l'AFP Charles Drane, un coordinateur de l'ONG Adventist Development and Relief Agency.

"On va les laisser crever?"

"Après que les migrants ont été évacués de la station de métro La Chapelle, ils sont arrivés au jardin d'Eole, qui est un très beau jardin de 5 hectares", témoigne pour BFMTV une autre résidente du quartier, immédiatement coupée par une habitante indignée. Elle ne partage pas son point de vue.

"Avant ça, ils se faisaient rafler par la police", s'emporte-t-elle, signe de la tension qui règne. "On va faire quoi? s'interroge cette riveraine. On va les laisser crever?"

Baisse du chiffre d'affaires

Pour les commerçants, la situation est préoccupante. Dans un restaurant rapide, le chiffre d'affaires a diminué. Le restaurateur a constaté un manque de 400 euros par jour dans la caisse.

"J'ai perdu beaucoup de clients, confie-t-il à BFMTV, estimant que sa clientèle a baissé de moitié. J'espère qu'une bonne solution sera trouvée pour tout le monde, pour les réfugiés et pour nous."

Ouverture prochaine d'un camp pour 400 personnes

Une autre commerçante témoigne. "Il y en a qui leur chauffe du lait, les gens les aident, on les aide, assure cette boulangère. Mais pour l'hygiène... c'est sale et c'est compliqué pour les commerces."

La ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, l'a assuré vendredi sur la chaîne Public Sénat: "Il n'y a pas d'arrivée massive de Calais sur Paris". "Beaucoup de migrants vont à Paris" en bus, par train ou en voiture, affirme au contraire à l'AFP une source de la police aux frontières du Nord. "Certains sont récupérés directement par des voitures venues de Paris."

"Difficile de dire d'où ils viennent mais une chose est sûre: ça grandit de manière inquiétante. Et il y a désormais des familles avec des enfants, parfois de quelques mois", souligne Violette Baranda, élue du XIXe arrondissement qui visite régulièrement ce "triangle des migrants" du nord parisien.

Une évacuation aura lieu "dans les jours qui viennent", affirme-t-on à la Ville Paris. Dans quelques semaines, un camp d'accueil ouvrira ses portes à Paris. Mais il ne pourra accueillir que 400 personnes, 600 à terme. Loin des plus de 2.000 migrants précairement installés sur les trottoirs parisiens.

Céline Hussonnois-Alaya avec AFP