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Libido en fête ou en berne: la sexualité pendant le confinement

Une passante portant un masque devant un sexshop fermé dans le quartier de Pigalle, à Paris, le 16 mars 2020

Une passante portant un masque devant un sexshop fermé dans le quartier de Pigalle, à Paris, le 16 mars 2020 - Joël Saget-AFP

Que vous soyez en couple ou célibataire, les sexologues s'accordent à dire que le confinement a forcément un impact sur votre sexualité. Pour le meilleur ou pour le pire.

Alors que les Françaises et Français sont confinés depuis bientôt un mois et demi en raison de l'épidémie de Covid-19 et qu'ils devront encore attendre près de trois semaines avant de pouvoir retrouver l'air libre, le confinement s'est-il fait ressentir sur la sexualité? Pour Mireille Dubois Chevalier, médecin psychothérapeute sexologue, la prolongation du confinement a bel et bien eu un effet d'usure.

"Je le vois avec mes patients, témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Au début ils me disaient 'faisons contre mauvaise fortune bon cœur' et tentaient de positiver. Mais maintenant, il y a un effet de temps."

Jeune couple vs couple en crise

Chute de libido ou au contraire activité sexuelle inventive? Pour Mireille Dubois Chevalier, tout dépend du temps de la relation.

"Pour les jeunes couples, quel que soit leur âge, globalement, ils ont tendance à avoir une activité sexuelle plus importante. Mais ce qui est certain, c'est que le confinement ne permet pas de rattraper le temps perdu."

Car selon cette sexologue, la relation sexuelle est avant tout dépendante de la qualité pré-existante de la relation.

"Le confinement a un effet loupe: si le couple est en crise, cela va agir comme un accélérateur de particules. En général je donne de petits exercices à mes patients, comme se masser plusieurs fois par semaine. Souvent, ils me disent 'on n'a pas eu le temps' ou 'j'étais stressé au boulot', il y a toujours une bonne raison. Là, on ne peut plus se raconter d'histoires."

Mais ce que le confinement peut permettre, ajoute cette sexologue, c'est d'établir un dialogue autour de la relation sexuelle.

"C'est très important de pouvoir en parler et d'écouter les désirs de l'autre." 

Elle évoque le cas de l'un de ses patients, confinés en famille avec belle-soeur, beau-frère, beaux-parents et cousins et qui ne parvient pas à prendre le temps de s'aménager des moments à deux. "Il faut pouvoir s'offrir des temps pour soi, comme une petite retraite", ajoute Mireille Dubois Chevalier.

"La sexualité dépend de la distance. Si l'on est constamment collé l'un à l'autre, elle s'épuise. Il faut une certaine nourriture extérieure, un imaginaire pour la faire vivre."

La perte de la libido

Joëlle Mignot, psychologue et sexologue clinicienne qui participe également aux vidéos Youtube de la chaire Unesco santé sexuelle et droits humains, remarque pour BFMTV.com que le confinement n'est pas sans effet sur la libido. Et va même plus loin: "les ailes du désir sont coupées".

"Dans un espace de vie réduit auquel s'ajoute le télétravail, avec des enfants au milieu et l'incursion de l'école, ça ne favorise pas l'intimité. Toute la sphère intime est bousculée."

Pour Joëlle Mignot qui consulte toujours par visioconférence, le confinement altère forcément le désir. Notamment lorsqu'il s'accompagne d'un certain laisser-aller. Elle évoque ainsi le cas d'un couple qui a poursuivi ses séances par téléphone.

"Depuis le début du confinement, monsieur est dans un état proche de l'inertie, il ne se rase plus et passe ses journées devant des jeux vidéo. Cet état régressif stimule difficilement la libido. Le confinement agit comme un test projectif. Il fait ressortir tout ce qui est compliqué et exacerbe les personnalités."

Comme l'explique cette sexologue, alors que la sexualité a besoin de temps et d'espace, le confinement brouille les repères.

"C'est la distance qui créé le désir. Avant, on savait qu'on allait se retrouver le soir ou le week-end. Aujourd'hui, on est ensemble 24h/24 et on ne se quitte plus. Le temps s'étire, on ne sait plus quel jour on est. Et on n'a plus l'occasion de se retrouver."

Une opportunité pour les célibataires?

Si, pour les couples, le confinement peut s'avérer une épreuve, il peut devenir source d'opportunités pour les célibataires. Sur les sites de rencontres, c'est l'émulation. Tinder assure à BFMTV.com qu'en France, les conversations quotidiennes ont augmenté de 23% depuis le début du confinement et d'autant pour leur durée. Le dernier dimanche de mars, l'application a même enregistré son plus grand nombre de swipe - pour faire défiler les profils - quotidiens depuis le début de son existence, soit 3 milliards dans le monde.

"La situation inédite que nous traversons a poussé nos membres à trouver de nouvelles façons de se connecter, déclare le service presse. Nous avons remarqué que dès qu’une zone est, malheureusement, particulièrement affectée, le nombre de chats augmentent, et durent même plus longtemps."

La psychologue et sexologue Joëlle Mignot évoque également le cas d'une de ses patientes, une femme d'une quarantaine d'années, qui lui a demandé d'accélérer le rythme des séances.

"Elle a des partenaires de temps en temps, prend du plaisir mais n'a jamais ressenti d'orgasme, que ce soit seule ou à deux. Pour elle, le confinement est l'occasion de se découvrir, de prendre le temps et d'oser."

"Un déclencheur pour ceux qui n'osent pas"

C'est également le point de vue d'Evelyne Schreier, Ph. D sexologue à Nice.

"Le confinement peut permettre un nouvel espace d'exploration de soi-même, de l'autre, de ses désirs, mais aussi peut-être faire l'effet d'un déclencheur pour ceux qui n'osent pas", assure-t-elle à BFMTV.com.

Si elle appelle à la plus grande vigilance pour les relations virtuelles - "attention à bien connaître la personne pour ne pas que des images de vous se retrouvent sur internet" - elle remarque que l'écran apporte une liberté et un espace différents pour de nouvelles pratiques.

Evelyne Schreier évoque également le cas des "grands timides" qui ont besoin de temps avant de rencontrer physiquement une personne ou des célibataires réfractaires aux sites de rencontres qui peuvent trouver dans le confinement l'occasion de se lancer dans une première relation épistolaire, sans la pression du premier rendez-vous.

"Ce serait l'une des choses positives du confinement: permettre à certains et certaines de s'autoriser des choses qu'ils et elles n'envisageaient pas."
Céline Hussonnois-Alaya