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Verra-t-on bientôt des publicités dans l'espace?

Une entreprise russe prévoit d'envoyer des panneaux d'affichage publicitaire géants dans l'espace d'ici 2021, visibles depuis la Terre. Une idée qui inquiète déjà la communauté scientifique.

La publicité s'invitera-t-elle bientôt dans le ciel? Startrocket, une startup russe, envisage de créer le premier panneau publicitaire orbital au monde, visible depuis la planète bleue. Le projet, intitulé Orbital Display, veut relier un ensemble de nano-satellites (appelés Cubesats) de manière à créer un panneau publicitaire géant de 50 km², placé dans l'espace à une altitude de 400 à 500 km.

"Une idée folle", reconnaît Vlad Sitnikov, le jeune entrepreneur russe à l'origine du projet, qui soutient que "le divertissement et la publicité sont désormais au cœur des préoccupations de notre société", comme il l'explique sur le site de la startup. 

"Nous sommes gouvernés par les marques"

"Nous sommes gouvernés par les marques et les événements" de type "Superbowl, Coca-Cola, le Brexit, les Jeux Olympiques, Mercedes, FIFA, Supreme et le mur mexicain", assure le jeune entrepreneur russe, qui se compare volontiers à Elon Musk.

L'entreprise entrevoit de lancer ses Cubesats d'ici 2020, et prévoit la diffusion de ses premières affiches d'ici 2021. Le chef d'entreprise Vlad Sitnikov dit avoir déjà mis sur pied un prototype en collaboration avec une équipe d'ingénieurs de l'Institut des sciences et de la technologie de Skolkovo à Moscou (SkoItech).

Une fois dans l'espace, ces satellites réfléchissants pourront diffuser 3 à 4 messages ou images par jour, visibles par l'ensemble de la population du globe, dès que la lumière du soleil se reflétera dessus, soit 5 à 6 minutes par jour maximum. 

"Vous ne les verrez jamais à minuit, par exemple", explique Patrick Seitzer, professeur d’astronomie à l’Université du Michigan à Newsweek. "Selon l'orbite choisie, ils pourraient être visibles pendant quelques jours, puis invisibles pendant une semaine ou plus."

Débris spatiaux et pollution lumineuse

Le panneau publicitaire sera doté d'une obsolescence programmée et ne devrait pas durer plus d'un an, précise l'entreprise russe. Mais un tel projet est-il concrètement réalisable? "Est-ce technologiquement possible? Oui", assure Randy Segal, avocat spécialisé en droit de l'espace et des satellites au site Futurism. Mais les législateurs l'autoriseront-ils? "C'est discutable", prévient le juriste.

La communauté scientifique, elle, n'est pas convaincue par le projet. Certains scientifiques redoutent déjà que ces satellites génèrent une pollution spatiale et lumineuse, et qu'ils puissent gêner les observations astronomiques au sol. Le risque de collision n'est pas non plus à négliger, mettent-ils en garde. 

"Lancer de tels projets artistiques sans valeur commerciale, scientifique ou nationale ne me semble pas judicieux", affirme le chercheur Patrick Seitzer, qui étudie la pollution spatiale. 

"C’est une menace pour notre capacité à faire des recherches astronomiques à partir du sol", a confié l’astronome John Barentine de l’association International Dark-Sky au magazine Astronomy. Il craint des interférences entre ces rayons de lumière et notre collecte d'images de l'espace.

Jeanne Bulant