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Progression du Covid-19: pourquoi les hospitalisations ne flambent pas encore

Le circulation du virus progresse mais le nombre d'hospitalisations reste stable. Plusieurs éléments expliquent ce paradoxe, notamment le fait que le virus se propage davantage chez les jeunes.

Depuis plusieurs semaines, les indicateurs témoignent d'une circulation accrue du coronavirus en France. Plus de 4500 nouveaux cas positifs au Covid-19 ont été détectés quotidiennement jeudi et vendredi, des chiffres inédits depuis mai, selon Santé publique France. Depuis plusieurs semaines, cet indicateur est en augmentation régulière (+43% la semaine dernière) et l'agence sanitaire fait état d'un doublement des cas tous les 17 jours.

Pour autant, la situation reste relativement stable dans les hôpitaux. Alors, comment expliquer ce paradoxe? Tout d’abord, le nombre important de cas détectés ne peut être comparé à celui recensé au moment du confinement. A la mi-mars, peu de tests étaient réalisés et ils l’étaient principalement sur des patients atteints de formes graves.

Les populations jeunes et peu fragiles touchées

"On dépistait peu de formes asymptomatiques au début de l'épidémie", note Jean-François Timsit, chef du service de réanimation médicale à l'hôpital Bichat, à Paris, interrogé par BFMTV.

Aujourd’hui, près de 700.000 tests sont effectués chaque semaine et plus de la moitié des tests positifs concerne des personnes sans aucun symptôme. Ensuite, depuis le pic d’hospitalisations atteint le 8 avril, avec 7148 patients en réanimation, ce chiffre n'a cessé de baisser jusqu'à fin juillet et évolue peu depuis (379 en cette fin de semaine). Plus de cas positifs détectés donc, mais pas d'impact majeur sur les hôpitaux.

Le virus "semble circuler préférentiellement pour l'instant dans des populations peu fragiles, peu sensibles aux formes graves de l'infection: des populations jeunes ou des gens qui n'ont pas de facteur de risque", observait récemment le virologue Vincent Maréchal sur France 2.

Un virus moins dangereux ?

Peut-être parce que les moins de 65 ans ont davantage repris leurs interactions sociales que leurs aînés, avec un moindre respect des gestes barrières (saluer sans s'embrasser, distance physique, lavage des mains, etc.), selon les dernières enquêtes des autorités sanitaires.

Par ailleurs, "les changements de comportement tels qu'une meilleure hygiène" des mains et "la distanciation physique" font que les personnes contaminées le sont avec "une dose virale plus faible que dans la période avant le confinement, ce qui se traduit par une forme moins sévère de la maladie", avance également Brendan Wren, professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Enfin, un article publié récemment dans la revue Cell a par ailleurs relancé l'hypothèse d'une mutation du virus qui l'aurait rendu plus contagieux mais moins mortel. Mais de nombreux commentateurs soulignent que cette souche du virus porteuse de la mutation a été identifiée depuis avril et circulait en Europe lors de la première vague. Ils jugent donc peu crédible qu'elle soit à l'origine du moindre taux de mortalité actuellement observé.

Risque de propagation dans les populations vulnérables

Si la situation reste, pour l'instant, contrôlée dans les hôpitaux, la recrudescence du nombre de cas préoccupent certains professionnels de santé, comme Renaud Piarroux, chef de service à La Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Plus le nombre de nouveaux cas progresse, "plus les besoins en tests augmentent", et "plus le risque est grand d'être dans une situation où on aura du mal à repérer tous les cas" et où l'on perdra la main sur le virus, explique-t-il à l'AFP.

Pour d'autres médecins, la diffusion vers les populations à risque de l'augmentation de la circulation du virus n'est qu'une question de temps.

"Une augmentation" de la proportion de nouveaux cas, certes moins forte que dans d'autres classes d'âge, est déjà "observée chez les personnes âgées de plus de 65 ans", souligne Santé publique France.

Avec la rentrée et le brassage des populations qui vont reprendre le travail et retourner à l’école, "le risque de passage du virus d’un population jeune vers des personnes vulnérables est quelque chose de préoccupant", abonde Christophe Rapp, infectiologue et consultant santé BFMTV.

"On sait qu'il y a une augmentation d'environ 30% du R0 (c'est-à-dire du nombre de contaminants) dans une salle de classe", ajoute le docteur Jean-François Timsit. Il note par ailleurs que le changement de climat devrait également être un facteur de circulation du virus: "Quand il fait plus froid, on vit davantage dans les espaces clos donc on a plus de risques de contaminations."

"L'épidémie repart"

Et même si les chiffres dans les hôpitaux n'ont pour l’instant rien à voir avec ce qu'ils étaient au printemps, il y a bien une "tendance à la hausse des nouvelles hospitalisations et admissions en réanimation", avertit l'agence sanitaire. Les nouvelles hospitalisations de patients atteints de Covid-19 ont franchi la barre des 1000 la semaine dernière contre 780 la semaine précédente, en augmentation depuis quatre semaines, et les nouvelles admissions en réanimation sont passées à 128, contre 122 début août et 105 fin juillet.

Alors qu'il entrait en moyenne 10 patients par jour en réanimation mi juin-début juillet, "on a atteint une vingtaine" actuellement, souligne l'épidémiologiste Catherine Hill. "L'épidémie repart, ça c'est une chose à peu près certaine", conclut-elle.

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV