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14-juillet: si la France était encore une monarchie, qui serait sur le trône?

(Photo d'illustration de joyaux de la monarchie suédoise)

(Photo d'illustration de joyaux de la monarchie suédoise) - Police suédoise

Deux descendants de Louis XIII se disputent la couronne de France. S'il n'est pas pour autant question de rétablir la monarchie, le conflit apparaît presque autant généalogique que politique.

Feux d'artifice et drapeaux tricolores en ce jour de fête nationale. Si le 14-Juillet est un symbole hautement révolutionnaire, il est aussi plus conservateur. Car la signification de ce jour est double: il est la commémoration de la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 mais aussi la fête de la fédération, organisée jour pour jour un an plus tard afin de célébrer l'unité retrouvée de la nation entre le peuple et le roi.

Pour certains fervents défenseurs de la monarchie, la France a toujours un roi. Même deux. Alors que depuis 1870, le pays est une République et n'a plus été dirigé par un roi ou un empereur, deux camps se livrent bataille. Et les deux revendiquent la couronne.

  • Louis-Alphonse de Bourbon, descendant de Louis XIV

Il y a d'abord le camp légitimiste avec Louis-Alphonse de Bourbon, qui porte le titre de duc d'Anjou et surnommé par ses admirateurs Louis XX. En appliquant une lecture stricte de la loi salique -qui fixe l'ordre de succession par primogéniture mâle- il serait roi de France. Car si l'on regarde de plus près l'arbre généalogique de la famille royale, il est le descendant direct de Louis XIV, fils aîné de Louis XIII.

Louis-Alphonse de Bourbon incarne la branche espagnole des Bourbons: banquier de profession, il vit en Espagne. Carambolage de l'histoire: s'il est l'arrière-petit-fils du roi d'Espagne Alphonse XIII, il est aussi celui de Franco. Car son père s'était marié avec la petite-fille du Caudillo. "Plus jeune, sa ressemblance avec Franco était frappante", remarque pour BFMTV.com Éric Mension-Rigau, professeur d'histoire à l'université Paris-Sorbonne et spécialiste de l'aristocratie.

  • Game of trônes

Cousin du roi actuel Felipe VI, il pourrait même avoir des prétentions de l'autre côté des Pyrénées. Car son grand-père a dû renoncer au trône, cédant ainsi sa place à son frère cadet, dont le fils Juan Carlos a été choisi par Franco pour porter la couronne. "Son grand-père, en plus d'être devenu sourd-muet à cause d'une double mastoïdite, n'a pas fait un beau mariage dans une Espagne à l'époque très regardante", ajoute pour BFMTV.com Philippe Delorme, historien et spécialiste des dynasties royales.

Pourtant, Louis-Alphonse de Bourbon n'a aucune légitimité à revendiquer le trône de France. En 1713, son aïeul le roi d'Espagne Philippe V -qui n'est autre que le petit-fils de Louis XIV- signe le traité d'Utrecht et renonce à ses droits sur la couronne de France. Ce qui donne naissance à la dynastie des Bourbons d'Espagne. Un argument de taille pour ses adversaires.

  • Jean d'Orléans, héritier du dernier roi

Ces derniers lui préfèrent Jean d'Orléans, qui porte le titre honorifique de comte de Paris. Son ancêtre n'est autre que le dernier occupant du trône, Louis-Philippe 1er, lors de la monarchie de juillet entre 1830 et 1848. S'il est bien lui aussi un descendant de Louis XIII, il s'inscrit en revanche dans la branche du frère cadet de Louis XIV, et ne pourrait donc, selon ses opposants, prétendre à la couronne en vertu de la loi salique.

Jean d'Orléans est le fils d'Henri, mort le 21 janvier dernier, symboliquement le jour anniversaire de la décapitation de Louis XVI lors de la Révolution. Décapitation votée en 1792 par le cousin du roi, Louis-Philippe d'Orléans -ancêtre de Jean d'Orléans- devenu Philippe Égalité à la Révolution. Une trahison que certains royalistes n'oublient pas. "Pour la famille d'Orléans, il y a une grosse tache, c'est le régicide", poursuit Éric Mension-Rigau, auteur de Enquête sur la noblesse. La permanence aristocratique. Mais pour Philippe Delorme, il y a prescription:

"Jean d'Orléans n'est pas considéré comme responsable des fautes de ses ancêtres. C'est effacé depuis longtemps. Même à la Restauration, les rois ont considéré Louis-Philippe d'Orléans comme le premier prince de sang."
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  • Un conflit aussi politique que généalogique

Un schisme avant tout politique. Car jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, un consensus se dessinait autour d'Henri d'Orléans. "Mais la haine de certains royalistes qui lui reprochaient de ne pas être pétainiste, de ne pas soutenir l'OAS ou l'Algérie française et l'ont ensuite désavoué pour son gaullisme les a poussés à se trouver un nouveau champion dans la branche des Bourbons", précise Philippe Delorme, auteur du Dictionnaire insolite des dynasties du monde. Ce que confirme Éric Mension-Rigau. "Henri d'Orléans était un homme de gauche, il a soutenu François Mitterrand. Il incarnait une vision moderne de la monarchie. La branche Bourbon s'est alors imposée en jouant la carte de la tradition, catholique et bien à droite."

Pourtant, Jean d'Orléans et Louis-Alphonse de Bourbon font tous deux partie de la grande famille des Capétiens, "sans doute l'une des plus vieilles au monde" qui ont régné plus de 800 ans sur la France, pointe Philippe Delorme, pour qui les deux hommes représentent "l'héritage historique et la mémoire de la France".

Mais comme le note Éric Mension-Rigau, aucun d'entre eux n'a de réelles velléités de monarque. "Ils ne se font pas d'illusion sur le rétablissement de la monarchie en France."

  • Le prince Napoléon

Bourbon ou Orléans, une troisième voie pourrait être envisagée. Celle de Jean-Christophe Napoléon, qui pourrait lui aussi faire valoir son droit au trône impérial. Le jeune homme de 31 ans, diplômé de HEC, travaille aujourd'hui à Londres pour un fond d'investissement. Hors de sujet, considère Philippe Delorme.

"Cela n'a rien à voir. C'est une autre couronne, impériale, une autre dynastie, un autre régime. Mais par sa mère, le prince Napoléon a du sang Bourbon-Siciles. Il est également lié à la maison de Savoie et la famille royale d'Italie par sa trisaïeule paternelle, à la maison royale de Belgique, aux Orléans et à la maison de Habsbourg-Lorraine, prétendante au trône d'Autriche. Un condensé de tout le gotha. Il va d'ailleurs épouser la descendante de Charles Ier, le dernier empereur d'Autriche. Leurs enfants auront le pedigree maximum."
Céline Hussonnois-Alaya