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Les super-pouvoirs des nouveaux satellites espions que la France envoie dans l'espace

Ce satellite est capable de réaliser des images en très haute définition depuis son orbite à 800 km d'altitude. Son lancement est prévu le 18 décembre

Ce satellite est capable de réaliser des images en très haute définition depuis son orbite à 800 km d'altitude. Son lancement est prévu le 18 décembre - Etat-Major des Armées

La France s'apprête à lancer le premier d'une constellation de satellites de renseignements. Leur mission: prendre des photos à 800 km et 480 km d'altitude avec une précision jamais atteinte.

Ce mois de décembre, l’espace sera le théâtre d’un événement majeur. L’armée française mettra en orbite le premier satellite espion de la série CSO (Composante Spatiale Optique) avec un lanceur Soyouz depuis Kourou en présence de la ministre des Armées. Le lancement devait avoir lieu ce mardi 18 décembre. Le ministère des Armées vient d'annoncer un report de 24 heures à cause des conditions météorologiques défavorables (vent en altitude au-dessus du Centre Spatial Guyanais). 

Installé à 800 km d’altitude, le satellite CSO-1 a vocation à fournir des renseignements visuels aux opérations militaires. A compter de 2020, un autre exemplaire (CSO-2) sera lancé. Et l'année suivante, ils seront trois, chargés de remplacer les satellites actuels Helios II.

Comme l’explique l’Etat-Major des armées, le CSO-1 qui sera lancé demain est un "gigantesque appareil photo numérique connecté capable de réaliser des prises de vue classiques ou en 3D en très haute résolution, de jour comme de nuit".

Impossible d'en savoir plus sur les caractéristiques techniques de cet espion. Ces informations sont classifiées "secret défense". "La qualité des images est sans équivalent en Europe", précise néanmoins Gilles Chalon, chef du service observation du CNES, en ajoutant qu'à terme, les trois CSO pourront réaliser chaque jour jusqu’à 800 images. Ces prises de vues seront analysées par une intelligence artificielle pour aider les opérateurs.

Le programme CSO dont le coût est évalué à 1,75 milliard d'euros est piloté par la DGA, l’Etat-Major des armées et le Cnes qui, pour l'occasion, s'appuient sur des partenaires industriels (Airbus Defence & Space, Thales Cap Gemini et Arianespace). 

Le programme spatial, qui s'inscrit dans le cadre de la LPM 2019-2025 (loi de programmation militaire) comprend aussi le lancement en 2020 de trois satellites CERES (Capacité d'écoute et de renseignement électromagnétique) et en 2022 de deux satellites de télécommunications spatiales militaires (Syracuse IV). 

Les données envoyés au nord du Cercle polaire arctique

Les clichés seront envoyés à la base suédoise de la station polaire Kiruna située au nord du Cercle polaire arctique. Le commandant Gaël, officier du programme Musis-CSO nous a expliqué le choix de cette base. "Le positionnement géographique de ce site nous permet d’effectuer des transferts d'images toutes les 90 minutes". Mais, en fonction de l'actualité géopolitique, cette "chronologie journalière" pourra être modifiée, assurent les responsables du programme.

Ce partenariat avec la Suède repose sur un échange qui permet à ce pays allié d’avoir accès à des informations recueillies par CSO-1. Des accords de coopération s'étendent à d'autres pays. L'Italie et l'Allemagne obtiendront des informations recueillies par les nouveaux satellites français en échange d'un accès à leurs satellites radars. "La France ne développe pas en propre ce type de satellites, ces accords qui s'inscrivent dans le cadre du programme Musis (Multinational Space-Based Imaging System) nous permettent d'accéder aux données de nos partenaires en créant un système spatial européen", explique l'ingénieur en chef Jean-Baptiste directeur de programme Musis-CSO à la DGA. Un "accord de valorisation financière" a été signé avec la Belgique en 2017. 

Les Etats-Unis, la Chine et la Russie

Si la constellation CSO a un rôle central dans le renseignement militaire, il n’est qu’un pan de la stratégie spatiale du gouvernement français. En 2021 et 2022, les deux premiers satellites du programme Syracuse 4 seront mis en orbite pour des application télécoms. Le lancement d’un troisième est déjà programmé a même annoncé récemment Françoise Parly. "La ministre des Armées a pris cette décision en constatant le besoin accru de connectivité nécessaire pour l'avion de combat du futur, un char connecté ou tout autre appareil de combat".

Le 13 juillet, le Président de la République a demandé à la ministre des Armées un rapport sur la stratégie spatiale de défense à l’horizon 2040. "Ce rapport sera remis à Emmanuel Macron dans quelques jours", assure Hervé Grandjean, conseiller industriel de la ministre des Armées.

Avec le lancement de ces satellites de nouvelle génération, la France s'inscrit dans une guerre des étoiles qui n'est déjà plus de la fiction. Les Etats-Unis ont déjà annoncé qu'en 2020, sera lancée une "Space Force" qui a vocation à devenir la sixième branche des forces armées américaines. En 2007, la Chine a détruit un de ses propres satellites à l'aide d'un missile pour montrer sa capacité militaire dans l'espace.

En septembre dernier, lors d'une conférence au CNES, Florence Parly a dévoilé un tentative d'espionnage d'un satellite franco-italien Athena-Fidus par le satellite russe Louch-Olymp. "Tenter d’écouter ses voisins, ce n’est pas seulement inamical. Cela s’appelle un acte d’espionnage", a réagi la ministre des Armées. 

Les Russes ne seront-ils pas tenter de laisser traîner leurs oreilles du côté de la base suédoise de Kiruna située à proximité de leur frontière? "Il s'agit d'un programme d'armement et donc l'aspect sécurité a évidemment été pris en compte dès la phase de conception. Nous avons réalisé des analyses de menaces et de vulnérabilité pour les satellites et la base terrestre. Il ne faut pas imaginer que nous sommes vulnérables", signale le commandant Gaël en précisant que les données qui transitent entre l'espace et la terre sont chiffrées.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco