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Pourquoi la rougeole est-elle toujours présente en France?

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Plusieurs cas de rougeole ont récemment été signalés en Ardèche, faisant craindre une épidémie. Cette maladie virale très contagieuse n'a jamais disparu du territoire français et européen comme en témoignent plusieurs vagues périodiques.

En mars dernier, l'agence sanitaire Santé Publique France tirait la sonnette d'alarme: l’augmentation du nombre de cas de rougeole en France depuis le début de l'année 2017 fait craindre une recrudescence de la maladie. L'hexagone n'est pas le seul touché puisque ce sont plusieurs pays européens qui ont signalé des foyers épidémiques (Italie, Roumanie, Allemagne, Portugal, Pologne), alors que la maladie est ciblée par un plan d’élimination par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

"La rougeole continue de se propager et de faire des victimes en Europe. Les flambées épidémiques sévissant actuellement dans la région ont causé 35 décès au cours de ces 12 derniers mois.", déclare-t-elle. En France, les derniers signalements ne remontent pas à bien loin puisque France Bleu Drôme-Ardèche fait savoir qu'une épidémie de rougeole s'est déclarée à Ardoix, dans le Nord Ardèche, entre début juillet et le 9 août dernier.

Six personnes ont été touchées par la maladie (deux adultes et quatre enfants) et quatre d'entre elles ont dû être hospitalisées. Les malades, des personnes qui habitent ou qui travaillent dans cette petite commune, sont désormais considérés comme hors de danger et les quatre personnes hospitalisées ont pu rentrer chez elles. "L'Agence Régionale de Santé appelle cependant, les habitants du Nord Ardèche à consulter un médecin en cas de fièvre et d'apparition de boutons.", précise la radio.

La vaccination a permis de limiter les épidémies

La rougeole est une infection virale, l’une des maladies infectieuses de l’enfance les plus contagieuses: une personne contaminée peut infecter entre 15 et 20 personnes. Le virus se transmet soit directement auprès d’un malade soit indirectement en raison de sa persistance dans l’air ou sur une surface contaminée. Elle se manifeste par l'apparition d'une éruption cutanée sur la tête et le corps précédée d'un épisode de forte fièvre avec toux, rhinite et conjonctivite.

Il ne s'agit pas d'une maladie bénigne car la rougeole peut entraîner à tout âge, mais plus fréquemment chez les nourrissons de moins d'un an, de graves complications (otite aiguë, laryngite, pneumonie) dans 30% des cas. Selon les données du ministère de la Santé, l’incidence nationale de la rougeole était autour de 500 000 cas par an en 1985 et a progressivement chuté à la suite de l’introduction de la vaccination dans le calendrier vaccinal du nourrisson.

Ce dernier, actualisé chaque année, recommande que tout enfant devrait être vacciné par 2 doses de vaccin contre la rougeole entre 12 et 18 mois. Afin d’étendre la protection, toute personne née à partir de 1980 doit aussi avoir reçu 2 doses de vaccin. Ainsi, "le nombre de décès par rougeole qui était de 15 à 35 par an juste avant la vaccination généralisée des nourrissons se situe depuis le début des années 2000 entre 0 et 2", indique le ministère.

Mais la couverture demeure insuffisante

Mais alors que l’on pouvait penser que la France était en phase de pré-élimination de la rougeole, une résurgence importante de la maladie a été observée àpartir de 2008 et notamment jusqu'en fin 2012. Cette épidémie nationale a atteint plus de 24 000 personnes à l'année 2016, et a causé plus de 30 complications neurologiques graves (31 encéphalites, 1 myélite, 2 syndrome de Guillain-Barré) et 10 décès.

Si le nombre de cas tend à diminuer au cours des trois années qui ont suivi le pic 2008- 2012, avec 260 à 360 cas déclarés annuellement, la France n'est toujours pas à l'abri d'importantes vagues épidémiques périodiques pour une raison simple: la couverture vaccinale nationale demeure insuffisante. De fait, le virus peut toujours circuler de manière active et pour l'éliminer efficacement, les autorités sanitaires estiment qu'il faudrait que 95% de la population française soit immunisée.

"Le maintien d’une couverture vaccinale optimale est le seul moyen de prévenir ces résurgences et les complications qui en résultent", atteste le ministère de la santé. C'est pourquoi le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR) est recommandé dès l'âge de un an, tout comme des vaccinations de "rattrapage" chez les adolescents et adultes si nécessaire. "Seulement en France, en 2008, la couverture pour la première dose de vaccin n'a été que de 89% de la population.", indique l'Assurance maladie.

Un enjeu de santé publique toujours d'actualité donc, qui trouverait sa solution avec une extension de l'obligation vaccinale selon la ministre de la Santé Agnès Buzyn. En clair, les 8 vaccins actuellement recommandés pour la petite enfance (haemophilius influenzae B, coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, méningocoque C, pneumocoque) deviendront obligatoires en complément des 3 vaccins actuels (diphtérie, tétanos et poliomyélite).

En pratique, l’extension à 11 vaccins obligatoires représente 10 injections pour les enfants, étalées sur 2 ans. Face aux personnes réticentes à cette idée, le ministère fait savoir qu'au moins 70% des enfants connaissent déjà ces 10 injections sur 2 ans et 80% plus de 8 injections. Tous les vaccins obligatoires seront pris en charge à 100%

Alexandra Bresson