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Santé

Variant Delta, protocole sanitaire: médecins et épidémiologistes préoccupés avant la rentrée scolaire

Des enfants attendent d'être testés pour le Covid-19 dans une école d'Eysines, près de Bordeaux (France), le 25 février 2021.

Des enfants attendent d'être testés pour le Covid-19 dans une école d'Eysines, près de Bordeaux (France), le 25 février 2021. - Philippe LOPEZ © 2019 AFP

Jean-Michel Blanquer prédit une rentrée et une année scolaire "la plus normale possible", même si, à moins de deux semaines de la rentrée scolaire, médecins et épidémiologistes alertent sur la forte contagiosité du variant Delta.

"Il y a un enjeu sur la rentrée scolaire." À moins de deux semaines du retour en classes pour des millions d'élèves, le virologue et membre du Conseil scientifique Bruno Lina ne cache pas ses inquiétudes.

"Cette période va être critique car une partie des enfants n'est pas vaccinée mais on va les remettre ensemble", souligne-t-il chez nos confrères de Ouest-France.

Le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, dans un contexte de quatrième vague épidémique portée par le variant Delta, doit annoncer prochainement quel protocole sanitaire s'appliquera pour les établissements scolaires. Il s'agira de l'un des quatre niveaux présentés à la fin du mois de juillet, choisi en fonction de la situation épidémique.

Plusieurs voix s'élèvent déjà pour alerter sur l'insuffisance des mesures sanitaires et ce, qu'il s'agisse du meilleur ou du pire scénario attendu. L'épidémiologiste Yves Buisson le conçoit, cette nouvelle rentrée scolaire pose "un souci" sur le plan sanitaire.

Une "action ferme" réclamée dans une tribune

Dans une tribune publiée jeudi dans les colonnes du Monde, une trentaine de médecins, chercheurs et enseignants soulignent que "le taux d'hospitalisation des 0-19 ans augmente dans les pays où le variant Delta est majoritaire", ce qui est le cas de la France avec une prévalence de plus de 98%. Ils appellent par conséquent à une "action ferme" pour protéger la santé des élèves face à la forte contagiosité du variant Delta du coronavirus.

Selon eux, "des mesures efficaces de prévention des contaminations doivent être adoptées dès la rentrée", prévue le 2 septembre pour tous les élèves. Le collectif estime qu'il serait "impensable d'envisager une reprise au 'niveau 2' du protocole sanitaire (jaune, qui prévoit notamment l'accueil en présentiel de tous les élèves, NDLR), alors que le taux d'incidence chez les 0-19 ans est cinq fois supérieur à celui de la rentrée 2020".

Si le protocole sanitaire n'a pas encore été annoncé officiellement, le niveau retenu pourrait effectivement être le 2, du moins pour la majorité des territoires, selon nos informations. Dans ce cas de figure, l'enseignement en présentiel est prévu pour tous les élèves, de la maternelle à la terminale. Le masque est quant à lui obligatoire en intérieur, à partir du CP et jusqu'en terminale. En outre, la fermeture d'une classe en cas de détection d'un cas ne se fera qu'en maternelle ou en primaire. Au secondaire, les élèves vaccinés pourront poursuivre l'enseignement en présentiel tandis que les non-vaccinés devront suivre les cours à distance pendant une semaine.

L'aération des salles de classe en débat

Pour les auteurs de la tribune, le masque ne devrait pas être retiré dans les écoles élémentaires et "la fermeture des classes au premier cas identifié devrait être étendue à tous les niveaux". Les signataires pointent par ailleurs la "défaillance" du protocole en matière de purification de l'air.

"Les fenêtres doivent être bien plus fréquemment ouvertes et la recommandation d’équiper les établissements de détecteurs de CO2 ne peut suffire: cela doit être la règle", écrivent les auteurs de la tribune parmi lesquels figurent l'infectiologue Gilles Pialoux, l'épidémiologiste Dominique Costagliola ou encore le médecin Jérôme Marty.

Sur cette dernière thématique, Jean-Michel Blanquer a indiqué jeudi qu'il ne s'agissait pas (d')"un sujet si simple car il n'est pas utile dans toutes les circonstances, c'est un outil parmi d’autres, nous développons également le déploiement des détecteurs de CO2".

Des mesures sont donc attendues, de la clarté aussi. Selon des propos tenus en Conseil de défense sanitaire et rapportés par nos confrères du Canard Enchaîné, Emmanuel Macron s'est agacé du flou entourant la rentrée scolaire et des mesures sanitaires prises pour juguler l'épidémie: "Personne n’a compris ce qui allait se passer en matière sanitaire", aurait déclaré le Président selon nos confrères. Une phrase prononcée en l'absence même de l'intéressé, Jean-Michel Blanquer n'étant pas présent à cette réunion virtuelle.

Quid de la vaccination de tous les mineurs?

Robert Cohen, président du Conseil national professionnel de pédiatrie (CNP), note par ailleurs que le variant Delta "a complètement changé la donne" quant à la transmission du virus.

"Les enfants vont être contagieux, pratiquement autant que les adultes avec les premières souches du virus", avance le pédiatre. Un scénario totalement différent de la rentrée 2020, où le virus circulait très peu chez les petits, et des petits vers les adultes.

De là à réduire autant que possible la transmission en vaccinant tous les enfants? Pas forcément, selon le Pr Didier Pittet estime pour sa part que "les moins de 12 ans ne sont que peu responsables de la transmission du virus car ils sont essentiellement infectés par les adultes [...] ce ne sont pas des éléments clés de l'épidémie". L'infectiologue juge donc sur LCI que leur vaccination n'est pas une priorité d'autant que son autorisation "est encore quelque chose qui manque".

Jean-Michel Blanquer a de nouveau exclu une vaccination des moins de 12 ans. "C'est un sujet qui est regardé à l'échelle mondiale" mais "au moment où je parle, ce n'est pas d'actualité", a-t-il déclaré. De leur côté les laboratoires américains Pfizer et Moderna ont déjà lancé des études cliniques aux États-Unis sur plus de 12.000 enfants, dont les premiers résultats seront connus fin septembre, avec des autorisations attendues au plus tôt en fin d'année.

Dans l'attente de ces résultats, le ministre de l'Éducation a rappelé jeudi qu'il y aura une campagne de vaccination pour les 12-17 ans "dès le mois de septembre, sur une modalité d'incitation".

Hugues Garnier avec AFP Journaliste BFMTV