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VIH: Françoise Barré-Sinoussi, présidente de Sidaction, craint "une catastrophe" et appelle aux dons

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008, répond aux questions des journalistes, le 19 août 2010 à la sortie d'une réunion à Matignon.

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008, répond aux questions des journalistes, le 19 août 2010 à la sortie d'une réunion à Matignon. - PIERRE VERDY

Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine et codécouvreuse du VIH, avertit que la crise du coronavirus risque d'affecter la lutte contre le virus de l'immunodéficience humaine. Des effets se font déjà sentir dans l'accès aux soins pour les personnes qui en sont atteint.

Les mots sont forts. La chercheuse Françoise Barré-Sinoussi, présidente de Sidaction, a annoncé dans le Journal du Dimanche (JDD) craindre "une catastrophe" dans la lutte contre le VIH, qui risque de pâtir de la crise mondiale liée au coronavirus.

En France, le Sidaction 2020 qui devait initialement se tenir du 2 au 5 avril a été annulé en raison du contexte sanitaire. Or ce week-end de collecte de dons est vital pour l'association.

"Il nous manque près de 4 millions d’euros, soit un quart de notre budget. Ça pourrait nous empêcher de financer des programmes de recherche ou des actions d’aide et de prévention. C’est pourquoi je lance aujourd’hui un appel aux dons", a expliqué le Prix Nobel de médecine, codécouvreuse du VIH.

"Le réveil risque d’être dur"

Françoise Barré-Sinoussi a souligné que, plus globalement, pendant la crise du coronavirus des patients atteints par le VIH "ont pu avoir du mal à se faire soigner et faire face à des difficultés morales".

"La crise a rendu difficile l’accès aux antirétroviraux ; elle a causé des ruptures de stock de médicaments, des retards de dépistage, une levée de pied sur la prévention. La société a recentré son attention sur l’épidémie en oubliant le VIH, la tuberculose, le paludisme, les cancers, etc. Ce terrible effet pervers émerge tout juste dans le débat public. Mais le réveil risque d’être dur", a précisé la chercheuse.

"L’Onusida craint un doublement du nombre des décès dus au sida en Afrique subsaharienne à cause de la crise du Covid. On passerait de 470.000 victimes à près de 1 million!", a-t-elle ajouté.

Environ 24.000 personnes ignorent leur séropositivité

Si 6200 personnes ont découvert leur séropositivité en 2018, un chiffre en baisse de 7% par rapport à 2017, il ne faut pas être trop "optimistes" selon Françoise Barré-Sinoussi. Cette dernière a ainsi rappelé qu'environ "24.000 personnes en France ignorent leur séropositivité" et que les jeunes Français méconnaissent le VIH.

"Les résultats de l’enquête annuelle sur l’information des 15-24 ans sur le VIH que nous publierons mercredi sont inquiétants. De très nombreux jeunes pensent encore qu’on peut guérir du sida ! Et leur conscience du danger se relâche. L’Éducation nationale se désintéresse de cette question", a-t-elle insisté.

La chercheuse a un seul message, a-t-elle assuré au JDD: "Protégez-vous !". Une recommandation qui vaut, selon elle, "pour le coronavirus comme pour le sida".

Clément Boutin Journaliste BFMTV