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Amiens: accusé de pratiques "humiliantes", l'ancien doyen de la fac de sports suspendu

Des joueurs sur un terrain de handball (Photo d'illustration).

Des joueurs sur un terrain de handball (Photo d'illustration). - Flickr - CC Commons - Régis Picart

L'ancien doyen de la faculté de Sports d'Amiens, mis en cause par des étudiants pour des pratiques pédagogiques harcelantes, a été suspendu 18 mois de l'établissement au terme d'une enquête interne.

"Un mal-être tangible des étudiants en lien avec l'attitude globale du professeur". Un professeur et ex-doyen de la faculté de Sports de l'Université de Picardie Jules Verne (UPJV) d'Amiens a été suspendu 18 mois, rapporte le Courrier Picard. L'enseignant est accusé de pratiques pédagogiques "humiliantes" voire "harcelantes" par douze étudiants, et un courrier a également été adressé par un professeur.

L'établissement a suspendu l'enseignant en mai dernier, au terme d'une enquête interne au cours de laquelle 45 étudiants ont été entendus. L'avocate de l'intéressé Me Noublanche a fait appel de la décision. Contactée par BFMTV.com, elle n'a pas donné suite mais a fait savoir au journal régional qu'elle ne souhaitait pas en dire davantage sur ce dossier toujours en cours d'instruction.

Accusé d'avoir eu des relations avec des étudiantes

Le compte rendu de l'enquête, lui, indique qu'il est reproché au professeur "la pénétration anale digitale d'un étudiant dans le cadre d'un cours de judo sur l'année universitaire 2015/2016".

"Considérant qu'aucun témoignage n'est venu corroborer directement l'acte de pénétration, ce grief ne peut être retenu", est-il précisé. "Néanmoins, il est établi que lors de ce combat, il a eu une attitude humiliante en tenant des propos menaçants à l'endroit d'un étudiant et maintenant un étranglement malgré la demande d'arrêt du combat exprimé par l'étudiant."

Selon le compte-rendu de l'enquête administrative, cité par le journal, plusieurs professeurs ont attesté que le professeur entretenait des relations intimes avec des élèves. L'une d'elle, par exemple, avait demandé de l'aide à l'administration pour rompre avec l'enseignant, craignant pour la suite de son cursus.

La commission disciplinaire de l'établissement, qui n'a pas pu établir avec certitude l'existence de propos ouvertement sexistes ou de chantage sexuel à la note, a pris sa décision au vu "de nombreux témoignages convergents" faisant état d'"un mal-être tangible des étudiants en lien avec l'attitude globale du professeur", et ce sur "des périodes dinstinctes".

"C'était de notoriété publique"

"Ses comportements étaient de notoriété publique", affirme Benoît*, un étudiant qui l'a eu en tant que professeur au début des années 2000, avant qu'il ne devienne doyen de la fac. "Je ne suis pas du tout étonné. C'est quelqu'un qui avait régulièrement des mots très déplacés à l'égard de ses étudiants, qui utilisait sa posture pour obtenir des faveurs, qui jouait tout le temps sur les limites".

"De manière générale, il jouait du côté un peu graveleux, salace qui était associé au monde du sport. Et STAPS, c'est un tout petit milieu où la barrière prof-étudiante pouvait être très fine. Il lui arrivait d'aller trop loin", rapporte l'ancien étudiant, qui dit avoir été témoin d'"insultes humiliantes devant toute la promo, voire homophobes en cours, de façon totalement gratuite".

"En cours de combat, en judo par exemple, il savait très bien à qui il demandait de faire des démonstrations. Il demandait pas à des judokas de sa catégorie de poids ou d'une catégorie supérieure, il s'attaquait toujours à plus faible que lui", se souvient-il encore.

"Il jouait toujours avec les limites"

Benoît décrit lui-aussi clairement des méthodes douteuses, et du chantage à la note. "Il avait des comportements vraiment moyens, toujours un peu borderline. Il jouait toujours avec la limite de l'acceptable, avant de se confondre en excuses publiques lorsqu'il dérapait vraiment".

À l'époque, on prenait ça un peu à la rigolade. Je me souviens que les gens ne se plaignaient pas, il y avait une sorte d'acceptation parce qu'on connaissait son pouvoir de nuisance. Encore aujourd'hui, je pense que peu de gens sont prêts à parler parce qu'il fait la pluie et le beau temps dans ce milieu-là".

Sonia*, une ancienne étudiante qui échangeait avec lui dans les années 2000, lorsqu'elle avait la vingtaine, n'est pas vraiment surprise non plus par certains des faits reprochés. "J'ignore s'il continue de se conduire comme ça aujourd'hui mais à l'époque, oui clairement, il échangeait des messages anormaux, charnels avec les étudiantes qui lui plaisaient".

Elle reconnaît auprès de BFMTV.com un personnage "provoquant", "qui avait une relation charnelle avec ses étudiants, qui était constamment dans le besoin de charmer", et qui pouvait même se montrer "extrême".

Justine Platel, présidente de l'Association des étudiants de STAPS d'Amiens, confirme que "de nombreux bruits de couloir circulaient à l'université" à son encontre, sans pour autant "avoir de preuves formelles de ce qui lui été reproché ou avoir été témoin de quoi que ce soit".

*Les prénoms ont été changés.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV