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Un ouvrage dénonce les violences obstétricales et ravive le débat

Une sage-femme peu amène, un obstétricien aux gestes brutaux, des remarques déplacées, des pratiques dangereuses... S'il reste difficile de quantifier le phénomène, les violences perpétrées envers les femmes enceintes sont un poison.

"La sage-femme écrasait mon ventre pour essayer de faire sortir le bébé (ou "expression abdominale", NDLR). Le gynécologue m’a engueulée parce que, de toute façon, je poussais mal. Et puis il a dit à l'aide-soignante d'aller chercher les forceps. Je voulais à tout prix les éviter, donc j'ai poussé tout ce que j'ai pu et le bébé est sorti. Il m’a jeté le bébé sur le ventre", raconte à BFMTV une jeune femme, victime de violences obstétricales. Une souffrance qui a laissé des traces: "Je dors toujours mal je ne sais pas si je peux envisager un deuxième bébé", témoigne la jeune mère de famille.

Des témoignages comme celui-ci, Mélanie Déchalotte en a compilé des dizaines dans son livre Le livre noir de la gynécologie, (Editon First) qui paraît jeudi.

Des pratiques visant à culpabiliser ou à humilier

Recours parfois injustifié à l'épisiotomie ou à la césarienne, ablation de l'utérus sans l'accord de la patiente, refus de la pilule pour cause de surpoids avec humiliation à la clef, viol du secret d'une consultation sur la contraception auprès du père de la patiente... Les exemples d'abus mis en exergue par Mélanie Déchalotte dans son ouvrage ne manquent pas. 

"Beaucoup de soignants n'ont pas conscience de leurs actes, n'ont pas conscience du fait qu'ils agissent mal. Et puis il y a beaucoup de victimes qui le sont sans le savoir. Beaucoup de femmes n'ont pas conscience que ce qu'on leur a fait n'est pas normal", nous détaille l'auteure.

L'un des problèmes est justement de parvenir à quantifier ces violences obstétricales puisqu'il n'existe aucune statistique officielle sur le sujet. Le gouvernement, par la voix de la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, a commandé en janvier dernier un rapport sur la question.

Ne pas jeter l'opprobre sur une profession

L'ordre des sages-femmes a d'ailleurs salué l'initiative par un communiqué.

"Les conditions dans lesquelles [les professionnels concernés] exercent et l’organisation actuelle dans les maternités (sous-effectif, surcharge dans les salles de travail…) ne sont pas sans conséquence sur la qualité de cette prise en charge" justifie l'ordre. Et de noter: "Dans les pays où les patientes peuvent bénéficier de l’accompagnement de sages-femmes dans de bonnes conditions, le nombre d’interventions (épisiotomies, extractions instrumentales) diminue et la satisfaction des femmes est plus élevée."

Les conditions de travail suffisent-elles à tout expliquer? Sans doute pas. Mais du moins, le professeur Israël Nisand, gynécologue obstétricien bien connu, attire l'attention sur la nécessité, sans nier les mauvais comportements, de ne pas jeter l'opprobre sur l'ensemble d'une profession.

"Que des femmes vivent mal leur accouchement, que des collègues se comportent mal, aient des mots malheureux, voire même, manque de tact... Mais que toute une profession soit bâchée à cette occasion, c'est une autre paire de manches", fait valoir le président du Congrès national des gynécologues et obstétriciens français.

Des témoignages diversement entendus

Pour emporter la confiance des femmes, le Congrès national travaille sur un label de qualité. Il pourrait permettre d'exiger que soient affichés à l'entrée des maternités le taux de césariennes et d'épisiotomie.

Aujourd'hui, tout n'est pas clair. Pour le seul exemple de "l'expression abdominale", cette pratique éminemment contestée, le professeur Nisand affirmait dans une interview au magazine féminin Elle, que cet acte constituait "une faute technique et une faute professionnelle grave", mais qu'elle "n'avait plus lieu" et que, en substance, il était désormais impossible d'en trouver nulle part la trace. Apparemment, l'auteure du "livre noir" et Marlène Schiappa d'un côté, et le chef de file de la profession de l'autre, ne disposent pas des mêmes informations.

David Namias avec Margaux de Frouville