BFMTV

Variants du Covid-19: faut-il renforcer les contrôles aux frontières?

Alors que le variant britannique et d'Afrique du Sud inquiètent les autorités sanitaires, certains plaident pour un renforcement des contrôles aux frontières, ou la mise en place d'une période d'isolement obligatoire.

C’est une petite musique qui ne cesse de monter depuis les fêtes. Pour lutter contre la propagation des souches variantes du coronavirus sur le territoire, des politiques, mais aussi des scientifiques appellent à renforcer les contrôles aux frontières en France. Le gouvernement pourrait justement annoncer des mesures plus restrictives ce jeudi soir, lors d’une conférence de presse sur la gestion de la crise sanitaire.

"On n’a pas été assez prudents"

Pour venir en France à l’heure actuelle, la restriction diffère selon les pays. Aux voyageurs provenant de la plupart des pays européens, ainsi que l’Australie ou encore du Japon, il n’est demandé ni test PCR ni motif spécifique. Pour la plupart des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, le voyageur ne peut venir en France que pour un motif impérieux et muni d’un test PCR réalisable à l’arrivée sur le sol français. Enfin pour une liste de pays classés en rouge, avec notamment les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, la Chine ou la Russie, le motif impérieux est également obligatoire, tout comme un test PCR réalisé avant le départ.

Aux yeux de certains, ces mesures sont clairement insuffisantes face à la menace que représente la souche britannique et d’Afrique du Sud du coronavirus. A notre antenne dimanche, la deuxième adjointe "Divers gauche" à la mairie de Marseille Samia Ghali estimait que la présence d’un cluster du variant anglais à Marseille était "la faute de l’Etat":

"Lorsqu’on laisse rentrer en France des Britanniques alors que c’est le chaos chez eux. On ne fait tester qu’une fois et qu’on ne vérifie pas deux jours après pour vérifier si la personne reste négative. (...) Alors que dans d'autres pays c’est l’inverse qui se produit, on met les gens en huitaine ou en quatorzaine. (...) On n’a pas été assez prudents sur nos frontières."

Vers un nouvel isolement obligatoire?

La critique de l’élue de gauche est partagée par Olivier Becht, député de centre-droit du groupe AGIR du Haut-Rhin. Interrogé par BFMTV, ce dernier propose une "période d’isolement de sept jours pour les pays dans lesquels le virus circule le plus." Et d’ajouter: "Il est important de pouvoir reprendre le contrôle de cette épidémie et de faire en sorte que les variants ne circulent pas sur le territoire national. Cela implique nécessairement un meilleur contrôle de nos frontières."

Le débat gagne également la communauté scientifique. Lundi, l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique reconnaissait sur notre plateau qu’il s’agissait d’une "question à mettre à l’ordre du jour":

"Il est effectivement (...) vraiment important de se poser la question de la fermeture des frontières. On parle effectivement du Royaume-Uni. On a l'Irlande. C'est certainement une question à mettre à l'ordre du jour. Ce n'est évidemment pas à nous, Conseil scientifique, de décider (mais) on le met sur la table, c'est évident", a-t-il affirmé.

La Réunion et Mayotte, des "passoires"

Le variant britannique représente déjà 1% des contaminations en France, mettre en place des mesures restrictives pour lutter contre sa propagation semble illusoire. Le gouvernement a en revanche encore une carte à jouer sur le variant d’Afrique du Sud, qui est, "probablement encore un peu plus toxique que le virus anglais" d’après le président du Conseil scientifique français, Jean-François Delfraissy. Invité de la matinale de Franceinfo mercredi, il a déclaré:

"Notre inquiétude sur le variant sud-africain porte beaucoup sur La Réunion et sur Mayotte, puisqu'il y a beaucoup de liens entre l'Afrique du Sud et La Réunion."

Il a plaidé pour un contrôle plus strict des personnes voyageant depuis l’Afrique du Sud dans ces îles voisines qualifiées de "passoires", selon les mots de Mansour Kamardine, député LR de la 2ème circonscription de Mayotte dans une interview accordée à Marianne.

De son côté, la majorité reconnaît que l'instauration de mesures plus restrictives va être nécessaire. "L’idée est d’être efficace et de pouvoir tester systématiquement, d’imposer un test au départ qui soit vérifié à l’arrivée sur tous les pays où il y aura une suspicion pour le variant anglais", a indiqué à BFMTV Stanislas Guérini, délégué général LaREM.

Esther Paolini Journaliste BFMTV