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Urgences pédiatriques: des bébés hospitalisés loin de chez eux, faute de place disponible

Après les infirmiers, les aides-soignants et les médecins, les parents. Un collectif a lancé une pétition pour soutenir les services de réanimation pédiatrique franciliens. D’octobre à la mi-décembre, 25 enfants ont dû être conduits en urgence hors d’Île-de-France, parce qu’il n’y avait plus de place dans les services de réanimation pédiatrique de la région. Contre trois l’automne précédent.

Ce sont des heures d’angoisse dont Clémence se serait bien passée. Le 21 octobre dernier, sa fille Chloé, six semaines, est admise aux urgences de l’hôpital Necker à Paris à cause d’une bronchiolite, mal supportée.

"On a passé la nuit là-bas parce que, ce qui était très long, c’était de trouver une place dans un service de pédiatrie car ils voulaient nous hospitalier comme elle ne s’alimentait pas et qu’elle avait du mal à respirer. La médecin que j’ai vue me disait qu’elle avait appelé une dizaine d’hôpitaux pour essayer de nous trouver de la place, sans succès", raconte à BFMTV Clémence.

"Dangereux de prendre ce risque"

Faute de places disponibles dans les hôpitaux parisiens, la fillette - aujourd'hui âgée de 4 mois - est transférée au centre hospitalier de Poissy St Germain, à 27 kilomètres. Une fois là-bas, son état se dégrade d’heure en heure. Les médecins ont besoin d’une place en réanimation. Là encore, sans lit disponible à proximité, à trois heures du matin, Chloé doit parcourir 151 km en ambulance du SAMU jusqu’à Orléans.

"C’était un moment très angoissant", se remémore sa mère. "À ce moment-là, elle n’ouvrait même plus les yeux, elle ne réagissait plus. Les deux heures de route ne font pas forcément de bien à un bébé qui va mal. Les médecins s’en sont très bien occupés, et Chloé a été stable pendant tout le trajet. Mais je trouve que c’est dangereux de prendre ce risque pour des petits bébés."

25 bébés transférés, contre 3 en 2018

A l’origine de cette situation, des fermetures de lits causées par le manque de personnel, notamment infirmiers et aides-soignants. Comme Chloé, entre octobre et mi-décembre, 25 bébés ont ainsi dû être transférés en réanimation en dehors de l’Île-de-France, contre 3 l’automne précédent.

C’est en prenant connaissance de cette situation dans les médias que Pauline Lavaud a décidé de se mobiliser. Cette maman, enceinte de huit mois, a perdu Elias, son deuxième fils, neuf jours après sa naissance à cause d’une maladie génétique non identifiée pendant sa grossesse. Elle raconte ce drame sur son compte Instagram @9mois9jours.

"On a passé une semaine dans un service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Trousseau de Paris, avec des soignants qui se sont occupés de notre fils de façon incroyable. J’ai vu des infirmières chanter des berceuses pendant des heures alors qu’il était dans le coma. Quand on a compris que médicalement, il n’y avait plus rien à faire, on a été accompagnés par ces soignants jusqu’au bout pour laisser partir notre fils. Ils ne nous ont jamais laissés tomber, donc nous voulions soutenir ces soignants qui ont tout fait pour nous ", témoigne la maman de 34 ans.

Une tribune et une pétition

Pauline a donc initié une tribune et une pétition adressée à l’Elysée et au ministère de la santé, pour l’instant restées sans réponse, malgré les 80.000 signatures recueillies en une dizaine de jours:

"On y voit une forme de mépris pour ces parents qui ne demandent qu’à discuter, faire entendre leurs inquiétudes. On est en France, en 2020, dans la capitale de la sixième puissance économique mondiale, et on se retrouve aujourd’hui avec des situations dont on ne peut pas imaginer une seconde qu’elles puissent arriver chez nous", estime Pauline Lavaud.

Les médecins, premiers à alerter sur le sujet, saluent cette mobilisation parentale. "Cela nous touche parce qu’on a besoin d’eux. Pour repenser l’hôpital, il y a besoin de gestionnaires, du corps médical, du personnel hospitalier et surtout des usagers qui nous expriment leurs besoins, car au bout d’un moment, on ne les voit plus", estime Jean-Luc Jouve, chef de service du pôle pédiatrie au Centre Hospitalier de la Timone à Marseille.

Contactée par BFMTV, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France assure qu’elle "souhaite rencontrer le collectif de parents". Elle ajoute qu’il n’y a pas eu de nouveau transfert lointain depuis la mi-décembre. Mais qu’elle reste en "vigilance maximum".

Margaux de Frouville