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Une étude affirme que le temps d'écran n'a que peu d'effets sur le bien-être des adolescents

Une petite fille joue sur un écran tactile à bord d'un train de luxe en Inde, le 22 mai 2017. (Photo d'illustration)

Une petite fille joue sur un écran tactile à bord d'un train de luxe en Inde, le 22 mai 2017. (Photo d'illustration) - Indranil Mukherjee - AFP

Deux chercheurs de l'université d'Oxford viennent bouleverser les préjugés autour du temps que les adolescents passent sur les écrans. Ils affirment que celui-ci n'aurait finalement que peu d'effets sur leur bien-être.

Au petit-déjeuner, dans le bus, avec les amis, à la récré, au déjeuner, pendant les devoirs… Rares sont les moments où les smartphones ne sont pas à portée de main des adolescents. Un usage qui agace, voire inquiète les parents, car le temps passé sur les écrans (smartphones, ordinateurs, tablettes, TV, jeux vidéo, etc.) est depuis plusieurs années sujet à controverse. Mauvaise vue, fatigue, mal-être, capacités cognitives moindres… C'est le coupable idéal.

Pourtant, une étude publiée le 2 avril dans la revue Psychological Science vient bousculer un préjugé bien ancré: le temps passé sur les écrans n'aurait en réalité qu'un très faible impact sur le bien-être des adolescents.

Deux chercheurs en psychologie de l'université d'Oxford, Amy Orben et Andrew Przybylski, se sont appuyés sur les cas de plus de 17.000 adolescents irlandais, américains et britanniques, pour montrer qu'il n'y avait qu'un infime lien statistique avéré entre le temps d'écran et un effet négatif sur le bien-être (fonctionnement psychologique, symptômes dépressifs, estime de soi et humeur) des jeunes.

Une critique de la méthodologie des travaux précédents

L'étude, publiée par l'Association for Psychological Science, dénonce aussi la méthodologie des travaux précédents. Arguant que le temps passé sur les écrans est un enjeu au coeur de plus en plus de discussions publiques, scientifiques et institutionnelles, ses auteurs demandent une méthode bien plus rigoureuse.

Ils dénoncent notamment "des problèmes considérables, comme des soucis de mesures, un manque de transparence, peu de confirmation a posteriori et une sur-interprétation d'effets de petites tailles".

Comment se sont-ils donc assurés d'un meilleur résultat? En utilisant non seulement des mesures de temps renseignées par les adolescents eux-mêmes, mais aussi un système d'agenda où les sujets notent ce qu'ils font à une heure donnée. La santé mentale a elle été évaluée par des questionnaires remplis par les participants. 

De trop nombreuses études s'appuient seulement sur l'auto-évaluation du temps passé sur les écrans, argumentent les chercheurs britanniques. De récents travaux montrent que seul un tiers des participants rendent fidèlement compte de leur usage, rappelle le communiqué de l'Association for Psychological Science.

Pas de conclusion nécessairement négative pour les écrans avant de dormir

L'étude publiée début avril se penche aussi sur le temps d'écran juste avant de dormir. La publication constate que parfois il ressort une influence négative sur le bien-être, parfois un effet positif, et d'autres fois encore, il n'est pas possible d'en conclure quoi que ce soit. Amy Orben et Andrew Przybylski en déduisent donc que ce temps "ne serait pas par essence mauvais pour le bien-être psychologique".

"L'analyse tient la route et suggère un effet trop faible sur la population en général pour le présenter comme un problème de santé publique", réagit dans le Guardian le Dr Max Davie, membre de l'organisme professionnel des pédiatres au Royaume-Uni. "Ils remettent aussi en question la croyance bien établie que les écrans avant de dormir sont particulièrement mauvais pour la santé mentale", souligne-t-il.

Toutefois, rappelle le médecin, "outre la santé mentale des enfants, il y a d'autres bonnes raisons pour qu'ils aient une bonne nuit de sommeil".

Liv Audigane