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Plus de la moitié des Français ont modifié leur comportement alimentaire pendant le confinement

La fabrication des produits "premiers prix" par les industriels est pointée du doigt

La fabrication des produits "premiers prix" par les industriels est pointée du doigt - Charly Triballeau - AFP

Kilos en plus ou en moins? Avec ou sans activité, le quotidien des Français a été chamboulé pendant le confinement, et de nouvelles habitudes alimentaires et sportives ont vu le jour, pas toujours bénéfiques pour la santé.

Du 17 mars au 11 mai, les Français étaient confinés chez eux, afin d'endiguer la propagation du Covid-19. Cette sédentarité forcée a bouleversé les routines habituelles, au niveau du travail, mais aussi de l'alimentation et de l'exercice physique. L’Équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle (EREN), a publié le 5 juin dernier un rapport préliminaire décrivant les comportements nutritionnels observés par plus de 37.252 Français adultes pendant le confinement, relève Le Monde.

L'étude complète a été mise en ligne sur la surface MedRxiv, mais il est précisé qu'elle n'a pas été révisée par des pairs. L'évaluation par des pairs dans les disciplines scientifiques, désigne le jugement critique donné par d'autres chercheurs sur une recherche. Les données exploitées par l'EREN, proviennent des participants à l'étude NutriNet-Santé. Cette plateforme évalue les relations entre la santé et la nutrition en utilisant la participation de ses internautes.

35% ont pris du poids

Entre mars et mai, 35% des participants déclarent avoir pris du poids, en moyenne 1,8 kilo. Logique, quand 53% des interrogés déclarent avoir diminué leur rythme d'activité physique et que 23% expliquent avoir augmenté leur apport énergétique (+443kcal/jour en moyenne). 21% des participants déclarent d'ailleurs avoir augmenté le grignotage, par ennui ou pour compenser le stress. Ils notent une augmentation de la consommation de sucreries, et dans le même temps une diminution de la consommation de produits frais, "fruits et poisson en particulier", écrit NutriNet-Santé.

Cette première tendance chez les personnes confinées, concerne en particulier des femmes, célibataires, âgées de moins de 25 ans, en surpoids ou obèse, fumant, "avec un plus haut niveau d’anxiété et de symptômes dépressifs", explique la plateforme. Mais il s'agit aussi beaucoup de personnes ayant des enfants mineurs à la maison pendant le télétravail, et "une plus forte proportion d’aliments ultra-transformés dans leur alimentation habituelle". Malgré un haut niveau d'éducation, des revenus faibles sont notés par les chercheurs pour ce cluster.

"La présence des enfants au domicile a pu être liée à un manque de temps pour la préparation des repas, ou au fait de grignoter davantage, notamment lors du goûter" explique au Monde Mélanie Deschasaux, auteure de l’étude.

2 kilos en moins pour 23% des participants

La deuxième tendance souligne un effet inverse. 23% des participants ont déclaré avoir perdu en moyenne 2 kilos. Evidemment, par opposition au premier groupe, les chercheurs ont observé ici une augmentation de l'activité physique (19%), plus de temps passé à cuisiner des plats (40%) et une volonté de rééquilibrage alimentaire pour 14% des participants, avec une diminution des sucreries pour donner plus de place aux fruits et légumes.

Les personnes représentant cette deuxième tendance sont âgés de moins de 50 ans, "en surpoids ou obèses, fumeurs, avec un plus haut niveau d’anxiété et plus faible niveau de symptômes dépressifs". Mais contrairement au premier groupe, il s'agit principalement d'hommes, sans enfants mineurs à la maison, bien qu'ils ne se nourrissaient pas spécialement bien avant le confinement. Des étudiants font aussi partie de ce deuxième ensemble. Globalement, les personnes de ce groupe ont un haut niveau d'éducation et de bons salaires.

"Ces modifications semblent avoir été une adaptation favorable à la situation, entreprise par des individus ayant davantage les moyens et/ou les opportunités, et avec plus de marge de progrès au niveau nutritionnel, ou encore des individus préoccupés par leur santé et leurs risques face à la Covid-19", note NutriNet-Santé.

Le groupe de la stabilité

La dernière tendance concerne ceux qui n'ont ni pris ni perdu du poids, soit environ 42% des personnes interrogées, et n'ayant pas modifié leur comportement nutritionnel. Plus souvent âgés de plus de 50 ans, il s'agit majoritairement d'hommes d'un poids normal vivant dans des villes de moins de 100.000 habitants, ou en zone rurale.

Généralement retraités ou sans emploi, il s'agit aussi de personnes ayant continué à travailler hors du domicile pendant le confinement "avec des niveaux d’anxiété et de symptômes dépressifs moins élevés". Leurs habitudes alimentaires sont habituellement d'une "grande qualité nutritionnelle", note également NutriNet-Santé.

Le Monde précise toutefois qu'une partie de la population pourrait être sous-représentée dans cette étude, qui surreprésente les femmes (52,3 %) et les catégories socioprofessionnelles élevées. "La cohorte NutriNet n’est pas très adaptée pour capter les situations de précarité", confirme Mélanie Deschasaux, qui explique que les résultats ont été redressés pour corriger de potentiels biais.

Salomé Vincendon