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Après l'incendie de Notre-Dame, les pompiers s'entraînent à sauver les œuvres de la cathédrale de Strasbourg

Les pompiers du Bas-Rhin intervenait ce mercredi soir sur un incendie fictif dans la cathédrale de Strasbourg. La simulation servait à entraîner les équipes à une intervention compliquée par le marché de Noël, mais aussi à s'exercer au sauvetage d'œuvres d'art présentes dans le monument. BFMTV a assisté à l'exercice.

Tout a été fait "comme dans la réalité", ce mercredi soir, pour la simulation d'un incendie dans les combles de la cathédrale de Strasbourg. A 20 heures, l'alarme de la cathédrale retentit: le feu fictif a pris sur le toit du bâtiment et un dégagement de fumée est même simulé.

Pour cette exercice, organisé sept mois après l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, une vingtaine d'hommes du service départemental d'incendie et de secours (Sdis) du Bas-Rhin étaient mobilisés. Les sapeurs-pompiers avaient pour mission de protéger les œuvres de la chapelle Sainte Catherine où se trouve notamment un grand retable.

Comme pour une intervention réelle, les pompiers s'occupent d'abord des victimes, puis du bâtiment, et enfin des œuvres d'art, en s'appuyant sur un document de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) recensant et priorisant les œuvres d'art à "sauver". Pour la cathédrale de Strasbourg, il y a 16 œuvres prioritaires à sortir du monument ou à protéger de l'eau des lances à incendie.

"Il faut être soigneux, efficace et rapide"

Les pompiers spécialisés travaillent aussi dans l'urgence, mais ils doivent préparer plus longuement leur intervention, en prenant en compte les particularités de chaque pièce. La fragilité d'une statue de la vierge Marie et de son Jésus sera prise en compte pour la mettre à l'abri des risques de dégradation. L'une des œuvres qui pose problème aux pompiers est le retable, placé derrière l'autel. Il n'est pas déplaçable, mais reste fragile et doit être protégé de l'eau utilisée par les pompiers pour éteindre l'incendie.

Dans la chapelle, après avoir descendu de son socle, emballé dans du papier-bulles et évacué le fac-similé d'une Pietà - qui pèse le même poids que la vraie statue -, les pompiers s'interrogent: faut-il bâcher le pinacle supérieur du retable, au risque d'abîmer sa dentelle de bois doré?

"Comme on ne peut pas évacuer l'œuvre, et qu'on ne peut pas laisser le feu sous prétexte qu'il ne faut pas arroser, on cherche des points d'équilibre et le point d'équilibre ici c'est de bâcher cette œuvre avec une bâche légère" explique Louis-Napoléon Panel, conservateur des monuments historiques, à BFMTV.

Guidés par les consignes du conservateur, ils grimpent sur leurs échelles pour protéger jusqu'en haut le retable de l'eau des lances à incendie. "Il faut être soigneux, efficace et rapide", résume Napoléon Panel.

"En allant trop vite, on risque de commettre des dégâts sur les œuvres. Si on ne prend pas le temps de bien étudier et qu'on va trop vite, on risque de provoquer plus de dégâts" commente Romain Bertin-Butler, l'un des pompiers engagés dans l'opération, auprès de BFMTV.

Des exercices réguliers pour protéger les cathédrales

L'exercice permettait également aux pompiers de s'entraîner à intervenir dans le contexte du marché de Noël, qui doit ouvrir ses portes vendredi et dont les chalets encombrent déjà la place de la cathédrale, ainsi que de tester le schéma d'alerte en cas d'incendie hors des périodes d'ouverture de l'édifice.

"C'est comme un escape game: on leur propose un scénario et on voit comment ils se débrouillent", explique Isabelle Boucher Doigneau, directrice de la communication de la Drac, à l'AFP, alors qu'environ trois de ces exercices sont organisés chaque année à la cathédrale.

Les pompiers ne reçoivent "pas de formation spécifique pour les œuvres d'art, c'est par ces exercices réguliers qu'on va adapter nos procédures et tester les compétences dans les conditions les plus réelles possibles", explique le capitaine Romain Bertin Butler.

Depuis 1998, la cathédrale de Strasbourg est équipée de murs coupe-feu en béton, installés sous la charpente. Le gouvernement a débloqué 2 millions d'euros supplémentaires le mois dernier, pour renforcer les dispositifs anti-incendies des 87 cathédrales françaises.

Antoine Heulard, Hortense Gérard avec Julia Galan et AFP